Certes, la silhouette de Patrick de Carolis fait plutôt penser à celle du héron «emmanché d’un long cou» décrit par l’éternel Jean de La Fontaine. Toutefois, c’est un autre titre de fable qui conviendrait au patron de France Télévisions: «L’agneau s’est fait loup». Car si aujourd’hui de Carolis est devenu l’une des figures préférées des antisarkorzystes, c’est vraiment à son corps défendant!?Né le 19 novembre 1953 d’une très bonne famille arlésienne, l’élégant télécrate a grimpé les marches de la réussite en empruntant l’escalier de droite.
Vengeance opportune
Directeur général de 2001 à 2004 du Figaro Magazine – véritable Sentinelle des Rangés, comme le dirait notre regretté Jack Rollan – il fut également le producteur-présentateur très lisse de l’émission-culte «Des Racines et des Ailes» sur France 3 entre 1997 et 2005. Cela dit, même les producteurs de gauche ont loué le professionnalisme impeccable de Patrick de Carolis qui a réussi à donner un lustre classieux à ce symbole du consensus télévisuel.
Il doit sa nomination en 2005 comme président de France Télévisions à une vengeance. Le premier ministre de l'époque, Dominique de Villepin, a pour champion le titulaire du poste, Marc Tessier. Mais le faiseur de rois d’alors, c’est le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Or, le président du CSA, Dominique Baudis, en veut à Tessier qui, selon lui, ne l’a pas soutenu lorsqu’il fut ignoblement calomnié dans une invraisemblable histoire de mœurs, dite affaire Alègre. Dès lors, Baudis parvient à convaincre le CSA de choisir son excellent ami Patrick de Carolis.
Celui-ci a aussi placé ses pions à l’Elysée en commettant un livre particulièrement lèche-escarpins à la dévotion de l’épouse du président Chirac, que le Canard Enchaîné surnomme «Chichi Impératrice». Toutefois, sous ce règne «carolingien», France Télévisions, sans faire preuve d’audace, se montre plutôt honnête dans le traitement de l’actualité.
Un blason qui brille
Coup de tonnerre, le 8 janvier 2008: Nicolas Sarkozy annonce la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, sans avertir Patrick de Carolis ni même sa ministre de tutelle, Christine Albanel. Mais le numéro un de France Télévisions demeure encore agneau. Il esquive le coup en faisant quasiment sienne l’idée présidentielle. Outre sa souplesse, Carolis dispose de sérieux atouts: il tient bien son état-major et son blason médiatique brille de jolie manière. Nicolas Sarkozy se rend compte qu’il faudra déstabiliser cet encombrant personnage pour faire passer l’objectif principal de sa réforme: la nomination du patron de France Télévisions par… le président de la République, et non plus par le CSA. Dans cette optique, le maître de l’Elysée ne cesse de lancer des piques contre la TV publique en lui reprochant de ne pas se distinguer des chaînes privées.
C’est alors que l’agneau devient loup. Le 2 juillet 2008, au micro de RTL, Patrick de Carolis juge le reproche du président Sarkozy «faux, stupide et injuste». Branle-bas dans le monde politique. Le bras de fer entre Sarkozy et Carolis devient l’une des grandes affaires du quinquennat. «J’ai sans doute sauvé ma place à ce moment-là», confie le patron de France Télévisions à ses proches. En effet, l’Elysée ne peut décemment plus le virer. Il devra attendre la fin de son mandat, en août 2010, pour le remplacer.
Et Carolis entend bien conduire lui-même la réforme de l’audiovisuel public. Il vient, à cet égard, d’adresser des vœux musclés à ses troupes: «N’en déplaise aux Cassandre (ndlr: suivez son regard!) j’ai la ferme intention d’aller, avec vous, au bout de cette réforme. Je le ferai en toute indépendance, sans jamais céder sur l’essentiel.»
Bio express
19 novembre 1953: naissance en Arles.
1974: il débute dans le journalisme sur la chaîne régionale Champagne-Ardenne de FR3 (aujourd’hui France 3)
1987: il est engagé par la Cinq, chaîne aujourd’hui disparue.
1992: Carolis crée et présente le magazine d’information «Zone Interdite» sur la chaîne M6.
1997: il devient directeur des documentaires et magazines de France 3, tout en produisant et présentant «Des Racines et des Ailes».
6 juillet 2005: le Conseil supérieur de l’audiovisuel le nomme pour cinq ans président de France Télévisions.
JNC