Pour entrer dans la base américaine située dans la zone gardée du port commercial de Valence, il faut présenter une accréditation officielle et signer une reconnaissance de confidentialité en double exemplaire. Ces formalités remplies, la visite peut commencer. Julien di Biase est le seul Suisse qui a la confiance des Américains.
Ancien administrateur du Centre d’entraînement à la régate de Genève (CER), il a remporté en 2008 le Bol d’Or avec Franck Cammas. Mais c’est avec Russell Coutts qu’il a vraiment pris une nouvelle orientation dans la voile internationale. Tout d’abord comme manager du circuit RC44 puis en tant que membre de l’équipe BMW Oracle Racing dès février 2008.
«Au départ, on m’a chargé de la coordination de l’équipe navigante sous la direction de James Spithill et John Kostecki. Je devais organiser les entraînements internes et répartir les trente-cinq marins du team sur les divers circuits de régates sur lesquels nous étions engagés. Il y a quelques mois, Russell m’a chargé d’une autre mission qui consistait à superviser la logistique des gros chantiers. J’ai ainsi dû m’occuper de la fermeture de la base de San Diego et du déménagement à Valence. Nous avons chargé le bateau, l’aile rigide et tout l’équipement sur un cargo. Ensuite, il fallait ouvrir la nouvelle base ici, dans le port commercial.»
Pourquoi s’installer si loin du port de l’America’s Cup dans une zone inaccessible au public?
«Je crois qu’on a mal compris en Suisse le fait que pour des questions d’ordre pratique, nous ne pouvions pas aller dans notre base de 2007 dans la Darsena. Le support logistique qui entoure le bateau nous impose d’énormes contraintes. L’aile rigide doit pouvoir être enlevée, notamment lorsque le vent est trop violent. Aujourd’hui, par exemple, nous avons quelques inquiétudes et nous surveillons le bateau à l’eau en permanence.»
BMW Oracle ne s’est pas facilité la tâche avec l’aile rigide qui demande une longue et délicate manutention. «Oui, le processus pour enlever l’aile ou l’installer sur le trimaran prend environ deux heures. Il faut deux grues à chaque extrémité pour la déposer sur des chariots et la rouler sous la tente. Cette manœuvre ne peut s’effectuer que par des airs légers. Plus il y a de vent, plus on doit prendre de précautions. Si on casse l’aile, il nous reste toujours l’option d’un mât traditionnel.»
Un bateau hybride
Julien di Biase est convaincu du potentiel du trimaran et de son aile. «Notre bateau a subi une transformation fascinante depuis sa mise à l’eau. Au départ, il n’y avait pas de moteur, pas de ballast, un mât de 50?m. Aujourd’hui, la coque centrale a été complètement réaménagée avec une nouvelle étrave, on a changé les flotteurs et dévoilé l’aile rigide. Cela devient un bateau un peu hybride, mais en même temps très novateur. En 2009, certains avaient imaginé que BMW Oracle construisait un deuxième bateau. En fait, on travaillait déjà depuis longtemps sur l’aile rigide! Entre Alinghi et Oracle, on aura une compétition où la fiabilité des bateaux sera déterminante.»
Les infos du jour
? TROP DE VENT
Les deux multicoques géants sont restés au port hier. Des vents violents soufflant en rafales risquaient de causer des dégâts importants aux bateaux.
Chez Alinghi, le travail de maintenance s’est poursuivi sur le catamaran et plusieurs réunions de travail se sont déroulées pour préparer la journée de régate prévue aujourd’hui à partir de 10?heures.
? PRÉVISIONS PESSIMISTES
La météo valencienne demeure capricieuse. Les conditions pour lancer une régate pourraient être favorables en milieu de journée (13?h). Le départ pourrait même être repoussé jusqu’à 16?h au plus tard. Si la course dure moins de trois heures, les bateaux pourraient terminer leur parcours de 20 milles nautiques aller et retour (76?km) avant la nuit. Ensuite, il faudra encore une heure et demie pour retourner à la base.
? RIEN AVANT DIMANCHE?
Les météorologues d’Alinghi, John Bilger et Jack Katzfey, pensent qu’il y a peu de chances qu’une régate soit lancée avant dimanche! Une catastrophe pour l’intérêt de la compétition qui serait alors programmée en pleins Jeux olympiques. Vendredi, un front froid va fondre sur la région de Valence et les températures vont chuter de dix degrés! Le Deed of Gift, le document fondateur de la Coupe, n’autorise pas un match dans l’hémisphère Nord en hiver. Le juge de la Cour de New York en a décidé autrement, faute d’un accord entre Alinghi et Oracle.