Mylène Farmer. Jeter ce sujet sur la table provoque souvent des discussions houleuses. Et il n’y a jamais de demi-mesure: cette artiste, on aime ou on déteste, point barre! Mais depuis son premier tube, Maman a tort, daté de 1984, la divine rousse s’est chargée de souffler sur les braises. Par jeu. Sans se soucier du qu’en-dira-t-on. D’abord prolixe en confidences, elle ne prend même plus la peine de justifier ses choix artistiques.
Sélectionnant ses apparitions dans les médias avec une rigueur presque fédérale.
?Depuis la sortie de son dernier album, Point de suture, en août 2008, Mylène Farmer n’a ainsi accordé que trois interviews. Pas des moindres! A Claire Chazal, pour le 20?heures de TF1, au quotidien Ouest-France, soit le plus gros tirage de la presse hexagonale, et à France 2… De cette manière, elle s’assurait que le discours, officiel cette fois-ci, était capté par la majorité des foyers français. Pour ceux qui veulent pénétrer dans son univers, en revanche, la star «donne ses rendez-vous sur scène». Ames sensibles s’abstenir!
La couleur du sang
En vingt-cinq ans, le monde de Mylène a fait couler beaucoup d’encre. Incitant psychologues et journalistes de tous bords à analyser le phénomène.
Sans détenir la vérité. Forcément. Cet univers sombre et gothique navigue entre le rouge et le noir. Le plaisir et la douleur. Il transpire le mal de vivre et la mélancolie. La Faucheuse y est souvent l’invitée d’honneur. Et le diable est parfois pris à partie. Avec ces symboles religieux et cette hémoglobine qui coule facilement, l’atmosphère est même oppressante. «J’aime le sang. (…) Un bain de sang, c’est très choquant, mais c’est très attirant aussi. C’est une très belle matière et une très belle couleur comme le pourpre et le noir.»
Mais, à travers ses textes – gavés de métaphores – et ses clips, Mylène Farmer ne perd jamais une occasion d’évoquer son sujet de prédilection: le sexe. Avec ses perversions. Avec ses souffrances. Volonté farouche de choquer l’opinion publique? Ou tentative délibérée de lever les interdits?
L’homosexualité dans Maman a tort, la prostitution dans Libertine, la sodomie avec Pourvu qu’elles soient douces, l’éjaculation précoce dans Pas de doute… Rien ne lui fait peur. Rien ne l’arrête. Pas même la censure – qui a parfois empêché la diffusion de certains de ses clips à heure de grande écoute.
Déshabillez-la!
«Je suis profondément timide et pudique, et pourtant, j’aime les extrêmes, la démesure, provoquer et piétiner les tabous, dit-elle. La tiédeur, la mollesse et la modération m’épouvantent.» Pudique, Mylène Farmer l’est certainement. Tant elle déteste parler d’elle. Mais la belle rousse n’hésite pas à se dévoiler dans les «films» signés Boutonnat. De Libertine à Je te rends ton amour, les occasions d’admirer sa silhouette juvénile ne manquent pas. Devant la caméra de Benoît de Sabatino, en 2006, elle entreprendra même un strip-tease coquin sur le rythme pop de L’Amour n’est rien. Elle termine le clip dans le plus simple appareil. Montrant – encore une fois – que le temps n’a pas de prise sur ce corps parfait.
Mylène Farmer a-t-elle inventé ce monde-là à des fins de marketing? Non. La star française ne triche pas. Elle aime se balader dans les cimetières – qui, à ses yeux, ne sont «ni tristes ni morbides». Elle tire ses influences de Charles Baudelaire, Edgar Allan Poe et Oscar Wilde. Mais, comme l’écrit Erwan Chuberre dans son livre (1), «si son univers de plaisir et de mort correspond à la personnalité de l’artiste, c’est un monde imaginaire, de création de mots et d’images».
Profondément romantique, Mylène Farmer a trouvé dans l’écriture une manière – plus efficace que la psychanalyse! – de «résoudre ses problèmes». Elle joue avec les mots. Partage ses émotions sous le couvert de la poésie. «Ecrire, c’est à la fois un viol et une jouissance», répète-t-elle. Et, si elle aime provoquer et faire réagir, la star française – professionnelle jusqu’au bout des ongles – n’est jamais tombée dans la vulgarité. Tout est suggéré. Avec une imagerie bien léchée. C’est peut-être pour cette raison que Mylène n’a jamais été condamnée au bûcher par l’Inquisition…
(1) «Mylène Farmer, des mots sur nos désirs», Erwan Chuberre. Editions Alphée, 2009.
Bio express
Mylène Farmer
Née le 12 septembre 1961 à Pierrefonds, Québec.
1984: elle interprète la chanson de Laurent Boutonnat, Maman a tort.
1986: premier album, Cendres de Lune. Avec le tube Libertine.
1988: deuxième album, Ainsi soit je. Elle est élue «Artiste de l’année» aux Victoires de la musique.
1989: première tournée.
1994: elle tient le rôle principal dans le premier long-métrage de Laurent Boutonnat: Giorgino.
1996: Anamorphosée est l’album français le plus exporté.
2000: elle produit le premier album d’Alizée, Gourmandises.
2003: son premier livre paraît en librairie: Lisa-Loup et le conteur.
2005: sortie de l’album Avant que l’ombre, prélude à une série de treize concerts (complets) à Paris-Bercy.
4 septembre 2009: elle donne son premier concert au Stade de Genève.
JDS