Un silence de cathédrale s’est abattu mardi soir aux Vernets. Genève-Servette a rendu une copie indigne de son rang. Aucune émotion, pas d’engagement physique et une crispation contagieuse. Avec ce constat en forme d’aveu d’impuissance de Louis Matte: «Comment expliquer l’inexplicable?»
Pas de panique, mais une certitude au lendemain de la défaite mortifiante de Genève-Servette face à Fribourg (2-4): les Aigles, dévorés tout crus par les Dragons mardi, ne peuvent pas tomber plus bas. Les compteurs sont remis à zéro. Sauf que Gottéron mène désormais 1-0 dans la série. Et qu’il a déjà gommé l’avantage que son adversaire avait gagné au terme de la saison régulière: on veut dire d’évoluer (éventuellement) quatre fois à la maison.
Manque de profondeur
Hier, à l’heure de tirer un premier bilan de l’acte No?1, Chris McSorley ne se voilait pas la face. «On a commis beaucoup trop d’erreurs», regrettait-il.
Notamment sur le premier but tombé après dix-sept secondes de jeu, conséquence d’une mauvaise relance de Rubin! Ge/Servette a mis vingt minutes à s’en remettre. Le temps pour Fribourg de fermer le jeu et de gérer la situation en père peinard.
Le boss des Vernets regrettait aussi le manque de profondeur de son contingent. «Nous n’avons que trois lignes d’attaque», constatait-il, un brin fataliste.
En cause: la blessure de Cadieux, la suspension de Kolnik, l’impossibilité d’ajouter un cinquième mercenaire à un effectif – déjà trop juste – pour des raisons financières et le «prêt» de Randegger au Lausanne HC jusqu’à nouvel avis. Une décision surprenante que Chris McSorley cautionne ainsi: «La série s’annonce physique et, dans ces conditions, Maurer (1,88?m, 97 kilos) et Pivron (1,88?m, 90 kilos) ont le profil de l’emploi contrairement à Randegger (1,80?m, 85 kilos).» Comme si, idée un peu simpliste, le hockey moderne se résumait à la taille et au poids des joueurs…
Le rôle de Bezina
Autre sujet d’inquiétude: la place de Bezina dans le collectif de Genève-Servette. De retour au jeu après une double déchirure à l’abdomen, le capitaine n’a été utilisé qu’avec parcimonie par Chris McSorley mardi (12’24’’ de temps de jeu dont 39?secondes en box-play et aucune en power-play). «Goran n’a pas joué depuis plusieurs semaines, se justifiait le coach. Nous ne voulions prendre aucun risque…»
La situation changera-t-elle ce soir à Fribourg. Pas sûr à 100%! Chris McSorley semble tenir mordicus à la paire Malik - Vukovic en supériorité numérique. Alors que Bezina ne cache pas son envie de griffer plus souvent la glace…?
Savary: «Evitons les erreurs et ça ira mieux»
Pas de panique. Ambiance sereine (trop?) au lendemain de la défaite mortifiante concédée contre les Dragons. «On sort d’une séance vidéo, explique Paul Savary. On n’a pas été battu par Fribourg mais par nous-mêmes. Tout s’est joué sur deux erreurs. Evitons cela et ça ira mieux.»
Pour l’heure, c’est donc la thèse de l’accident qui est privilégiée. «On n’a jamais pensé que cette série serait facile et qu’on la gagnerait 4-0. On en a juste reçu la confirmation.»
Mais comment expliquer ce couac initial? Les attentes étaient-elles trop grandes? «C’est difficile à dire, reprend-t-il. Il est vrai qu’on était sans doute trop nerveux. Ce n’est pas une excuse mais ce n’est pas évident de rentrer dans une série, surtout à domicile.
A ce niveau, la moindre crispation a des répercussions négatives. Les passes sont moins assurées, les contrôles plus délicats.»
Les Aigles avaient un plan. Rentrer fort dans la rencontre. Mettre Fribourg sous pression. Au lieu de cela, ils ont eu droit au scénario catastrophe en étant menés après 17?secondes.
«On a mis vingt minutes pour digérer cette entrée en matière ratée. Ensuite, nous avons eu les occasions pour revenir. Et ça, il faudra s’en souvenir pour le match No 2. Il faudra juste un peu plus de hargne dans le dernier geste. Et qu’on lève ces pucks au moment de conclure.»
Ce soir, la pression aura changé de camp. Pour autant, Paul Savary ne croit pas à un changement d’attitude des Fribourgeois qui sont apparus extrêmement disciplinés. Depuis deux saisons, les Dragons ont déjoué tous les pronostics au premier tour des play-off. Berne, il y a deux ans, et Zurich, il y a douze mois, ont vainement attendu une baisse de régime des hommes de Serge Pelletier. «On ne doit compter que sur nous-mêmes, estime Paul Savary.
On a les moyens de se refaire. Maintenant que cette série a débuté, on doit se libérer.»
Grégoire Surdez
LES PLAY-OFF de JOHN GOBBI
Les séries ont leurs propres règles
Ainsi vont les play-off. Le premier round face à Fribourg fait partie du passé. Le public a répondu présent, l’ambiance aux Vernets était chaude, la tension palpable… comme on l’a malheureusement vu dès le premier «shift».
Mais bon, ce n’est que partie remise. Parmi les aspects positifs des play-off, les matches s’enchaînent tous les deux jours, ce qui permet, surtout au perdant, de se concentrer immédiatement sur le suivant. J’adore cela. Jouer presque coup sur coup, c’est du bonheur. Sur le plan physique, on peut être fatigué par ce rythme, mais cela ne me gêne pas.
J’apprécie cette routine des jours de match. Le réveil du matin, suivi d’un bon petit-déjeuner. Après, direction la patinoire pour la séance vidéo et un court entraînement sur la glace. Avec l’exercice préféré des joueurs: le «bago-bago», où on joue à 5 contre 5, mais uniquement dans les zones défensives.
Après, place au stretching et à la douche. De retour chez moi, je me mets à cuisiner. Ma spécialité les jours de compétition? «Fettucine prosciutto e panna», avec du poulet grillé et une salade de tomates et «mozzarella di bufala». Je n’échappe pas à mon côté italien…
L’après-midi, je me relaxe, avec une sieste. Si l’envie est là, je bosse un peu mes cours universitaires. Autre aspect attractif des play-off: les entraînements du jour d’après: très courts et souvent facultatifs! Le revers de la médaille, ce sont les séances vidéo, surtout celle d’après-match. Question durée, durant les play-off, les vidéos sont inversement proportionnelles aux entraînements.
Comme vous pouvez l’imaginer, la vidéo de mercredi fut longue et plutôt intense. Vous pouvez en deviner la teneur et quelques détails. Il me reste à espérer que ces analyses devant l’écran seront, demain matin, plus faciles à digérer après notre retour de Fribourg. Rendez-vous à tout bientôt…
POWER PLAY
ACTE II Le deuxième match des quarts de finale a lieu ce soir à la patinoire Saint-Léonard. Coup d’envoi à 19?h?45. Rappel: la rencontre No 3 de samedi aux Vernets sera retransmise sur TSR2 et commencera à 20?h?15.
ABSENTS Du côté de Genève-Servette, Cadieux (saison terminée) et Kolnik (encore deux matches de suspension à purger) manqueront à l’appel. A Fribourg, Leblanc (blessé), Ouellet (étranger surnuméraire) et Plüss (probablement suspendu) pointent aux abonnés absents.
ARBITRAGE Chris McSorley pestait à juste titre contre l’arbitrage de Didier Massy, pas à la hauteur de l’événement mardi. L’ex-défenseur valaisan a surtout manqué de cohérence dans ses décisions. Il a sanctionné à juste titre la faute de Bezina sur Sprunger (58e), mais oublié par exemple l’horrible coup de crosse de Birbaum sur Rubin en toute fin de match.
STATISTIQUES Avec 88% d’arrêts, Stephan, même s’il a maintenu Ge/Servette dans la partie au premier tiers-temps mardi, a perdu son duel à distance avec Caron (94% d’arrêts). De même, les Grenat (49%) ont été dominés dans les engagements par Gottéron (51% de face-off gagnés). Selon les statistiques fournies par Didier Hecquet et son équipe, Fribourg a tiré sur la corde avec sa première paire de défense. Heins et Birbaum ont griffé la glace chacun 30?minutes. Si le Canadien, économe de ses efforts, semble inoxydable, en revanche, on se pose des questions sur les facultés de son compère à enchaîner les matches sans dégâts collatéraux.
PUBLIC Que ce soit à Genève, Zoug, Berne et Davos, aucune patinoire n’a fait le plein mardi. Aux Vernets, le caissier a recensé 100 spectateurs de moins que lors de la venue de Bienne, jeudi passé. En revanche, les deux matches Fribourg - Ge/Servette de ce soir et de mardi prochain se disputeront à guichets fermés.
PRESSE La lecture des journaux est interdite dans les vestiaires de Genève-Servette pendant toute la durée des play-off.
URGENT Genève-Servette cherche des familles pour accueillir des joueurs nés entre 1992 et 1995 pour la saison prochaine contre une contribution financière. Pour plus de renseignements, les gens intéressés peuvent s’adresser à contact@aiglons.ch BA