Il n’y a pas que les multicoques au Bol d’Or Mirabaud. Les Formules 1 du lac sont envahissantes. Si elles donnent un certain prestige sportif à la plus grande régate du monde en eaux fermées, elles font aussi de l’ombre aux autres.
Le «Bol», il vit surtout – et grâce – à ces centaines de monocoques qui s’élancent à l’assaut du parcours Genève-Le Bouveret-Genève. A leur bord, des milliers de marins amateurs, plus ou moins chevronnés, qui écrivent à leur manière de petites et de grandes histoires.
C’est le cas de Jacques Valente, figure genevoise de la voile, quatre?fois vainqueur du Bol d’Or dans sa classe de bateaux. Skipper pro? Il n’a jamais envisagé de l’être. «C’est juste une passion, explique-t-il. Depuis que j’ai 9?ans, je navigue sur ce lac.»
Impatience et émotion
Quarante ans plus tard, son regard brille toujours. Il brûle d’impatience au moment d’attaquer son 28e Bol d’Or. «L’émotion sera particulière car il s’agira de la première grande régate avec mon nouveau bateau. Je suis donc assez impatient de voir comment il va se comporter. Et puis cette course est unique. Sur ce lac, les retournements de situation sont perpétuels, c’est ça qui est génial.»
Le plaisir simple d’être là, à la barre de Blackbird, un fringant 9,50?m, avec les autres, c’est le sentiment principal animant Jacques Valente qui concède quand même quelques ambitions. «On sera six à bord et on n’y va pas en touristes mais pour essayer de gagner dans notre catégorie.»
S’il n’y parvient pas, Jacques Valente gardera son sourire, car depuis un funeste mois d’octobre 2007, le marin genevois a appris à relativiser. Cette année-là, sa deuxième participation à la Mini Transat tourne au cauchemar. Des douleurs rénales deviennent insupportables. Panique à bord au milieu de l’Atlantique. Jacques Valente s’arrête sur l’île de Madère. «Mes constantes étaient au plus mal. Je courrais à la catastrophe. C’est sûr, si j’avais continué ou si j’étais reparti, on ne parlerait plus aujourd’hui de ce 28e Bol d’Or…»
Le cadeau de la vie
Il souffre de polykystose et doit s’inscrire sur la liste des demandeurs d’organes. Alors qu’il pense devoir patienter et en passer par la case dialyse, il reçoit un coup de fil d’une amie d’enfance.
«Laurence avait entendu parler de mes problèmes et elle a spontanément proposé de m’aider. Elle m’a fait le plus beau des cadeaux, celui de la vie», explique-t-il avec émotion.
En avril 2008, il reçoit un rein tout beau, tout neuf. C’est alors devenu une évidence. Jacque Valente n’allait plus jamais naviguer pour sa pomme: «Ce qui compte désormais, c’est de faire passer un message. C’est pour ça que nous avons créé le projet La vie est un don. L’idée, c’est de participer à un maximum de régates pour faire réfléchir les gens sur la question. Le don d’organes reste un tabou.»
Conséquence, il y a un vrai problème de santé publique en Suisse. «Le délai d’attente des demandeurs est de deux ans, souligne Jacques Valente. C’est trop. Chaque année, il y a cent personnes qui meurent en raison du manque de donneurs.»
Il n‘a jamais voulu en faire son métirLui a eu de la chance. Grâce à Laurence. Il sera samedi un concurrent du Bol comme les autres, parmi les autres. «Car on peut être transplanté et vivre sa vie à 100%», conclut-il dans un ultime message d’espoir.