Ottmar Hitzfeld est un homme nerveux. Une seconde nature qui l’habite si souvent que la tentation d’y voir de l’inquiétude ne doit pas devenir un réflexe. Non, Hitzfeld est nerveux comme d’autres sont sereins. Il a la volonté de tout maîtriser, tout en sachant que c’est impossible: à la veille du Suisse-Angleterre de mardi soir, on peut parier que le sélectionneur helvétique dort mal. Ce n’est pas tant la crainte de l’adversaire que les données du choc qui nourrissent ses tourments. L’homme savait à quoi s’attendre en reprenant les rênes de l’équipe de Suisse il y a deux ans. Mais quand on a connu, à Bayern par exemple, la profusion dans les choix, la réalité helvétique laisse songeur.
Barnetta forfait
Hitzfeld a commencé la semaine de stage en affirmant que dans sa tête tout était clair: il connaissait déjà le onze de base qui devait débuter au Parc Saint-Jacques demain soir. Depuis, bien des choses ont changé. Benaglio a choisi de rejoindre sa femme si celle-ci devait accoucher. Une décision sera prise au dernier moment. Tranquillo Barnetta, grippé, a déjà jeté l’éponge. Pour le remplacer, on a fait appel à Marco Padalino, qui n’a pourtant plus joué depuis longtemps. Et il faut donc trouver deux joueurs au milieu, sur les côtés. La marge de manœuvre est décidément mince.
Ajoutez encore un Derdiyok transparent contre l’Australie vendredi soir et un Margairaz qui a proposé une solution intéressante et les quelques certitudes d’Hitzfeld sont forcément ébranlées. «Tous les matches ouvrent de nouvelles perspectives, assure-t-il. Cela a été le cas de ce match amical contre l’Australie. Donc il est possible que j’apporte des changements, oui.»
L’arme d’Hitzfeld
Des changements et des corrections aussi. Trop souvent mise à mal par des Australiens qui n’ont manqué le coche que par la faute d’un McDonald maladroit, la Suisse ne s’est pas rassurée. Le paradoxe ultime étant la prestation de David Degen: le demi d’YB est naturellement porté vers l’offensive et c’est encourageant, mais cela s’opère trop souvent au détriment d’un bon sens tactique qui met en péril l’organisation générale.
Avant Suisse-Angleterre, Hitzfeld est sans doute nerveux, oui. L’importance de ne pas manquer le premier match d’une campagne qualificative ne lui échappe pas. Fut-il disputé contre le grand favori du groupe. Mais à cette nervosité, il répondra avec son arme favorite: le réalisme. C’est ce qui avait permis à «sa» Suisse de réaliser le miracle de Durban, au Mondial, lors de la victoire aussi historique qu’inutile contre l’Espagne. La seule défaite du futur champion du monde.
Plus simple de défendre
Faut-il s’attendre à une même philosophie de fonctionnement contre l’Angleterre? Autrement dit: une sélection helvétique conçue pour tenir le choc surtout, qui espérera un coup en contre-attaque? «Quand on joue contre le favori, il n’y a pas de problème de motivation, explique Hitzfeld. Et il est sans doute plus simple de défendre que d’attaquer.» Au fond, trois mois après le Mondial sud-africain, la Suisse doit toujours gravir les mêmes montagnes. Avec un sélectionneur qui n’a pas plus de choix. Voire moins. Cette Suisse possède toujours un entraîneur d’exception à sa tête, un homme d’une formidable expérience, riche de succès. C’est son principal atout. Mais aussi l’aveu de ses limites. Cela ne veut pas dire que la mission est impossible. Mais que rien ne sera simple.