Il attendait ce moment béni avec impatience. Le poste de coach principal de Lugano, qui s’est libéré après le licenciement de Kent Johansson, tombe à pic pour Philippe Bozon (43?ans), cantonné jusque-là au rôle d’entraîneur et de directeur technique du Mouvement juniors de Genève-Servette. Et plus récemment à celui de responsable de l’équipe de France des M20!
Oui, Philippe Bozon, l’âme d’un guerrier – dans le bon sens du terme – désespérait de trouver de l’embauche dans un club de la grande Ligue. Trop qualifié pour être assistant, trop inexpérimenté pour endosser la fonction de chef. L’oubli est réparé.
Engagé à la Resega jusqu’à la fin de la saison, Philippe Bozon a émergé d’une liste de 90 candidats! La preuve qu’il a laissé une empreinte indélébile lors de son passage à Lugano (1999-2001). Non seulement chez les dirigeants. Mais aussi dans le cœur des tifosi. «Ça fait longtemps que j’attendais une telle opportunité, confesse le Français. Je suis prêt à relever le défi. Et surtout à transmettre mon fighting spirit et mes émotions à mes joueurs.»
La patte de Bozon
Ça tombe bien, car Il grande Lugano, en chute libre au classement (8e), reste sous la menace de Bienne et de Rapperswil dans la course au dernier ticket des play-off. Et manque terriblement de leaders dans le vestiaire et sur la glace. Un mal dont s’est plaint l’ancien coach, Kent Johansson.
Philippe Bozon veut aussi apporter quelques ajustements au système de jeu. En attendant la pause des Jeux olympiques pour peaufiner les détails… «Même dans l’urgence, dit-il, il était absolument nécessaire de procéder à des changements sans attendre.»
Philippe Bozon a profité de la journée d’hier pour s’entretenir avec tous les joueurs. Et préparer les deux matches à venir (Zoug et Genève-Servette, samedi aux Vernets) avec Sandro Bertaggia, le taulier de la maison et son assistant par la même occasion. «La première prise de contact a été fructueuse, lâche-t-il. Mais la vérité, c’est la glace. C’est-à-dire ce soir contre Zoug et samedi à Genève.»
Le rendez-vous avec Chris McSorley promet-il des étincelles? Philippe Bozon n’en fait pas une fixation. «Bien sûr, rappelle-t-il, j’ai passé de merveilleuses années aux Vernets et je ne l’oublie pas. Mais dès le coup d’envoi, je ferai abstraction de ces considérations pour me focaliser sur son équipe et surtout pas sur Chris.»
Entre les deux rôles titres au tempérament de feu des Règles du jeu, l’heure n’est apparemment pas au règlement de comptes. Le passé est le passé…?
McSorley content pour «Boz»
Je t’aime moi non plus. Chris McSorley et Philippe Bozon sont liés par une histoire commune, celle d’un club qu’ils ont guidé vers l’élite. Forts en gueule, les deux hommes ne passeront jamais leurs vacances ensemble.
«C’est juste, commence Chris McSorley. Il ne sera jamais mon ami. Je ne serai jamais son ami. Mais nous nous respectons, je crois.» Durant cinq saisons, la cohabitation a fait des vagues. «Oui, parfois. Philippe est cependant l’un des plus grands professionnels que j’ai côtoyé, sans doute l’un des meilleurs transferts de l’histoire de Ge/Servette. Il a toujours eu l’intelligence de travailler avant tout pour le bien de l’équipe et du club.»
Comment, l’entraîneur des Aigles vit-il le retour aux Vernets de son ancien capitaine? «Je suis sincèrement content que Lugano donne sa chance à «Boz». Il le mérite. Ce sera spécial de le voir sur le banc adverse. Il a marqué les gens ici. Il aura donc certainement droit à une ovation.»
Forcément, le Français connaît le système McSorley sur le bout des cinq doigts. «Oui, rigole le coach canadien. Mais depuis dix ans que je suis en Suisse, tout le monde connaît notre façon de jouer. Cela ne nous empêche pas d’avoir du succès.»
Grégoire Surdez