Les artistes et frères jumeaux Frank et Patrick Riklin n'en reviennent toujours pas. Les demandes pleuvent pour dormir dans leur «Hôtel zéro étoile», alors que l'établissement n'a même pas encore ouvert ses portes.
Prévu dans l'abri antiatomique de la commune, destiné en temps normal à abriter la population en cas d'accident nucléaire, il suscite un écho médiatique important. Jusque dans les colonnes du quotidien américain «International Herald Tribune».
«Nous recevons une vingtaine de demandes d'informations par jour et notre page internet enregistre plus de 200 000 clics», précise Frank Riklin. L'établissement est le fruit d'une démarche artistique et sociale, «d'un autre mode de penser».
Géré par des bénévoles, meublés avec du matériel de récup', il se veut l'antithèse des palaces de Dubaï et devrait proposer une nuitée pour 10, voire 30 francs. Devrait, car son ouverture n'est pas encore garantie.
La commune n'a pas donné son feu vert définitif. «Beaucoup de choses dépendront du nouveau président en place dès janvier 2009. Mais l'hôtel se fera de toute façon, à Sevelen ou ailleurs», insiste Frank Riklin.
Même des managers
Autre lieu, autre démarche, même écho médiatique pour «The Bunker» à Verbier. A son ouverture en 1999, l'établissement et ses 132 lits spartiates font un carton dans les journaux étrangers. «Surtout en Angleterre», précise le directeur Jürgen Taudien.
«Quand j'ai eu l'idée d'exploiter l'abri de protection civile de Verbier, on m'a pris pour un fou», sourit cet ancien bourlingueur bâlois. Mais l'affaire prend de l'ampleur et passe de quelque 5000 nuitées la première année à plus de 9000 en 2007.
La clientèle, essentiellement des jeunes entre 18 et 30 ans, arrive surtout de Grande-Bretagne et des pays scandinaves et débourse 35 francs pour une nuit, petit-déjeuner compris. «Parfois, nous accueillons des managers de 45 ans qui veulent voir autre chose qu'un 5 étoiles».
Dans la station bagnarde huppée, les avis sont partagés sur le «Bunker»: certains n'apprécient guère cette jeunesse bruyante. «Pourtant, elle sera peut-être la clientèle riche de demain...», note Jürgen Taudien.
Sous terre et sans fenêtre
Le succès du «Bunker» a donné des idées à Frédéric Portner. Au Châble, à quelques encablures de Verbier, il a ouvert «Le Stop» dans un abri antiatomique privé. Cinquante-quatre lits dès 29 francs la nuit. Décoré et plus intime, le logement attire aussi des familles et des personnes âgées.
Bien que portés par les médias, ces établissement restent très marginaux. Toute clientèle n'est pas prête à dormir sous terre, dans des dortoirs privés de fenêtres et aux épaisses portes blindés, même à tarifs modestes.
Pas de promotion spécifique du côté de Suisse Tourisme. A l'exception d'une page internet vantant «Des hôtels suisses pas comme les autres», dans laquelle on trouve notamment la forteresse militaire de Vitznau (LU), aménagée en logement depuis 1989.
A l'Office fédéral de la protection de la population à Berne et au service de la sécurité civile et militaire du canton du Valais, on jette un regard bienveillant sur ces abris reconvertis. Seul impératif: qu'ils puissent être rendus rapidement à leur affectation initiale si nécessaire. Les communes, dont dépendent les abris, doivent y veiller.