Elle doit être l’une des personnalités suisses à avoir fait le plus de unes. Une séquence en bikini dans un James Bond, une idylle présumée avec James Dean et un sex-appeal dont elle a su parfaitement tirer parti ont fait d’Ursula Andress l’un des grands sex-symbols des années 60. Plus que BB? Pas tout à fait.
Faute de titres plus forts dans sa filmographie, sans doute.
Reste aujourd’hui une femme à la plastique stupéfiante et une actrice qui a su admirablement aborder le cap de la septantaine. Le 19 mars prochain, elle aura 74?ans.
Depuis quelques jours est enfin parue une biographie sur la dame (lire ci-dessous). Ouvrage richement illustré et coécrit par un collectionneur et fan d’Ursula Andress. Autant de photos que de textes, ou presque. Et c’est bien logique.
Sa naissance non loin de Berne semble déjà prédestinée. C’est à Ostermundigen qu’elle voit le jour, là même où un célèbre laboratoire de développement de films (aujourd’hui Schwarz-Films) élira domicile durant plus d’un demi-siècle.
La légende est en marche
Très jeune, son physique fait des ravages. Il n’en faut guère plus pour l’emmener sur des plateaux de cinéma. Elle y débute en 1955, dans le Casanova de Steno. A peine plus que figurante. Et bientôt amoureuse. Elle va ainsi jeter son dévolu sur un jeune premier, John Derek, comédien qui tâtera plus tard de la mise en scène et convolera avec un autre sex-symbol, Bo Derek. En 1957, Ursula Andress l’épouse. Leur union durera huit ans. Dans l’intervalle, Ursula embrasse la cause du cinéma avec davantage de ferveur. Et tourne la scène qui forgera le mythe. Nous sommes en 1962 et on la voit sortir de l’eau devant Sean Connery, sur une plage, en bikini blanc. Signé Terence Young, James Bond contre Docteur No est le premier film de la série. Il faut parfois peu de chose au cinéma – quelques images, la robe de Marilyn sur une bouche de métro, Rita Hayworth ôtant ses gants, le déhanché de Bardot dans Et Dieu créa la femme – pour que les mythes se mettent en marche. Ursula entre dans la légende. En tirera-t-elle parti? Oui, au sein de la jet-set, dont elle deviendra une figure incontournable. Un peu moins au cinéma. Pourtant, les rôles s’enchaînent. Elle donne la réplique à Presley dans L’idole d’Acapulco de Richard Thorpe (1963) puis fait face à Bebel dans Les tribulations d’un Chinois en Chine de Philippe de Broca (1966).
Dans les années 70, son nom brille encore au générique de superproductions internationales. Notamment dans Le choc des titans de Desmond Davis (1981). C’est sur ce tournage qu’elle rencontre Harry Hamlin. Elle aura un fils avec le comédien, mais ne l’épousera pas. C’est aussi durant cette décennie qu’elle semble s’éloigner un peu des plateaux. Certes, on l’aperçoit dans Liberté, égalité, choucroute de Jean Yanne (1985) puis dans quelques épisodes de Falcon Crest, en 1988. Rien de majeur ou de notable par la suite. De 1997 à 2005, Ursula Andress ne tourne pas. Disons-le clairement, la star a pris sa retraite. Photographiée des milliers de fois, mitraillée par les paparazzis, omniprésente dans les pages people, elle demeure paradoxalement plutôt discrète. Inatteignable, dira-t-on. Entre Garbo et BB, mettons. Ursula, prénom rare pour femme unique.?
Bio express
Ursula Andress
Naissance le 19 mars 1936 à Ostermundigen, dans le canton de Berne.
1955: elle tourne son premier film en Italie, «Casanova» de Steno.
1957: elle épouse le comédien et metteur en scène John Derek.
1962: elle devient la première James Bond girl de l’histoire du cinéma en sortant de l’eau en bikini face à Sean Connery dans «James Bond contre Dr No».
1965: elle pose nue pour «Playboy».
2006: elle fête son 70e?anniversaire en Ecosse. pg
«Je ne demande qu’à rencontrer Ursula Andress!»
Comptable à l’Etat de Genève, Patrick Meier est passionné par l’actrice bernoise. Il lui a consacré plus de vingt ans de recherches.
La passion est née dans les années 90. Comptable à l’Etat de Genève, Patrick Meier a commencé à s’intéresser de près à Ursula Andress. «Parce que c’est une actrice suisse, parce que c’est une belle femme…» Rapidement, il se rend compte que la littérature à son sujet est mince. Très mince. «Elle n’est peut-être pas une star d’envergure au sens où on l’entend aujourd’hui, analyse-t-il. Elle n’a jamais atteint le niveau d’une Elizabeth Taylor ou d’une Romy Schneider. Les gens ne connaissent d’elle que deux ou trois films.»
Pendant une vingtaine d’années, Patrick Meier se met alors à amasser unes de magazines, photos et documents au sujet d’Ursula Andress. Courant marchés aux puces et librairies spécialisées, squattant la Cinémathèque suisse à Lausanne, avec une idée fixe: écrire une biographie de la comédienne bernoise. «Je n’ai eu l’internet qu’à partir de 2000. Cela m’a facilité la tâche pour chercher des pièces rares.» Le site eBay devient alors son meilleur allié. «Mais je me suis fixé des limites: je ne paie pas plus de 50-60?francs pour des journaux. Mon critère principal? La beauté de la photo!»
Aujourd’hui, Patrick Meier possède plus de 350 couvertures de magazines. «Le documentaliste de la Cinémathèque a dit à Pierre-Marcel Favre que j’étais le plus grand spécialiste en Suisse», souffle-t-il. Sans fausse modestie. Son ouvrage est né ainsi, par une rencontre avec l’éditeur lausannois. «J’avais une centaine de pages de texte brut», précise le Genevois. Avec l’aide de Philippe Durant, il apporte la touche finale à cette biographie. «L’objectif était de raconter ce destin hors du commun. Mais plus que le texte, nous avons surtout mis l’accent sur l’iconographie.»
Seul bémol dans cette belle aventure: Patrick Meier n’a jamais rencontré Ursula Andress. «Je ne demande que ça! Si la chance se présentait à moi, je ne la refuserais pas. Pour l’instant, j’ai eu des contacts avec deux de ses sœurs et j’ai contacté son agent à Rome pour tenter de fixer un rendez-vous avec elle», explique-t-il. Jusque-là, ses demandes sont restées lettre morte. «M. Favre a aussi voulu savoir si Ursula Andress désirait participer à l’élaboration de cet ouvrage. Elle a répondu qu’elle n’était pas intéressée.»
Patrick Meier ne perd pas espoir: il a envoyé un livre à la Bernoise. Afin qu’elle découvre le fruit de ses recherches. «C’est la moindre des choses!» Peut-être qu’Ursula Andress prendra le temps de l’appeler. Juste pour le remercier.
Jean-Daniel Sallin
«Ursula Andress», de Patrick Meier et Philippe Durant. Editions Favre.