Trois mois ont passé depuis que les bouchons de champagne ont volé dans le ciel lausannois, mais Martin Rueda n’a pas changé. Ses cheveux sont toujours mi-longs, l’élégance reste sa marque de fabrique et il garde en lui cette humilité qui fait sa force. En réalité, le technicien a seulement été contraint de prendre la dimension Super League. Sans rechigner à la tâche, bien sûr, l’opportunité de vivre une aventure dans l’élite étant extraordinaire.
Son excellent travail à la tête du Lausanne-Sport s’est ainsi vu récompensé avec le titre de champion de Challenge League décroché en mai dernier. Les résultats obtenus à l’étage inférieur avec les Vaudois font aujourd’hui du Zurichois un entraîneur connu et reconnu sur la carte du foot suisse.
«Lausanne doit se réjouir»
A 48?ans et après des passages sur les bancs de Wohlen, Winterthour, Aarau et même auprès des jeunes de Grasshopper, l’ancien défenseur international (cinq sélections) savoure l’instant présent. Sans toutefois se laisser griser. «Nous ne sommes ni des rois ni des dieux, précise-t-il. On doit continuer à bosser.»
Une fois digérées les célébrations de la promotion, c’est avec un soin tout particulier que Rueda s’est donc attelé à constituer un groupe capable d’aborder de nouveaux défis. «Tout en rappelant à chacun qu’il faut à nouveau aller sur le terrain pour faire des points, pour gagner, précise-t-il. Et prendre chaque match dans l’élite comme quelque chose d’extraordinaire». Puis, d’ajouter: «On doit se réjouir d’être là.»
Le discours, lui non plus, n’a pas varié d’un iota. Il demeure rodé, empreint de modestie et de lucidité. Un signe, si besoin était, que l’intéressé sait où il veut aller. Sa ligne de conduite est restée la même que celle qu’il n’a cessé de répéter depuis son arrivée à la Pontaise, en juin?2010. «On doit jouer notre jeu, laisser parler notre football, martèle-t-il. Garder les pieds sur terre est aussi important. Je l’ai rappelé aux joueurs.»
«Content de voir Servette»
Il leur a sans doute aussi rafraîchi les idées en insistant sur l’importance des derbies lémaniques, comme celui que le calendrier leur propose déjà demain (17?h?45) au Stade de Genève. Malgré la défaite concédée par les siens mercredi soir contre Lucerne – «On a manqué de chance et commis quelques erreurs qui coûtent cher» – Martin Rueda trépigne d’impatience à l’idée d’affronter les Grenat. «Ce que réalise actuellement Servette m’impressionne. Le groupe n’a que très peu changé par rapport à la saison dernière, mais les Genevois, très complémentaires, ont fort bien entamé la saison. Je suis content de les voir là, car tout le monde dit que le SFC et le LS sont les premiers concernés par la relégation. Mais, tous les deux, nous démontrons que nous avons notre place dans l’élite. En gagnant à Zurich et en faisant match nul à Young Boys, Servette l’a prouvé.»
Et Lausanne, pendant ce temps-là, n’a pas démérité non plus. Egalement vainqueurs du FCZ (2-1), les Vaudois ont en revanche trébuché sur la pelouse de Grasshopper (2-0) en ouverture de saison, puis mercredi à la Pontaise devant Lucerne (1-0).
Huitième, sur les talons de Servette, le dernier champion de Challenge League ne veut pas en rester là. «Penser au passé ne sert à rien, lâche Martin Rueda. On veut aller de l’avant et ne jamais laisser le doute s’insinuer.» Pour les Vaudois, le meilleur moyen d’y parvenir serait de répéter la performance de septembre?2010, quand ils étaient venus s’imposer 1-2 au Stade de Genève. Mais Joao Alves a retenu la leçon. Voilà qui promet!