L’exploit imprégnera durablement les esprits. En disposant du Nigeria 1-0, à Lagos, en finale du Mondial, l’équipe de Suisse M17 a pris date avec l’histoire. Les jeunes héros ne mesurent pas encore la portée de leur exploit. «Gagner la Coupe du monde procure un sentiment indescriptible.
Pendant trois semaines, on a été dans notre bulle et je ne réalise pas encore», lâche Nassim Ben Khalifa. «Je prendrai vraiment conscience de notre victoire et de tout ce qui l’entoure ce mardi matin, à Kloten.» Frédéric Veseli lui fait écho: «En Suisse, l’engouement, paraît-il, est énorme. J’ai un peu de peine à imaginer. Match bouclé, mon frère a sauté dans sa voiture. Il a klaxonné dans Renens comme pour un match de… Coupe du monde!» ?
Les Suisses ont fêté ce titre historique à leur hôtel, à Abuja. «Le directeur avait préparé une réception en notre honneur. Nos supporters étaient conviés», explique le capitaine Veseli. Gigi Oeri, mécène et présidente du FC Bâle, et Sepp Blatter, président de la FIFA, sont venus saluer les champions. Le son est monté. «Il y avait de la musique, des chanteurs et un… supergâteau. Plus tard, on a chanté, crié de joie dans l’hôtel, en passant de chambre en chambre.» Ben Khalifa précise à toutes fins utiles: «Personne n’a fermé l’œil de la nuit.» Contraint de satisfaire au contrôle antidopage, le joueur de La Côte s’est joint aux festivités une heure et demie après ses coéquipiers.
«Nous n’avons peur de personne»
«Victorieux du Brésil, de l’Allemagne et de l’Italie, nous avons abordé la finale avec un maximum de confiance», poursuit le Renanais, défenseur de Manchester City. «On ne voulait pas avoir fait tout ça pour rien. On voulait mourir sur le terrain, gagner la Coupe!» Au moment de se pencher sur ce formidable parcours (sept parties et autant de succès), Ben Khalifa évoque le match contre l’Allemagne. «Ça été le moment fort du tournoi. Réduits à dix au début des prolongations, alors que le score était de 2-2, nous avons passé deux buts à l’Allemagne. Vous vous rendez compte?»
Prenant ses responsabilités, Nassim s’était fait l’auteur du 4-2 (4-3 au final), décisif, sur penalty. En deux phrases, il traduit l’état d’esprit de cette Suisse conquérante: «Nous n’avons rien à envier aux autres. Nous n’avons peur de personne.»
Admirateur du Brésilien Ronaldo («Il sait tout faire; il marque des deux pieds, de la tête»), Ben Khalifa est sous contrat avec Grasshopper – 10 apparitions pour 2 buts cette saison – jusqu’en 2011. En théorie. Désigné deuxième joueur du mondial, il suscite les convoitises. «Les championnats italiens, espagnol et anglais ont ma préférence», glisse-t-il. L’avenir, ce binational (il possède un passeport tunisien) l’envisage en équipe de Suisse. «Le groupe a vécu quelque chose de tellement extraordinaire que nous aimerions aller de l’avant tous ensemble.»
Un message pour les jeunes
Ben Khalifa profite de la tribune qui lui est offerte pour délivrer un message à l’attention des jeunes: «Je voudrais leur dire qu’avec du travail, tout est possible.» Au mot labeur, on ajoutera celui de talent.
Fan de Nesta et de Terry, Veseli a apprécié les messages d’encouragement qu’Ottmar Hitzfeld et ses protégés ont fait parvenir aux Rougets après chaque rencontre. Lié avec Manchester City jusqu’en 2012, le Vaudois, Kosovar d’origine, se verrait bien poursuivre sa carrière sous le maillot suisse. «Si on me le propose, si on a envie de moi, j’accepterai. Mais l’équipe A, c’est encore loin. Je dois encore progresser, m’améliorer avant de penser à faire des choix.» Le présent ce sont les 17 bougies de son gâteau d’anniversaire qu’il soufflera vendredi, en famille. «Mon père m’a promis une surprise!»
Dany Ryser, ce nouveau sorcier faiseur de champions
FOOTBALL M17
Le titre mondial porte la patte d’un pédagogue discret, mais efficace et méticuleux. Impressions depuis le Nigeria.
Il ne reviendra pas sur sa décision. L’incroyable victoire face au Nigeria restera son dernier match à la tête des M17. Dany Ryser remettra les clés de la maison des glorieux Rougets à Claude Ryf, coach des M18.
Le faiseur de champions du monde reprendra la phalange nationale des M15. «Sur le plan émotionnel, cela ne sera pas évident de quitter un groupe que j’ai dirigé depuis trois ans, relève-t-il. Mais que puis-je espérer de mieux que de m’en aller sur un titre mondial?»?
De l’ombre à la lumière, d’un profond anonymat à la gloire, des méandres de l’ASF au statut d’entraîneur starifié: Dany Ryser est devenu l’homme providentiel, ce sorcier qui a mené cette jeune Suisse multiculturelle sur le toit du monde à Abuja, un dimanche soir de novembre qui restera inscrit dans l’éternité.
Avant les exploits des Ben Khalifa, Seferovic, Veseli et autres Siegrist, seule une poignée de «footeux» avaient entendu parler de lui. Ceux qui avaient suivi sa modeste carrière d’entraîneur-joueur en terres soleuroises, ceux qui étaient restés fidèles au FC Bienne qu’il a repris en 2e?ligue en 1990 (pour l’établir en 1re?ligue, après plusieurs essais infructueux) ou ceux qui observent le secteur formation de l’ASF, qu’il a rejointe en 1997, à l’initiative du grand patron Hansruedi Hasler, pour endosser le rôle de responsable de la formation des entraîneurs.
La méthode Ryser
Le nouveau mage n’a pas changé, malgré «le bonheur intense et les moments extraordinaires vécus au Nigeria». Joint hier après-midi dans la capitale Abuja, Dany Ryser (52?ans) goûte son plaisir, mais ne s’emballe, malgré cette notoriété soudaine. «Dans quatre mois, les journalistes ne chercheront plus pareillement à connaître ma vision du football», plaisante-t-il.
Justement, cette «méthode Ryser», unanimement louée par les techniciens helvétiques – «Avec lui, il n’y pas de problème qu’il ne sache résoudre», estime Yves Débonnaire – quelle est-elle? Un mélange de convictions inébranlables (les mêmes qu’il applique à tous les niveaux), coiffé d’une adaptation constante aux méthodes d’entraînement. Méticuleux à l’extrême, Dany Ryser cherche les dernières recettes.
«Ce qui était valable à mon arrivée à l’ASF en 1997 ne l’était plus forcément en 2006, lorsque j’ai repris l’équipe suisse M15», plaide-t-il. Une organisation sans faille, des objectifs clairement définis et une responsabilisation poussée des joueurs sont trois de ses marques de fabrique.
Avant même l’expédition africaine, Dany Ryser avait désigné ses groupes de titulaires et de remplaçants. «Tout devait être clair pour favoriser la meilleure harmonie, explique-t-il. Ce n’était pas une Coupe du monde en Suisse ou en Europe, mais au Nigeria, avec son lot d’improvisation et de problèmes organisationnels. J’ai parlé franchement à certains joueurs, les sélectionnant en leur disant qu’ils ne partaient pas comme titulaires.»
Nul doute que ses qualités de pédagogue et son passé d’instituteur lui ont été précieux. «J’ai profité de mes expériences sociales et méthodologiques lors des entraînements, avoue-t-il. Mais c’est mon travail d’instructeur ASF qui m’a permis de progresser.» Avec ce final nigérian en apothéose…
OLIVIER BREISACHER