C’est un moment de grâce. Une trentaine de secondes d’une limpidité absolue. Carlo Janka est de ces champions capables de se sublimer lorsque la pression est à son comble. Sa démonstration lors de la descente de Garmisch restera dans les mémoires.
Sur la piste des prochains championnats du monde – qu’il découvrait! – il jouait gros, Carlo. Cette descente devait lui servir de tremplin pour sauter à skis joints dans l’histoire de son sport. En course pour décrocher le gros Globe de cristal, celui qui récompense le meilleur skieur de l’hiver, «Iceman» devait absolument frapper les esprits. Et en premier lieu celui de Benjamin Raich.
Simple spectateur après des entraînements calamiteux, l’Autrichien aura été un des seuls à ne pas goûter au spectacle proposé par son rival. Au moment de s’élancer ce matin en super-G, il est K.-O. debout.
Il reverra les images d’un Janka qui est revenu de nulle part pour coiffer tout le monde au poteau. Pour deux centièmes, il a devancé Mario Scheiber. Il était écrit que les Autrichiens ne remporteraient pas de victoire cet hiver dans la discipline reine. Pareille déconfiture ne s’était plus produite depuis 1992. Le podium est complété par Patrick Küng et Eric Guay (troisièmes ex aequo). Pour le prometteur Glaronais, il s’agit du premier podium en Coupe du monde.
En une course victorieuse, Carlo Janka a donc repris la main. Alors qu’il comptait 46?points de retard sur Raich, le champion olympique de géant vire en tête avec un coussin de 54 unités à trois courses de la fin. Le voilà en position de force pour entrer dans la légende du ski alpin.
«Je savais qu’il y avait quelque chose à faire aujourd’hui et j’ai eu de la chance (ndlr: le soleil était de la partie lors de son passage), la course s’est jouée à rien du tout. Je suis à la fois heureux et surpris de me retrouver tout devant», a-t-il commenté, avec sa sobriété habituelle.
A 23?ans seulement, le Grison a toutes les cartes en main pour succéder à un autre Grison. Oui, il était une époque où les skieurs suisses gagnaient le classement général de la Coupe du monde. Le dernier d’entre eux a été sacré en 1992. Il y a une éternité. Il s’appelait Paul Accola. Comme son possible successeur, «Pauli» ne donnait pas franchement dans la gaudriole pour fêter ses succès. C’était aussi un de ces gars de là-bas, un taiseux au cuir épais et dur comme un vieux morceau de viande séchée.
Insensible au Globe?
La perspective de rejoindre au palmarès des champions de la trempe de Killy, Stenmark, Thoeni, Zurbriggen, Tomba, Girardelli, Svindal ou Miller ne semble pas bouleverser la nouvelle star du cirque blanc.
«Je n’ai aucune pression cette semaine, a rappelé Carlo Janka. Je suis déjà très satisfait avec mon parcours cette saison. Cela m’est égal de remporter ce grand Globe de cristal ou pas, je peux ainsi me concentrer pleinement sur le travail que j’ai à faire sur les skis. Je dois prendre de l’avance dans les disciplines de vitesse car Raich aura l’avantage en technique.»
En un peu plus d’un an, Carlo Janka a gagné sa première course de Coupe du monde. Il est devenu un champion du monde et olympique courtisé. Il a aussi appris comment on évacue toute forme de pression. La marque des tout grands.?
Vonn - Cuche, un couple de cristal
Didier Cuche, déjà assuré du petit Globe de cristal de la descente depuis sa victoire la semaine dernière à Kvitfjell, a fini huitième hier, après avoir skié avec un dos douloureux. «J’ai failli ne pas prendre le départ», a souligné le Neuchâtelois, qui a couru sous piqûre.
A l’issue de la course, il a reçu son trophée, le troisième après ceux de 2007 et 2008. Ce Globe récompense une nouvelle fois sa régularité et ses trois succès dans la discipline reine cet hiver.
Chez les dames, Maria Riesch n’a laissé à personne le loisir de s’imposer dans la descente. La régionale de l’étape a relégué Lindsey Vonn à 0’’48 et Anja Pärson à plus d’une seconde. Dans les rangs suisses, il n’a manqué que neuf centièmes à Nadja Kamer (4e) pour terminer sur le podium.
Avec cette victoire, Maria Riesch a repris 20?points à Lindsey Vonn dans la lutte qui les oppose pour le Globe du classement général. L’Américaine compte 225?points d’avance alors que 300?points sont en jeu dans les trois épreuves qui restent à disputer lors de ces finales. (tg)
Le clou de la saison
COMMENTAIRE
L’histoire est belle. Tout commence par un succès de Cuche à Sölden. Suivi du phénoménal triplé de Carlo Janka en décembre à Beaver Creek. Le même bougre met ensuite le feu à Wengen. Il inspire le Neuchâtelois qui s’impose dans La Mecque de Kitzbühel, réduisant au silence les fans autrichiens.
Aux Jeux, un autre Didier s’offre une tranche de gloire. De quoi donner des idées au phénomène d’Obersaxen, qui devient un géant de l’Olympe au terme d’une course d’anthologie. Ils auraient pu s’arrêter là. Ils en veulent encore! Revanchard après des Jeux ratés, Didier Cuche s’offre un troisième Globe de cristal en descente. A 35?ans, il n’en finit pas de se bonifier.
Et voilà que Carlo Janka est en passe de succéder – enfin – à Paul Accola, dernier Suisse vainqueur du classement général de la Coupe du monde. Ce gros globe serait le clou d’une saison exceptionnelle pour les skieurs suisses.
La distinction est peut-être moins bling-bling qu’une médaille olympique aux yeux du grand public, mais elle est tellement plus significative. Elle ne revient qu’à des champions d’exception qui ont marqué l’histoire de leur sport.
Grégoire Surdez
Le programme
AUJOURD’HUI:
9?h/12?h géant dames
10?h?30 super-G messieurs
VENDREDI:
9?h/12?h géant messieurs
10?h?30 super-G dames
SAMEDI:
8?h?45/12?h slalom messieurs
9?h?45/13?h slalom dames
LES POSITIONS
1. Carlo Janka 1073?pts.
2. Benjamin Raich 1019?pts.
POINTS Il reste 300?points en jeu. Lors des finales, seuls les 15 premiers marquent des points.