C’est assez rare pour être signalé. Sur le banc de Ge/Servette, le but de la victoire de Florian Conz a fait sortir Chris McSorley de son calme imperturbable.
Réputé pour ses excès d’humeur, mais pas vraiment pour son triomphalisme tapageur, l’entraîneur-manager a, cette fois-ci, jubilé l’espace de trois secondes, applaudissant la réussite du Jurassien et levant brièvement les poings.?
Quelques minutes plus tard, Chris McSorley s’engouffrait dans une voiture pour regagner au plus vite le bout du lac. «Je ne vais rien dévoiler publiquement, mais nous avons tactiquement procédé à certains ajustements, relève-t-il. Ils ont porté leurs fruits.»
Voilà peut-être l’une des raisons expliquant que, pour la première fois en six rencontres de play-off face à Gottéron, Ge/Servette a montré son vrai visage, celui de la saison régulière. Celui d’une équipe concentrée, appliquant à la lettre ses principes défensifs et ne lâchant rien.
«Mon équipe ne présente pas le plus beau hockey de Suisse, avoue Chris McSorley, mais elle s’est découvert une nouvelle qualité: le refus absolu d’envisager la reddition…»
Pour maintenir intact le rêve d’accéder pour la troisième fois de son histoire au carré d’as de LNA, Ge/Servette a bénéficié d’une réussite certaine. «Il en faut forcément», reconnaît Chris Rivera. Dans le camp grenat, joueurs et entraîneurs ne réfutent pas la thèse selon laquelle leur rival s’est sabordé lui-même, surtout au premier tiers, incapable de prendre le large. «Oui, Fribourg aurait pu mettre tout le monde d’accord dès le premier tiers, poursuit Chris McSorley. Nous pouvons remercier Tobias Stephan. Il nous a sauvés et permis de rester dans la partie…»
Une mention spéciale revient logiquement à Florian Conz. «C’est peut-être le but le plus important de ma carrière», admet l’attaquant de poche, qui ne marque pas souvent, mais sait choisir les moments où il déclenche la lumière rouge. L’ancien junior d’Ajoie n’affichait que 4 buts à son tableau de chasse cette saison et il n’avait plus levé les bras depuis 16?parties (8 janvier 2010).
Conz s’inspire de Federer
Ce «game winning goal» de l’acte VI des play-off restera parmi ses meilleurs souvenirs. «Quand j’entre sur la glace, je vois à l’horloge qu’il ne reste que 30?secondes à jouer, explique-t-il. Ce qui signifie que nous ne sommes pas encore en prolongation. Pas le temps de réfléchir et je vois Tony (Salmelainen) dans le coin qui va me refiler le puck. Je n’avais pas d’autre choix que tirer…» Le résultat est connu.
Au sein du gang servettien, aucune trace d’euphorie n’est perceptible. Les vestiaires et leurs alentours sont empreints de calme et de concentration. Les Aigles restent plongés dans leur tableau de marche, qu’ils n’achèveront que mardi soir, en respectant leurs engagements. «Nous venons de sauver deux balles de match, souffle Florian Conz. A nous de la jouer avec sang-froid, à la Roger Federer, en ne laissant pas passer notre première et dernière opportunité de nous qualifier.»
Sans oublier que Fribourg-Gottéron et le revenant Shawn Heins disposeront simultanément du même privilège. Et qu’un 7e match de play-off revêt bien souvent les allures d’une loterie…
Fribourg a pris un coup au moral
Le vestiaire de Fribourg est resté longtemps fermé.
Le temps pour les joueurs d’évacuer la déception et pour le (bon) président Baudin de remonter le moral de ses troupes.
«On a bien sûr quelques regrets d’avoir perdu de cette manière, disait-il au micro de la RSR, mais je n’ai rien à reprocher à mon équipe. Il faut tout faire mardi pour se qualifier pour les demi-finales, mais il n’y aurait aucune honte que la saison s’arrête là. Je n’en fais surtout pas une affaire d’argent. Je vous rappelle que Davos, champion de Suisse en titre, a été éliminé par Kloten…»
Galerie de portraits
On a eu droit ensuite au défilé des joueurs. Avec tous les états d’âme et la galerie de portraits possibles et inimaginables. L’optimisme irradiait le visage de Bykov, la déception accablait Jeannin et le flegme habitait Ngoy. Reprenons dans l’ordre, par le menu détail.
Andreï Bykov: «Ce soir (samedi), on a connu moins de réussite que Genève-Servette. Mais on doit tourner la page tout de suite. Moi, j’ai déjà évacué la déception. Je me concentre sur le match No 7 de mardi. Il faudra se montrer patient, améliorer notre power play et surtout concrétiser nos occasions de but.»
Sandy Jeannin (presque inaudible): «Conz sort un but de derrière les fagots. La pilule est un peu dure à avaler, car on doit tuer le match au premier tiers-temps. On ne l’a pas fait, parce qu’on s’est arrêté de travailler et qu’on a laissé le champ libre à Genève-Servette sur deux actions de rupture.»
Michael Ngoy: «Stephan nous a privés de la victoire. Au final, on aurait tout aussi bien pu l’emporter. Nous perdons la tête haute. Désormais, Genève-Servette a la pression sur lui: il jouera le dernier match à la maison et il est le favori logique.»
Bernard Andrié, Fribourg
La meilleure réponse de Chris Rivera
En moins de dix minutes, Chris Rivera est sorti de sa boîte pour devenir l’un des acteurs dominants de la soirée. A la 26e?minute, sa hargne lui permettait de déborder Collenberg et offrir un caviar à Tony Salmelainen. De passeur à buteur, il n’y avait qu’un pas qu’il franchissait à la 36e, ne tremblant pas au moment d’affronter seul Sébastien Caron.
«Un pur bonheur, lâche Chris Rivera. Je suis peut-être à l’origine de deux buts, mais c’est avant tout notre travail d’équipe et notre collectif qui nous ont permis de nous en sortir.» Jeudi soir, déjà buteur lors de l’acte V, l’attaquant servettien avait ostensiblement fêté son but (2-1), tirant son propre maillot pour montrer au public son attachement à son club.
Samedi, sa joie fut contenue. «Ce fut une énorme satisfaction… intérieure», sourit-il. Une revanche aussi, digne et professionnelle, envers le public fribourgeois qui ne l’a pas ménagé depuis le début des play-off, avec des insultes de bas niveau, trop courantes dans les gradins de Saint-Léonard.
Les patinoires d’Helvétie sont presque toutes remplies de fans excités, pas tous toujours très fins et fair-play et usant de quolibets envers l’adversaire. Mais, depuis plusieurs années (et pas seulement contre Ge/Servette!), le public de Gottéron se distingue par sa vulgarité et sa grossièreté. Voire pire encore. Sans qu’aucun dirigeant de Fribourg-Gottéron n’ait jamais jugé opportun de lancer un appel au calme.
«Ma mère est gentille»
Alors qu’aux Vernets les sifflets sont réservés au seul Serge Aubin et les moqueries à Alain Birbaum et à Julien Sprunger (son talent suscite des jalousies…), la liste des ennemis à Saint-Léonard est devenue importante, notamment à l’annonce des équipes. A l’applaudimètre, Chris McSorley est le plus haï. Suivi dans le désordre par Bezina, Mercier, Rubin et Rivera. Honnête, ce dernier reconnaît «l’avoir un peu cherché, mais sans le regretter». Après le deuxième acte des play-off, Chris Rivera avait ouvertement laissé parler ses sentiments peu amènes à l’égard de Fribourg-Gottéron, ce club qu’il ne porte pas dans son cœur. Depuis, il en paie le prix.
«Cela ne me gêne absolument pas, concède-t-il. Tant que je ne suis pas insulté ou hué par nos propres fans, ça va. Je regrette simplement les obscénités visant ma mère. Elle est très gentille, elle n’y peut rien et devrait être laissée à l’écart…» (olb)
POWER PLAY
BILLETERIE Les tickets pour le match No 7 de mardi (19?h?45, non retransmis sur TSR2) sont mis en vente ce matin dès 10?h dans les points de vente habituels: la Praille, Balexert et Chip Sport. Et sur gshc.ch. A noter qu’il s’agira de la 13e confrontation de la saison entre Ge/Servette et Fribourg. Un record!
ZOUG OU KLOTEN Si d’aventure Ge/Servette se hisse en demi-finale, il affrontera, dès jeudi aux Vernets, Zoug ou Kloten. Tout dépend de l’issue du quart Zoug-ZSC Lions. Si les joueurs de Suisse centrale s’imposent, ils retrouveront Ge/Servette (Berne se mesurant à Kloten). Si les ZSC Lions ont le dernier mot, ils affronteront Berne, laissant Ge/Servette et Kloten entre eux.
MERCI AUBIN Florian Conz a marqué samedi le but de la victoire avec une crosse que lui avait vendu… Serge Aubin, passé à l’ennemi fribourgeois, à la fin de la saison passée. BA/OLB
Terminé pour Davos
Arno Del Curto avait affirmé que Davos n’avait pas l’étoffe d’un champion de Suisse cette saison. Comme souvent, le «mage» grison avait raison… Les tenants du titre ont été sortis en six matches par des Kloten Flyers virevoltants et qui ont fait la différence grâce à des réussites de Félicien Du Bois et de Simon Bodenmann dès la première période (4-3 au final).
Les ZSC Lions ont quant à eux sauvé une deuxième balle de match face à Zoug (6-2/3-3 dans la série).
Alston a été irrésistible en scorant à deux reprises, dont un exceptionnel «un contre un» gagné face au gardien finlandais Markkanen lors de la troisième période.
Krutov a suivi l’exemple de son glorieux aîné en réussissant lui aussi un doublé. (si)