L’abonnement général (AG) et les Suisses, c’est une vraie histoire d’amour! Près de 430?000 personnes utilisent chaque jour ce titre de transport pour sillonner le pays. Une mobilité bon marché: pour 3300?francs par année, les passagers peuvent avaler autant de kilomètres qu’ils le souhaitent.
Trop bon marché, justement, juge l’Union des transports publics (UTP). Elle annonce pour décembre la deuxième hausse des tarifs en un an (voir nos éditions d’hier) . Le prix de l’AG grimpera de 200?francs en première classe et de 50 francs en deuxième classe – et non 100 francs comme annoncé hier à tort par l’UTP.
11 centimes par kilomètre
C’est que l’AG plombe les comptes des entreprises de transports. En moyenne, il rapporte aux CFF environ 11 centimes par kilomètre parcouru. Or, le coût réel du transport est de 15 centimes, selon les CFF. «Un billet ordinaire rapporte en moyenne presque trois fois plus», résume Jean-Philippe Schmidt, porte-parole de l’entreprise.
Officiellement, les CFF se «réjouissent» du formidable succès de l’AG. Mais l’épine dans le pied est réelle: la croissance du trafic voyageurs avoisine les 7% par an alors que les recettes ne progressent que de 3 à 4%. La tentation pourrait être forte de faire passer les clients à la caisse par des hausses massives et de rendre l’AG un peu moins attractif.
Une volonté politique
Les CFF s’en défendent et parlent d’augmentations «raisonnables». L’an prochain, «l’AG coûtera toujours moins de dix francs par jour!» fait remarquer Jean-Philippe Schmidt.
Bonne affaire ou pas, la Fédération romande des consommateurs (FRC) ne digère pas ces hausses: «Le fait que le coût des transports ne soit pas couvert par l’AG est une volonté politique, lance Mathieu Fleury, secrétaire général de la FRC. On n’est pas dans une équation de pollueur-payeur. Car la facilité de déplacement pour les pendulaires est un élément clé de la vitalité économique de la Suisse.»
L’AG est bien le fruit d’une «volonté politique», pense aussi l’ancien sénateur Michel Béguelin (PS/VD): «Le nombre d’AG a réellement décollé avec l’avènement de Rail 2000, à la fin des années 90: les connexions rapides et les correspondances sur tout le territoire ont convaincu les usagers. Et puis, un AG qui permet de voyager dans tous les trains, les bus et les bateaux du pays, c’est unique au monde!» Selon lui, le prix très compétitif avec la route aurait «moins joué que l’efficacité».
Une telle aubaine pour les usagers peut s’accommoder de quelques augmentations de tarifs, estime la droite. La Confédération paie actuellement plus de 50% des frais des transports ferroviaires. «On devrait revenir à un financement paritaire de 50/50 entre les usagers et la Confédération», estime Jean-René Germanier (PLR/VS). Mathieu Fleury rétorque: «Attention, le pendulaire est l’otage du système. Sa seule alternative est la voiture.»