ADDICTIONS

Alcool, héroïne et jeu mis sur pied d’égalité

Par LAURENT AUBERT le 03.08.2010 à 00:00

Pour des experts fédéraux, une drogue est une drogue, qu’elle soit légale ou illégale. Leur approche relance le débat sur la dépénalisation du cannabis ou de l’héroïne.

«Nous sommes partis du constat que des politiques différentes pour chaque produit aboutissent à des réponses parfois incohérentes. Par exemple, la distinction entre substances légales ou illégales ne correspond pas forcément à leur dangerosité.» Cheffe de projet pour la prévention des dépendances au Service vaudois de la santé publique, Léonie Chinet avance avec prudence.

Sans doute sait-elle que le rapport Défi addictions, signé d’un groupe de travail dont elle est membre et rédigé sur mandat de la Confédération, risque de faire des vagues. Le Tages-Anzeiger a déterré hier ce document passé inaperçu lors de sa publication à la fin du mois de mai. Selon le quotidien zurichois, ce rapport ne propose rien moins que de dépénaliser toutes les drogues. Léonie Chinet nuance: «Le groupe de travail n’a pas formulé de recommandation visant à légaliser telle ou telle substance. Il ne travaille pas à ce niveau.»

Président de la Commission fédérale pour les questions liées aux drogues, François van der Linde, lui, franchit le pas: «La consommation de drogue ne doit plus être poursuivie pénalement», a-t-il déclaré à l’ATS.

Le jeu et les médicaments dans le collimateur

Dans leur rapport, les experts préconisent d’adopter une stratégie globale et de mettre les addictions sur le même pied. Ils se sont affranchis de notions telles que la dépendance, le statut légal ou l’âge pour formuler dix lignes directrices. Ces dernières proposent d’élargir le champ de la lutte contre les toxicomanies en englobant les médicaments, les produits dopants et les addictions sans substance (jeu pathologique, par exemple).

«Je salue ce rapport, indique Jean-Charles Rielle, médecin actif dans la prévention du tabagisme et conseiller national (PS/GE). Il ouvre de nouvelles pistes basées sur les expérimentations réalisées en Suisse en matière de drogue en y associant les politiques menées dans les domaines de l’alcool et du tabac. En tant que médecin, je suis totalement favorable à une dépénalisation.» Jean-Charles Rielle estime qu’il convient de parler de réglementation plutôt que de légalisation, puisque l’Etat devra définir des normes sur la disponibilité des produits, leur qualité et la distribution, comme il le fait pour l’alcool ou le tabac.

«Le peuple a tranché»

De l’autre côté de l’échiquier politique, le ton diverge. «Je n’approuve pas cette remise en question de la politique actuelle», affirme Guy Parmelin. «L’alcool n’est pas une drogue», ajoute le conseiller national (UDC/VD) et viticulteur. Son collègue libéral Claude Ruey se dit franchement «agacé. Le peuple a rejeté les initiatives Droleg (ndlr: légalisation des drogues en 1998) et pour la dépénalisation du cannabis (2008), et voilà que l’on revient là-dessus.» Mais le Vaudois ne s’étonne guère: «On retrouve toujours les mêmes experts dans ces groupes de travail.» Selon lui, «la dépénalisation ou la régulation ne marche pas. L’Etat doit, sans acharnement policier, maintenir la pression pour éviter l’installation d’un marché.»

Le rapport se trouve maintenant entre les mains de l’Office fédéral de la santé publique. A lui de décider quelles suites politiques lui donner.

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