Gstaad pour l’éternité. Roman Polanski y est assigné à résidence depuis des semaines pour des faits que tout le monde sait. C’est depuis sa prison de Zurich puis depuis son chalet qu’il aurait supervisé l’achèvement de son dernier film, The Ghost Writer. Il sera projeté demain à Berlin en compétition officielle, quelques heures à peine après l’ouverture de l’événement. Sans Polanski mais en présence d’une grande partie de l’équipe. Pour le directeur du festival, c’est une aubaine. Un coup qui pourrait même éclipser le reste du concours. Car les rumeurs enflent depuis quelques jours. Des projections de presse ont eu lieu à Paris et certains critiques ont grillé l’embargo (pratique discutable, mais passons). The Ghost Writer arrive précédé d’une réputation de chef-d’œuvre. Son histoire? Celle d’un écrivain engagé comme nègre pour terminer les mémoires d’un ancien premier ministre britannique (Blair, dit-on).
Lequel est poursuivi pour crimes de guerre devant le Tribunal de La Haye. Etrange résonance avec l’affaire Polanski elle-même. Tiré d’un roman de Robert Harris, le film a été tourné début 2009, à Berlin notamment, et passait pour inachevé au moment de l’arrestation de Polanski en septembre dernier.
Que manquait-il? Essentiellement des travaux de postproduction, quelques effets spéciaux et une grande partie du mixage. Polanski a semble-t-il obtenu l’autorisation de superviser tout cela à distance. Pas évident, on s’en doute. Dans l’attente de la présentation officielle demain soir de The Ghost Writer à la 60e Berlinale, on se prend à rêver en pensant ce qui arriverait si Werner Herzog, président du jury, décidait de lui attribuer l’Ours d’or. Quitte à éclipser le reste du concours, qui souffre évidemment déjà de la présence d’un tel poids lourd au programme. Si tel était le cas, Polanski réussirait un doublé. Car l’Ours d’or, il l’avait déjà remporté en 1966, avec Répulsion.
Dans tous les cas, le cinéaste franco-polonais cumule prix et récompenses depuis ses débuts. Né à Paris le 18 août 1933, il a passé toute son enfance dans son pays d’origine, la Pologne. C’est à Lodz qu’il étudie le cinéma. En 1962, son premier long-métrage, Le couteau dans l’eau , lui vaut d’être remarqué à l’international. Roman Polanski est lancé. Chacun de ses films créera à sa manière l’événement. Le bal des vampires (1967) revisite un genre sous l’angle de la parodie, Rosemary’s Baby (1968) renouvelle le film d’horreur, puis Chinatown (1974) transcende le cinéma de gangsters. Le cinéaste s’empare à chaque fois d’un genre ou d’un thème pour mieux les intégrer dans son propre univers. Les grands films se suivent et ne se ressemblent pas. Tess (1979), Frantic (1988), La neuvième porte (1999) ou Le pianiste , qui accomplit un rare doublé: Palme d’or à Cannes en 2002 et Oscar du meilleur réalisateur en 2003. Côté privé, les drames s’accumulent. En août 1969, alors qu’il prépare un film en Europe, son épouse Sharon Tate, enceinte de huit mois, est violemment assassinée avec quatre amis dans leur maison de Los Angeles par la bande de Charles Manson. C’est en 1977 que Polanski est poursuivi pour une affaire de crime sexuel sur une mineure de 13?ans. La suite serait longue à résumer. Mais son issue demeure inconnue!
Bio express
Roman Polanski
18 août 1933: naissance à Paris.
1962: il réalise son premier long-métrage, «Le couteau dans l’eau».
1969: sa femme Sharon Tate, enceinte de huit mois, est assassinée dans leur demeure, à Los Angeles.
1977: il est poursuivi pour crime sexuel sur une mineure.
1978: un mandat d’arrêt américain est lancé contre lui.
2002: triomphe du «Pianiste», Palme d’or à Cannes.
27 septembre 2009: alors qu’il se rend au Festival de Zurich, il est arrêté par la police suisse, rattrapé par l’affaire de 1978.
PG