Face au Canada (ce soir, 20?h?15, en direct sur TSR?2), avec qui il a décroché aux Mondiaux trois fois l’or (1997, 2003 et 2007) et une fois l’argent (1998), Andy Murray (59?ans) se retrouvera dans le camp adverse. Certes pas à la bande, mais juste au-dessus, dans son rôle de consultant de luxe de l’équipe suisse.
Rencontre avec l’ex-entraîneur des Los Angeles Kings et des St. Louis Blues, mais aussi de Kloten, Zurich, Zoug et Lugano.
Andy Murray, comment un entraîneur de NHL devient-il consultant au service de l’équipe suisse?
J’ai répondu à une sollicitation de deux amis de mes débuts en Suisse dans les années 80. Peter Lüthi (ndlr: actuel manager de la Ligue) fut pendant trois ans mon assistant à Kloten. Et au CP Zurich (ndlr: ancêtre des ZSC Lions) , un certain Sean Simpson était mon 3e étranger! Au fil des années, nous sommes restés en contact. Il fut mon adjoint à la Coupe Spengler à la tête du Team Canada.
Mais pourquoi ce rôle?
Il n’y a pas d’âge pour apprendre, chaque expérience est enrichissante. Sinon autant prendre sa retraite. En fait, je suis encore sous contrat avec les St. Louis Blues pour une année et je n’ai pas le droit d’entraîner sans leur accord. Nous avons trouvé un compromis ensemble: je peux conseiller l’équipe de Suisse, mais j’ai l’interdiction de patiner. Je n’ai pas mis les pieds sur la glace dans les camps d’entraînement et à Mannheim.
Du bénévolat, en quelque sorte?
Je suis payé par les St. Louis Blues! Je ne reçois rien de la Ligue suisse de hockey. Seuls mes frais sont pris en charge.
Cette fonction présage-t-elle un prochain retour en Suisse?
Tout est possible. C’est dans ce pays que j’ai vécu certaines des plus belles années de ma vie. Mon fils Brady évolue à Lugano, ma fille Sarah a rejoint l’équipe féminine de ce club. Et mon autre fils, Jordy, étudie une année encore dans le Wisconsin. Il devrait lui aussi venir en Suisse d’ici un ou deux ans. Je suis Canadien pure souche, mais mes fils, en plus de leur licence helvétique, ont un passeport américain pour avoir évolué avec les Etats-Unis lors de Mondiaux juniors.
Ce soir, vous serez pour la première fois de votre carrière adversaire du Canada, que vous avez mené trois fois au titre…
C’est vrai, mais je n’y songe pas trop. De toute façon, le Canada est en de très bonnes mains sans moi. Ils peuvent se passer de ma présence, non?
Comment une sélection canadienne est-elle constituée pour des Mondiaux en pleine Coupe Stanley?
Les Mondiaux sont malgré tout très suivis au Canada, chaque match est retransmis en direct. Le choix des joueurs est grand. Disons qu’il s’effectue surtout en prévision du futur, par exemple des Jeux olympiques. C’était en tout cas ma philosophie. Tout est savamment pensé et préparé.
Au Canada, une sélection se refuse rarement. Comment réagissez-vous à toutes ces défections qui ont frappé le camp suisse?
Pour les joueurs non blessés, il ne devrait pas y avoir d’excuse. En tout cas pas la fatigue. Les entend-on se plaindre de surmenage durant les play-off? Non! Sincèrement, j’ai du mal à comprendre.
Comment réagir? Personne ne peut forcer un joueur à venir.
C’est vrai. Mais vous pouvez leur faire passer des messages, par exemple en ne les favorisant pas forcément lors des prochaines échéances. Mais ce n’est pas mon rôle. Je laisse ce dossier délicat à Sean Simpson.
Depuis votre dernier poste en Suisse (Lugano, 1992), des progrès ont pourtant été accomplis…
Il y avait déjà des grands talents. Mais entre-temps, tout s’est professionnalisé à l’extrême, tant mieux. Les hockeyeurs peuvent se concentrer complètement sur leur sport, sans trouver d’excuses. La qualité des joueurs et les résultats s’en ressentent. Bientôt, Mark Streit ne sera plus le seul joueur de champ à y évoluer. Le label suisse va se faire respecter en NHL. C’est un processus qui prend du temps.