Méprisée, puisqu’il s’agit d’un bruit qui court de travers sous la forme d’une information non confirmée et qui, dans le pire des cas, conforte la calomnie. Bref, tout ce qu’un journaliste devrait éviter.
Courtisée, car elle sert parfois de signe avant-coureur d’un fait bien réel. «Il n’y a pas de fumée sans feu», dit-on. Or, il y a souvent fumée sans feu. Néanmoins, il arrive aussi que cette fumée signale un feu en bonne et due forme. Il faut donc faire la part… du feu et distinguer le juste moment qui transforme la rumeur en information ou, au contraire, la dégrade en bobard. C’est dire si le métier d’informer est tout sauf aisé à mener à l’heure où chacun s’improvise journaliste en pianotant pour fourbir son blogue.
Dans les mains des gens de pouvoir, de leurs opposants et des faiseurs d’opinions, la rumeur est depuis la nuit des temps matière explosive. Et détruit parfois ceux qui la manipulent. Ou croient la manipuler. Cet aspect prend une ampleur inédite avec l’internet et ses réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter, qui consacrent l’instantanéité de la communication.
Avec ses nouvelles ailes, la rumeur ne court plus, elle vole! Au XVIIe siècle, les graphomanes distribuaient sous le manteau libelles et ragots contre le cardinal Mazarin. Ces écrits étaient nommés «mazarinades». Aujourd’hui, ce sont des «sarkozyades» qui pépient sur l’internet. Leur style, hélas, ne doit rien à la plume de Scarron ou du cardinal de Retz — célèbres auteurs de «mazarinades» — mais tout à cette médiocrité de langue dont le lointain successeur du général de Gaulle se fait le porte-parole. Nous avons les Mazarin que nous méritons!
Le président Sarkozy et son épouse-vedette constituent donc l’une des cibles privilégiées des «cyberrumeurs», comme le rappelait, hier, dans ces mêmes colonnes notre collègue Emmanuelle Drevon. La dernière de ces «sarkozyades» a été passée sous silence en France par les journaux «papier», alors que les sites Internet débitaient textes et photos.
Doit-on louer les médias traditionnels d’avoir résisté à cette tentation du bruit? Seraient ainsi déployés deux espaces d’information qui s’ignoreraient. L’un, sérieux, qui se refuserait aux rumeurs, et l’autre, rigolo, qui colporterait n’importe quoi.
Accepter une telle situation serait suicidaire pour les médias traditionnels. Ils seraient aussitôt assimilés à la parole officielle.?Ils resteraient sérieux, certes, mais auraient pour crédibilité, celle de la «Pravda».
Lorsqu’une rumeur s’installe de façon massive dans l’espace Internet, elle devient non pas un fait, mais une matière communicante à traiter. Aux médias traditionnels d’accomplir cette besogne, plutôt que de se murer dans un silence qui peut être perçu comme complice des «puissants». Aux médias traditionnels de rappeler qu’elle n’est autre chose qu’une rumeur, de la remettre en perspective en soulignant qu’elle peut traduire un certain état de l’opinion ou un malaise diffus. La déontologie de l’information post-Internet reste à inventer.