Une victoire et ça repart? Les prochains jours le diront. En attendant, Ge/Servette n’est pas mort. Face au précipice, poussé par des Dragons au faîte de leur efficacité, les Grenat, fébriles, se sont octroyé le droit d’y croire, de rester en vie et de rêver à un formidable pari: remettre l’ouvrage sur le métier demain, à Fribourg, avec une nouvelle balle de match à sauver, cette fois-ci, sur service adverse. Et la perspective alléchante d’un feu d’artifice mardi aux Vernets, avec comme guest star Shawn Heins.?
Samedi, la pression sera plus équitablement répartie entre les deux équipes, tant Fribourg aura à cœur de ne pas revivre la même désillusion que la saison passée, lorsqu’il avait été éliminé par Davos, après avoir pourtant mené 3-1 dans la série.
Ce droit au sursis, Ge/Servette le doit à son retour (partiel) aux valeurs qui ont fait de lui le vice-champion de la saison régulière, notamment une discipline qu’on ne lui avait plus connue depuis longtemps (une seule pénalité mineure!), une rage de vaincre et un but en or signé Marek Malik, en prolongation.
La phalange des Vernets peut remercier son longiligne défenseur tchèque, peu inspiré tout au long de la soirée.
Mais le hockey est ainsi fait. Il peut façonner en quelques secondes un héros, comme Marek Malik, auteur de son… tout premier but de la saison Qui plus est de la ligne bleue, alors que le slapshot est tout sauf sa marque de fabrique.
Les Aigles peuvent surtout tirer leur chapeau à Reto Suri, double buteur de la soirée. Son pedigree: l’une des révélations de la saison. Sa particularité: il a officiellement été prié d’aller voir ailleurs (Rapperswil) la saison prochaine. Malgré un contrat encore valable. Malgré sa volonté de rester à Genève. Malgré son prix bon marché. Chris McSorley osera-t-il reconnaître qu’il est sur le point de commettre une grossière erreur?
En play-off, seule la victoire compte. Tant mieux pour les Grenat, qui ont frisé le code en fin de partie et au début de prolongation. Auparavant, les Aigles avaient vécu le départ idéal. Après dix-neuf secondes, Reto Suri frappait pour la première fois. Joie de courte durée, puisqu’un slap (arrêtable) de Marc Abplanalp lançait à leur tour les Dragons. Mais ce Ge/Servette tenait à défendre sa dernière chance, Chris Rivera se chargeait de le montrer avec éclat.
Fribourg termine en force
C’était la meilleure période de Ge/Servette, surtout lorsque Reto Suri trouait à nouveau les filets à la 35e?minute. La victoire pointait à l’horizon, malgré quelques coups du sort et le comportement pernicieux de Serge Aubin, l’homme qui ment plus vite que son ombre et roi des coups tordus.
Mais ce Ge/Servette mode-play-off est un colosse fragile. Son château de cartes s’effondrait en 114?secondes, profitant par deux fois de la passivité du duo Höhener-Breitbach et du manque de réaction de Stephan sur le 3-3, laissant filer le palet entre ses jambes.
Gottéron retrouvait ses esprits et, sur sa lancée, flirtait avec le K.-O. C’était compter sans le cross-check de Collenberg sur Gobbi en «overtime», sanctionné d’une pénalité de cinq minutes et de la délivrance signée Marek Malik.
GS – Fribourg 4-3 ap (2-1, 1-0, 0-2)
Vernets, 7202 spectateurs (guichets fermés)
Arbitres: MM. Eichmann, Stricker; Mauron, Schmid
Buts: 1re (0’19) Suri (Trachsler, Rivera) 1-0, 2e (1’16) Abplanalp (Bykov) 1-1, 5e Rivera 2-1, 35e Suri (Toms, à 5 c 4) 3-1, 51e Plüss (Lauper, Birbaum) 3-2, 53e Bykov (Plüss, Lauper) 3-3, 67e Malik (Salmelainen, à 5 c 4) 4-3.
Ge/Servette: Stephan; Gobbi, Mercier; Vukovic, Malik; Höhener, Breitbach; Bezina; Rivera, Trachsler, Suri;
Toms, Rubin, Kolnik; Déruns, Savary, Salmelainen; Maurer, Hürlimann, Conz.
Fribourg: Caron; Ngoy, Birbaum; Abplanalp, Collenberg; Gerber, Leuenberger; Casutt, Jeannin, Knoepfli; Sprunger, Bykov, Plüss; Lauper, Aubin, Wirz; Ouellet, Mowers, Lakhmatov.
Pénalités: 1 x 2’, 1 x 5’ (Rubin) et pénalité de méconduite de match (Rubin) contre Ge/Servette, 6 x 2’, 1 x 5’ (Collenberg) et pénalité de méconduite de match (Collenberg) contre Fribourg.
Notes: Ge/Servette sans Cadieux (blessé), Fribourg sans Heins (suspendu), Leblanc, Hasani et Botter (blessés).
Hans Kossmann juge Fribourg
Hans Kossmann était de retour dans ses meubles, hier soir. Lui, l’homme de l’ombre de Chris McSorley pendant huit ans, avait pour mission d’observer Fribourg, le futur adversaire de Berne en demi-finale. Pour autant qu’il règle le cas de Genève-Servette d’ici à mardi prochain.
Happé par la presse écrite et les radios, l’assistant de Larry Huras à Berne n’est pas reparti les mains vides des Vernets. Mais avec une opinion mitigée sur Genève-Servette et Gottéron. «Je ne sais pas si c’est parce que j’ai regardé le match depuis les loges, disait-il, mais les deux équipes semblaient jouer au ralenti.»
Hans Kossmann n’a rien appris qu’il ne savait déjà de Fribourg. Sauf qu’il fait preuve d’un réalisme à toute épreuve. Tout le contraire de son adversaire, loin de confirmer son rôle de dauphin du CP Berne en saison régulière. «Les Fribourgeois ne sont pas impressionnants, jugeait-il. Mais ils ont su effacer un passif de deux buts au troisième tiers-temps, alors que le match semblait plié pour Genève-Servette. C’est un signe de confiance qui ne trompe pas.»
Autre constat: les hésitations des deux clubs sur la ligne à adopter hier. «Les charges étaient très molles, constatait encore Hans Kossmann. Comme si les joueurs manquaient d’énergie. Ou ne voulaient pas s’attirer les foudres des arbitres. J’ai connu Genève-Servette meilleur en saison régulière. Il n’arrive plus à reproduire les mêmes schémas de jeu. Tout le contraire de Fribourg, qui gère parfaitement ses émotions. Et qui peut compter sur sa ligne de parade avec Sprunger, Plüss et Bykov. Quand ce dernier est lancé dans la zone neutre, il est pratiquement inarrêtable.»
Oui, Fribourg joue intelligemment les matches à l’extérieur. Mais il n’a pas encore conclu la série. Il lui manque une quatrième victoire à son bilan, sans doute la plus difficile à obtenir. Mais Serge Pelletier ne désespère pas de la remporter samedi à Saint-Léonard. «Nous sommes toujours en tête de la série, lâchait-il. Et sans la pénalité de 5?minutes infligée à Collenberg, qui nous a coupé les jambes, nous aurions pu passer en prolongation…»
Bernard Andrié
Suri irrésistible jusqu’au bout
Il ne cesse de monter en puissance. Et pourtant, il s’en ira à Rapperswil la saison prochaine. Reto Suri, déçu de ne pas avoir reçu de nouveau contrat aux Vernets, aurait pu tout balancer. Ce n’est pas le genre de la maison.
«C’est dans ma mentalité de toujours tout donner sur la glace, lance l’ancien junior de Kloten qui fêtera ses 21?ans le 25 mars prochain. Jusqu’au bout, je veux rendre à cette équipe tout ce qu’elle m’a apporté pendant deux ans. J’ai franchi des paliers ici. Maintenant, je dois partir, c’est la vie, c’est le hockey.»
Chemin encore long
Hier soir, il a été généreux. Deux buts dans le temps réglementaire qui auraient dû permettre aux Aigles de s’envoler tranquillement vers le sixième acte de la série. «C’est vrai que pendant quarante minutes, on a été dominateurs, analyse-t-il. Ensuite? On recule. On doit absolument corriger ça samedi soir à Fribourg.»
Cette libération en prolongation peut pourtant être encore plus bénéfique qu’un simple succès après soixante minutes. «On est bien placés pour le savoir. Notre défaite lors du troisième match (ndlr: également en prolongation) nous avait fait très mal. Quand tu perds comme ça, tu gamberges beaucoup plus. Tu repenses à toutes ces occasions que tu as ratées pendant le match et tu te mets à douter. Je pense que dans la tête des Fribourgeois, ça doit être dur. Ils sont passés si près de la qualification…»
Un avis partagé par Chris McSorley: «Le chemin est encore très long. Mais c’est sans doute un tournant dans cette série. Je l’espère du moins.» L’entraîneur des Aigles tenait à rendre hommage au jeune héros de la soirée.
«Son attitude est exemplaire, lance le boss des Vernets. Qu’il continue comme ça.» Quant à son choix de ne pas le conserver, il n’a pas de regrets. «Il va continuer à progresser, c’est sûr. J’espère qu’il ne sera pas trop performant contre nous
la saison prochaine.»
Grégoire Surdez