Le film a déjà deux ans de vie. Mais il continue d’émouvoir. Et d’ébranler les consciences. En 2007, Sandrine Bonnaire présentait en effet le portrait de sa sœur dans un documentaire de 85 minutes: Elle s’appelle Sabine. Elle l’a filmée pendant deux ans dans la structure d’accueil, en Charente, où elle vit aujourd’hui. Elle s’est aussi servie de ses images personnelles tournées dans sa jeunesse. Avec cette volonté affichée de provoquer la réflexion autour de l’autisme, des dangers de l’internement psychiatrique et du manque de structures d’accueil pour les personnes handicapées.
Ce soir, Sandrine Bonnaire Ce soir à Uni Dufour (19 h), Sandrine Bonnaire viendra présenter ce film et participer à une table ronde présidée par le professeur Boyd Haley. Le lendemain, elle illuminera de sa beauté la soirée de gala organisée au profit de l’association Stelior au Swissôtel Métropole. Un double événement qui méritait bien un coup de fil à Paris.
Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser ce documentaire sur votre sœur?
L’idée n’était pas de parler de la maladie, mais de faire bouger les pouvoirs publics. Au travers du portrait de Sabine, je montre un dysfonctionnement social: comment a-t-elle pu passer cinq ans dans un hôpital sans qu’on nous propose de solution alternative et imposer une telle
prise en charge qui s’est révélée nuisible pour elle?
Ce film était-il difficile à tourner?
Non. Sabine a passé cinq années en psychiatrie. Ces choses-là sont plus douloureuses à vivre et nous permettent de relativiser les autres problèmes. Ce qui a été le plus dur, c’est le montage du film. Lorsqu’on voit des images de Sabine avant et après, lorsque l’on compare ces deux états…
Avez-vous découvert une autre facette de votre sœur au cours du tournage?
Malgré ses facultés altérées, Sabine a conservé cette petite lueur dans le regard. Ce film lui a d’ailleurs été bénéfique. Sabine a besoin de se sentir utile. Le fait d’avoir cette caméra en face d’elle la ramenait au passé. Et lui renvoyait un regard bienveillant.
Avez-vous le sentiment qu’il est plus facile de sensibiliser l’opinion publique en parlant de sida ou de cancer…
Tout à fait. Plus qu’une maladie génétique, l’autisme est une différence de comportement. On croit donc que ça n’arrive qu’aux autres! On ne peut pas rendre ces gens-là normaux, on ne peut que les respecter et faire en sorte qu’ils s’épanouissent au maximum. Et ça, ça effraie!
Depuis la sortie de votre film, pensez-vous que les choses évoluent dans le bon sens en France?
J’ai pu rencontrer M. Sarkozy et Xavier Bertrand (ndlr: secrétaire général de l’UMP) est venu visiter le lieu où vit Sabine aujourd’hui. Il y a une prise de conscience sur le côté qualitatif. Quant aux besoins réels, c’est une goutte d’eau dans un vase!
Cela reste donc un combat quotidien…
Oui. Mais plus que mon film, qui a déjà connu un franc succès, ma venue à Genève servira surtout à parler de l’association Stelior et de ses recherches. Avec les doses massives de médicaments que les autistes consomment, leur cerveau n’est plus oxygéné comme il le devrait. On s’est alors rendu compte qu’en éliminant certaines choses dans leur alimentation, on facilite le nettoyage du corps et on permet de réguler leur comportement.
Votre sœur bénéficie-t-elle de ce «traitement»?
Non. Pour pouvoir mettre en place ce programme en France et, donc, pour permettre à Sabine de manger de bonnes choses, il faut obtenir l’accord du Ministère de la santé.
Comment va-t-elle aujourd’hui?
Elle va beaucoup mieux. Grâce au film, il y a eu un retour bénéfique sur elle. Elle a revu des images d’elle du passé et elle a voulu retrouver son physique. Elle se laisse pousser les cheveux, elle a perdu un peu de poids et on a réduit sa dose de médicaments.
Quelle relation entretenez-vous avec elle? Avez-vous suffisamment de temps à lui consacrer malgré votre emploi du temps?
J’essaie d’amener une certaine régularité. Cela compte beaucoup pour elle comme pour moi. J’ai trouvé un appartement près du centre où elle vit. Nous l’avons appelé «l’appartement des frangines». Il nous permet de nous voir dans l’intimité, sans éducateur. Elle a sa propre chambre. On cuisine ensemble, on écoute de la musique… Il y a cette notion de famille essentielle à ses yeux.
L’année prochaine, vous sortirez un livre d’entretien aux Editions Stock. Pourquoi ce choix?
J’ai souvent reçu des propositions à ce sujet. Mais j’avais le sentiment que les gens cherchaient avant tout à faire des coups. Et puis je ne me sentais pas d’écrire sur moi-même: je trouvais l’exercice bien trop égocentrique. Là, ce sont deux journalistes (ndlr: les Gaillac-Morgue) que je connais depuis longtemps et je dresse une forme de bilan depuis mon enfance en banlieue jusqu’à aujourd’hui. J’y inclurai des photos très personnelles. C’est un gros travail!
E
t sur le plan cinématographique?
Je suis beaucoup dans l’écriture ces temps-ci… Je travaille sur un projet de film avec un scénariste. L’histoire a son point de départ dans ma petite enfance: j’avais rencontré un homme, très lié à ma mère, que j’aimais beaucoup. Je l’ai revu quand j’avais 20?ans et ce jour-là, je m’étais promis de lui rendre hommage. En racontant quelque chose autour de cet homme.
Le succès de votre documentaire vous a-t-il aussi convaincu de persister dans cette voie?
Certainement. Me retrouver derrière la caméra a éveillé des tas de choses en moi.
Projection du film «Elle s’appelle Sabine» de Sandrine Bonnaire, le vendredi 6 novembre à Uni Dufour (19 h). Table ronde avec la participation de la comédienne. Entrée libre.
Soirée de gala au profit de l’association Stelior, le samedi 7 novembre au Swissôtel Métropole (dès 19 h). Réservations au 022.318.34.78.
Bio express
Sandrine Bonnaire
? Née le 31 mai 1967 à Gannat.
? 1982: figurante dans La Boum 2 et Les Sous-doués en vacances.
? 1983: son rôle dans le film de Maurice Pialat, A nos amours, lui vaut le César du meilleur espoir féminin.
? 1985: elle tient le rôle d’une marginale dans Sans toit ni loi d’Agnès Varda. Et gagne le César de la meilleure actrice.
? 1987: Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat.
? 1989: Monsieur Hire de Patrice Leconte.
? 1994: Jeanne la Pucelle de Jacques Rivette.
? 1995: elle reçoit le prix de la meilleure interprétation féminine à Venise pour son rôle dans La Cérémonie de Claude Chabrol.
? 2006: elle joue dans le téléfilm Le Procès de Bobigny.
? 2007: elle réalise le documentaire Elle s’appelle Sabine - qui sera présenté à Cannes. JDS