Les filles de 1973 . Leurs petites sœurs de 1976. Des villes en «eux», comme sa natale Evreux. Un chanteur en première partie de Brassens devenu conseiller en pose de voix. A moins que ce soit cette pochette de Leonard Cohen, Song for a Room . Ou encore les jeunes femmes qui hurlaient pour les Beatles au Shea Stadium le 15 août 1965…
Vincent Delerm, chanteur et pianiste comblé, a l’amour du détail. Des détails à la pelle, dont le parolier use avec doigté, d’un disque à l’autre. Dernier album en date, Quinze chansons, fait l’objet d’une tournée de passage à Thônex ce jeudi soir à 20?h?30.
Mais la grande actualité de la rentrée (grand format, petite diffusion, prix en conséquence), c’est son livre. Un recueil de clichés photographiques de son cru pris durant cette même tournée, avec texte et DVD live en sus. Toujours prêt à débattre du fond des choses, Vincent Delerm en parle.
«Je cherchais à occuper le temps. Ecrire des chansons. Pour cela, j’ai besoin du piano. Mais en tournée, c’est idiot, tu passes trois heures sur ton instrument sans rien composer, évidemment. Je me disais aussi, lorsqu’on se tape des documentaires sur la vie des chanteurs en tournée, ce sont toujours les mêmes plans. Machine qui descend du train, machin qui fait sa répétition. Mais ce n’est pas ça qu’on voit! En tournée, il y a toute la logistique, les feuilles de route. Tu te projettes, tu imagines des trucs, tu te balades. L’après-midi, tu es dans les théâtres. Une ambiance forte, un parfum indissociable des concerts, voilà ce que sont les tournées, voilà ce qui reste. Bien plus que le côté «ouaaiis», avec les applaudissements.»
Dans l’attente, Vincent Delerm a regardé, observé. Rien de démonstratif. Tout dans le détail. Evidemment. Images et textes, l’idée ne lui est apparue qu’après sept ou huit dates. «Tu es dans un hôtel. Tu appelles ta copine. Tu lui dis: «C’est marrant, dans ma chambre, il y a des cadres aux murs.» Une chambre d’hôtel, parfois c’est drôle, parfois sinistre, parfois grandiloquent ou juste too much.» Assez captivant, tout de même, pour en faire un journal de bord, confie le musicien.
Mieux vaux en rire…
Pour relier les étapes de 23 janvier-18 juillet 2009, titre littéraire aussi sobre que frais de goût (c’était il y a seulement trois mois!), Vincent Delerm joue de l’anecdote: «J’ai gardé tous les trucs récurrents. Comme ces directeurs de salle qui t’expliquent que leur salle est excellente. En général, quand ces mêmes directeurs savent que leur public est assez froid, ils viennent te dire: «Vous allez voir, c’est superchaud!» Comme ça, après, si tu les sens un peu froid, tu te dis, merde, j’ai du rater mon truc!»
Ces choses, et d’autres, font «marrer» Vincent Delerm. Feront-elles marrer les lecteurs? «Parfois, tu essaies de convaincre des gens qui ne sont pas dans la partie. Quand tu fais un spectacle, il y a toujours la dame qui dit: «Ah, ben moi, c’est ma voisine qui avait deux places, son mari était malade, je ne pensais pas venir, mais ça m’a plu». Bon. Et puis après, quand tu fais des chansons, tu sais pertinemment que certaines vont plaire parce qu’elles sont dans la tradition, tandis que d’autres iront au-delà. Ce livre, clairement, n’est pas fait pour convaincre la terre entière. C’est pour les gens qui m’aiment bien…»
Dans le regard de Vincent Delerm, il y a aussi ces réponses répétées interview après interview. Et finalement pas si bien dites encore. «Expliquer sa journée type à un journaliste, ça manquera forcément de nuance.» Le détail, encore. Question de temps. De place pour le dire, aussi. Et de vocation, sans aucun doute!
Vincent Delerm, salle des fêtes de Thônex, je 15 oct, 20?h?30. «23 janvier-18 juillet 2009», 140 p., à paraître en novembre.