«Franchement, si l’Afrique n’avait pas été représentée en quarts de finale, cela aurait été une honte pour tout le continent. Alors oui, d’où que nous venions, nous sommes tous derrière l’équipe du Ghana.»?
A l’ombre du spectaculaire Soccer City Stadium, Frank Sanga ne rêve pas de finale. Avec son ordinateur portable sous le bras et son accréditation vissée autour du cou, le journaliste n’est même pas Ghanéen. Non, Frank écrit pour le Mwananchi, le plus grand quotidien de Tanzanie. Mais comme tous ses collègues africains, il raconte aujourd’hui la folle aventure du Ghana. Avec des espoirs dans les yeux.
La fête au Zimbabwe
Ce soir, ce n’est pas qu’un pays, c’est tout un continent qui se mobilisera derrière son dernier représentant. Pour plusieurs raisons qui dépassent le simple cadre sportif. «Le Ghana fut parmi les premiers pays de l’Afrique noire ayant été colonisés à avoir obtenu son indépendance, en 1957. C’est pour cela que ce pays a depuis toujours été populaire en Afrique», explique Robson Sharuka, qui est là pour The Herald, un journal zimbabwéen. «Alors forcément, quand en plus le Ghana est le dernier pays africain engagé dans la compétition, nous l’encourageons, explique-t-il. Chez nous, au Zimbabwe, il y a eu des fêtes incroyables qui ont commencé lorsque le Ghana a éliminé les Etats-Unis en huitièmes de finale. C’était la folie, alors que nous ne sommes pas proches géographiquement du Ghana. Mais nous sommes fiers pour l’Afrique.»
La fierté est légitime. En 2006, le Ghana fêtait sa première participation à une Coupe du monde. Il se hissait en huitièmes de finale, deuxième de son groupe derrière l’Italie et devant la République tchèque et les Etats-Unis, déjà battus 2-1 à l’époque. L’élimination face au Brésil n’avait rien eu de honteux. Cette fois, les «Etoiles noires», selon leur surnom, font encore plus fort. Avec ce quart de finale contre l’Uruguay, le Ghana pourrait devenir le premier pays africain à se hisser au stade des demi-finales. L’exploit n’est pas impossible.
En tout cas pas pour John Mensah. Sa carrière en Europe, le défenseur central ghanéen l’a commencée en Suisse, à Bellinzone. Il a ensuite connu Gênes, le Chievo Vérone, le Stade rennais et Lyon qui le prêtera à Sunderland. Le formidable engouement que suscite le Ghana ne lui échappe pas. «Jouer la Coupe du monde sur le sol africain, c’est quelque chose de fantastique, lançait-il il y a peu. C’est un grand honneur pour nous et tous les Africains. Le Ghana est la seule équipe encore en course, toute l’Afrique sera derrière nous. Ce soutien nous permettra d’aller plus haut et de réaliser quelque chose de grand.»
Un exemple à suivre
Il n’est pas le seul joueur connu de cette sélection. On évoquera bien sûr le latéral Bâlois Samuel Inkoom. Ou encore André Ayew, le fils d’un certain Abedi Pelé, malheureusement suspendu ce soir. «Il y a beaucoup d’attentes autour de cette équipe ghanéenne, qui pourrait réaliser quelque chose d’historique pour l’Afrique, sourit Frank Sanga. C’est de tout cela dont je parle dans mon journal. Et aussi du fait que le Ghana est un exemple à suivre, avec une fédération forte qui soutien un entraîneur, Milovan Rajevac, en place depuis deux ans. Un sélectionneur qui fait jouer des jeunes joueurs. C’est aussi cela le foot africain.»
C’est pour cela que toute l’Afrique, plus fort encore que toutes les vuvuzelas du Soccer City, encouragera le Ghana ce soir.