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L'agresseur de George Bush demande l'asile politique à la Suisse

Par FEDELE MENDICINO le 18.01.2009 à 23:41

Le journaliste irakien qui a lancé ses chaussures contre le président américain veut se réfugier à Genève.

Le journaliste, qui a lancé ses chaussures contre George Bush, craint pour sa vie en Irak. Son avocat, Me Mauro Poggia, appelle Berne à lui octroyer l’asile afin qu’il s’installe à Genève. Le soulier volant fait des émules chez les commerçants. Sur Internet, jeux et produits dérivés se multiplient.

Mountazer Al-Zaïdi est devenu célèbre dans le monde entier depuis qu’il a lancé ses chaussures contre George W. Bush en décembre. La Tribune de Genève vient d’apprendre que le journaliste irakien souhaite obtenir l’asile politique en Suisse et s’installer à Genève. Emprisonné à Bagdad, il craint pour sa sécurité.

Depuis la semaine dernière, son avocat en Suisse, Me Mauro Poggia, multiplie les démarches pour préparer sa venue dans le canton après sa libération: «Au début du mois, sa famille est entrée en contact avec moi via le CICR, et je vais écrire cette semaine au Département fédéral des affaires étrangères pour encourager la Suisse à lui accorder l’asile politique. Une fois installé à Genève, cet homme, célibataire et sans enfants, pourra très bien travailler comme journaliste aux Nations Unies.»

Aux yeux de l’avocat genevois, son client, en détention préventive pour son geste, risque pour sa vie. «Il devrait être jugé assez rapidement et écoper d’une peine avec sursis. Même si de nombreux Irakiens soutiennent son acte, il est à la merci d’extrémistes de tout poil. Et d’autres fous qui voudraient faire de lui un martyr de la souffrance de tout un peuple.»

Il ne pourra plus travailler comme journaliste sans subir désormais de terribles pressions, poursuit Me Poggia. «Profilé à gauche, il se montre très critique vis-à-vis du gouvernement actuel en Irak qu’il juge trop soumis aux Américains. Sa vie peut devenir un enfer dans son pays.»

Pour Mountazer Al-Zaïdi, les ennuis ont donc commencé le 14 décembre. Le président des Etats-Unis effectue une visite surprise à Bagdad pour faire ses adieux aux GI stationnés dans la zone. Il organise ensuite une conférence de presse où il soutient que l’intervention américaine en Irak a permis un dénouement proche et heureux.

Soudain, le correspondant de la chaîne Al-Bagdadi sort de ses gonds. Il lance une chaussure, puis deux, en direction du chef d’Etat: «C’est le baiser de l’adieu du peuple irakien, espèce de chien. De la part des veuves des orphelins et de ceux qui ont été tués en Irak.» Les savates ne toucheront pas George W. Bush. Mais le journaliste se retrouve poursuivi pour «agression ­contre un chef d’Etat étranger en visite». Il est incarcéré. Selon son avocat irakien, il a même été molesté après son interpellation: «Il a une blessure à l’œil et des côtes cassées.»

Mais l’intéressé ne regrette pas son geste: «Si on remontait le temps, je referais la même chose», a-t-il confié au juge d’instruction. Le procès, d’abord fixé au 31 décembre, est finalement renvoyé à une date ultérieure. «Les choses vont se débloquer en justice après l’investiture du nouveau président Obama», estime Me Poggia.

«David contre Goliath»

D’après lui et son confrère irakien Me Dhia Al-Saadi le journaliste, âgé de 29 ans, n’a pas agi pour le compte d’un tiers. Quoi qu’il en soit, l’insulte est lourde. Dans le monde musulman, les chiens et les chaussures sont impurs. En 2003, les Irakiens avaient d’ailleurs frappé la statue de Saddam Hussein à coups de semelles. «Mon client, détenu dans des conditions difficiles, est devenu par son geste, le symbole de la colère du peuple irakien à l’égard de l’oppression étrangère qui a causé depuis cinq ans la mort de milliers de personnes, assène Me Poggia.

Il symbolise le mépris des peuples opprimés et avec eux, de ceux qui croient en la supériorité du droit et de la justice par rapport à la force. Il est une sorte de David contre Goliath.» La famille du prévenu, voit dans la Suisse le pays de la paix et des droits de l’homme: «Genève est le symbole de l’ouverture et de l’accueil, renchérit l’avocat. Les proches de mon client ont donc voulu que ce soit dans cette ville que les démarches soient entreprises pour lui venir en aide. La Suisse peut donc bien lui accorder l’asile sans pour autant prendre position pour ou contre l’intervention américaine en Irak.»


«C’était un geste prémédité»

Itinéraire d’un journaliste engagé

- Mountazer Al-Zaïdi (photo ci-contre) est un jeune journaliste de 29 ans. Célibataire, ce chiite de Nadjaf habite dans le centre historique de Bagdad. Dans son modeste appartement, il y a une photographie de Che Guevara.

- Le 16 novembre, il avait été pris en otage par des militants chiites. Au bout de trois jours, il a été libéré sans qu’une caution ne soit versée par son employeur.

- Selon sa tante Oum Zaman: «Le coup de la chaussure était prémédité. Il voulait le faire depuis longtemps. Il a donc réalisé son rêve.»

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