Juraj Kolnik paie au prix fort son geste de mauvaise humeur contre l’arbitre Stefan Eichmann dimanche passé à Rapperswil. Le juge unique a prononcé une peine de sept matches de suspension assortie d’une amende de 1500?francs contre le fauteur de troubles. Du coup, l’attaquant slovaque ne disputera pas les quatre dernières rencontres de la saison régulière et les trois premières des séries finales.
Rappel des faits: après le quatrième but victorieux de Rapperswil – inscrit en prolongation à quatre joueurs de champ contre trois et alors que Gobbi, victime d’une charge à la bande, restait au sol – l’attaquant slovaque avait insulté puis touché la main de l’arbitre avec sa crosse, apparemment sans intention de blesser l’homme zébré. M. Eichmann avait alors prié Kolnik de s’excuser, mais celui-ci a refusé de s’exécuter en direct sur la glace (voir ci-contre), avec les funestes conséquences que l’on connaît.
«Un geste grave»
Dans ses attendus, Reto Steinmann s’appuie sur les préceptes de la Fédération internationale (IIHF) et du Tribunal du sport de la Swiss Hockey Association pour justifier la sanction infligée à Kolnik.
«Le geste du Slovaque est grave. Il constitue indubitablement une voie de fait contre l’arbitre. Il s’agit à la fois d’une atteinte à son intégrité corporelle et à son intégrité en général (…). L’intention première du joueur était vraisemblablement d’attirer l’attention de l’arbitre, ce qu’il a toutefois fait d’une manière absolument intolérable. Selon la Fédération internationale, l’arbitre est réputé absolument intouchable.»
«En cas de voies de fait contre le directeur de jeu sans intention de blesser ni risque de blessure, le Tribunal du sport prévoit en règle générale au moins 10 matches de suspension.»
Reto Steinmann a fait preuve de «clémence», car, dit-il, «Kolnik tenait sa crosse d’une seule main et qu’il ne s’est pas agi d’un coup de crosse au sens propre du terme».
Sentiment de malaise
Reste un sentiment de malaise: tous les clubs sont-ils traités sur un pied d’égalité par le juge unique? La réponse est non! Et Chris McSorley de pointer du doigt quelques cas où Reto Steinmann a fait preuve d’une indulgence suspecte (voir ci-contre). Ce qui laisse un arrière-goût d’injustice. La faute de Kolnik méritait-elle plus que cinq matches de suspension? Non, à lire le jugement du juge unique qui n’hésite pas à dire tout et son contraire. D’abord il écrit que «le geste de l’attaquant de Genève-Servette est indubitablement une voie de fait» avant de poursuivre, quelques lignes plus loin, «qu’il ne s’agissait pas d’un véritable coup de crosse».
Comprenne qui pourra. D’autant plus que le même Reto Steinmann a infligé hier cinq matches de suspension à Andreas Küng (Thurgovie), coupable d’avoir touché la jambe du même arbitre avec la crosse…
Kolnik sur la glace. Il en sera privé pour les sept prochains matches. Genève-Servette décide lundi s’il fait recours ou pas.
Il espérait la mansuétude du juge unique de la Ligue. Il en est quitte pour soupeser une suspension qui le déçoit profondément. Car Chris McSorley le sait: perdre Kolnik pour sept matches, dont les trois premiers des play-off, c’est forcément un lourd handicap.
«Oui, je suis déçu, souffle l’entraîneur. Il faut savoir une chose: l’arbitre a demandé à trois reprises à Kolnik de s’excuser pour les propos qu’il lui a tenus à la fin du match. Il n’était nullement question de coup de crosse reçu, puisqu’il n’y en a pas eu d’ailleurs. C’est parce que Kolnik lui a dit ce qu’il avait sur le cœur, avec ses mots…, et qu’il a ensuite refusé de s’excuser sur la glace que la pénalité de match a été donnée. Sinon il n’y aurait rien eu.
Rien du tout! En fait, on passe donc de ce rien du tout, si Kolnik s’était excusé en direct, à sept matches de suspension. Même l’arbitre a demandé au juge unique de réduire la sanction à son strict minimum. Mais apparemment, il n’a pas été écouté. Alors oui, je suis déçu. D’autant plus quand je vois le cas de Ritchie la saison dernière, qui pousse l’arbitre Stalder et qui ne prend que trois matches. Ou, pire, Rueger qui fonce sur Kurmann et qui est retenu par les deux juges de lignes. Pour cela, il n’a rien eu du tout!»
Ge/Servette fera-t-il recours contre cette décision? «Nous étudions cette possibilité, répond McSorley. Nous déciderons lundi.»
Daniel Visentini
COMMENTAIRE
Le juge unique juge. En son âme et conscience. Alors pourquoi le suspecte-t-on souvent de partialité? Sans doute parce qu’il n’a pas de ligne de conduite vraiment claire. Et que selon que l’on est riche (ZSC Lions ou le CP Berne) ou pauvre (Genève-Servette), ses sanctions varient du simple ou double. Voire pire…
Reto Steinmann souffre d’un défaut rédhibitoire: il ne connaît rien au jeu et aux arcanes du hockey sur glace. Il punit sur la foi des images TV et interprète les scènes qui défilent sous ses yeux, tel un béotien en extase devant un nouveau jeu vidéo.
Cette pratique d’un autre âge n’a plus lieu d’être au XXIe siècle. Désormais, il faut confier cette noble mission dévolue aujourd’hui au seul Reto Steinmann non plus à un juge unique, mais à trois, issus des trois régions linguistiques de la Suisse. Un organe de décision qui fonctionnerait à la majorité simple.
On ne pourrait dès lors plus le suspecter de partialité, comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui. A condition que les trois sièges soient occupés par de fins connaisseurs du hockey sur glace.
Et non pas seulement par des juristes incompétents.
Et qu’on ne vienne pas nous dire que cette nouvelle distribution des rôles retarderait d’autant les prises de décision. Que diable, la vidéoconférence existe! Il serait temps que
ces messieurs de la Ligue se réveillent…
Paul Bernie