L’électeur indécis a de quoi y perdre son latin. Le 7 mars prochain, il devra dire si oui ou non il accepte la baisse du taux de conversion du 2e?pilier, et donc des rentes. Sujet complexe. Même les slogans, censés simplifier les messages, ne font qu’obscurcir le débat! «Il y a de quoi déboussoler l’électeur! L’affiche de la gauche et des syndicats, qui prônent le non, dénonce «un vol des rentes». Alors que la droite, qui roule pour le oui, crie: «Halte aux voleurs!» François-Xavier Paccaud, conseiller en relations publiques indépendant et chargé de cours à l’Institut suisse de relations publiques, décrypte: «Les deux campagnes misent sur la trouille. Et le citoyen se retrouve devant cette question: quelle peur dois-je choisir?»
Le message de la peur
La peur, c’est le message de la plupart des campagnes victorieuses de l’UDC. Et pourtant, ici, la magie n’opère pas, estime Marc Comina, directeur de l’agence de communication et relations publiques Farner: «Les partis copient mal les campagnes de l’UDC: on y voit une simplification des messages et l’intention de frapper les esprits avec un message de peur. Mais ici, il manque le lien entre la forme et le fond. Car dans le cas de ce sujet purement technique, personne ne croit au message de crainte. On est loin de la campagne antiminarets.»
Si le Parti libéral-radical reprend le thème des «voleurs», c’est pour répliquer au message «mensonger» de la gauche, répond Isabelle Moret, vice-présidente du parti. «Se positionner par rapport à l’autre camp est un aveu de faiblesse», juge Uli Windisch, professeur de sociologie et de communication à l’Université de Genève. Pour François-Xavier Paccaud, les deux camps auraient mieux dû communiquer sur des messages «positifs». A gauche: «Vous avez cotisé toute votre vie, cet argent est à vous, faites en sorte qu’il le reste!» A droite: «Oui à une baisse du taux pour sauver le système de prévoyance professionnelle!»
Attaques personnelles
Les attaques personnelles fleurissent aussi dans le débat. Ainsi, le site Internet du PS suisse propose à l’internaute de participer à un jeu où il doit défendre sa rente LPP que veut lui dérober le conseiller fédéral Didier Burkhalter, surnommé «braqueur en chef». Quant à de jeunes militants du oui, ils ont mis en ligne une fiction vidéo qui montre des syndicalistes qui, après avoir ligoté une mère de famille, arrachent des mains de son fils une tirelire symbolisant l’épargne-retraite. Diffamation réciproque? Pas le moins du monde lorsqu’on est en campagne, répondent les experts.