RENCONTRE

Patrick Bruel, seul… ou presque avec 5000 Genevois

Par FABRICE GOTTRAUX le 16.06.2009 à 00:01

Le chanteur et comédien jouait hier soir à l’Arena, en solo avec sa guitare. Interview dans les loges avant le concert.

Lundi, 18h: trois notes d’Alors regarde résonnent dans l’Arena et dévalent dans le sous-sol, répercutées par la cage d’escalier. L’heure est encore aux derniers réglages. Après, on ouvrira les portes pour accueillir les 5000personnes venues écouter Patrick Bruel en solitaire.

Depuis l’automne dernier, le chanteur, en effet, est «Seul… ou presque». Seul à la guitare, exception faite du renfort discret d’un second musicien. Seul… ou presque pour la tournée du même nom, durant laquelle il revisite vingtans de chansons. De Place des grands hommes, parue en 1989, à Où sont les rêves, enregistrée il y a quatre ans, la tournée fait déjà l’objet d’un disque.

Seul. Ou presque. Un constat pas triste du tout. Celui de l’homme de scène, qui s’est fait entre musique et cinéma. Histoire de dire que sur les planches, on n’a que soi-même pour tout recours. Mais les interlocuteurs ne manquent pas. Que ce soit le public, toujours fidèle. Ou les journalistes.

«J’en ai marre de faire quatre fois la même interview chaque jour» précise-t-il d’emblée. Soit. Alors allons-y tous ensemble. Au bout du compte, l’homme aura beaucoup parlé… Morceaux choisis.

Comment est née l’idée d’une tournée en acoustique?

L’idée a germé avec les tournées précédentes. Je finissais toujours avec 45minutes de one man show. Puis ça s’est concrétisé lors d’une émission pour la télévision québécoise. Il y avait là un piano, une guitare et 500personnes. Les gens demandaient les titres. J’ai flippé. Vous êtes dingo?! Je ne suis pas préparé, je ne connais pas les paroles de toutes les chansons! Et ça a été supersympa. Alors de retour en France, je me suis dit: «Pourquoi pas?»

Après, il a fallu choisir. Qu’est-ce qui a motivé le choix des titres?

Le plaisir de chanter mes chansons à l’état brut, épurées. Certaines se démodent, d’autres pas. En tous les cas, c’est bien. Ça me permet de travailler mon instrument trois heures tous les soirs! Pour vous dire la vérité, quand j’ai décidé de faire ce spectacle, j’ai pris mon cahier de chansons et j’ai choisi, avec un enchaînement, mais sans chercher de sens. La première fois sur scène, après cinq chansons, je me suis rendu compte que ça racontait mon parcours.

Prendre seul la scène, ça a un «goût» particulier?

C’est très gratifiant d’abord. On propose son travail, son histoire, ses qualités d’auteur- compositeur-interprète et de musiciens au public et à la presse. Ça fait vachement plaisir. Et puis l’instantané… Ce qui est très joli, c’est d’aller chercher les silences. Et d’imposer! D’imposer cette histoire. De ne pas se laisser happer. Certaines scènes sont des chaudrons. C’est parfois très difficile de tenir le public, de dire «non, ce soir on va vraiment s’asseoir». Je ne m’économise pas. Et j’optimise le public. J’utilise tout ce qui est possible.

Adolescent, vous jouiez Brassens, Brel et Gainsbourg à la guitare. Aujourd’hui, les tubes sont les vôtres…

C’est le fondement de ce spectacle. C’est ce que je dis à la fin, d’ailleurs. Avec Où sont mes rêves, je raconte mes 15ans. Je me dis, tiens, si le gamin que j’étais me croise, est-ce qu’il me prendrait dans ses bras? Ou il me mettrait son poing dans la gueule? Est-ce que j’ai rempli le contrat? Aujourd’hui, finalement, je reprends Barbara. Ma première réelle émotion, juste après Brel…

Quel regard portez-vous sur l’ensemble de votre carrière?

J’ai eu du bol que les portes s’ouvrent. Après, ce n’en est plus. C’est du travail de garder ce contact pendant vingt ans avec les gens!

Patrick Bruel, «Seul… ou presque», CD Sony.

 


 

Bio express

Patrick Bruel
14 mai 1959: naissance à Tlemcen, Algérie, de Maurice Benguigui, dans une famille pieds-noirs.
1962: avec l'indépendance de l’Algérie, sa famille quitte le pays et s’installe en banlieue parisienne.
1978: passionné de théâtre, de chanson française et de rock’n’roll, le futur Patrick Bruel obtient son premier rôle au cinéma via une petite annonce, pour «Le coup de sirocco» d’Alexandre Arcady.
1982: parution de «Vide», son premier 45 tours.
1984: premiers succès avec la chanson «Marre de cette nana-là» et le film «P.R.O.F.S.».
1989: consécration avec «Alors regarde» et début de la bruelmania.
2009: tournée acoustique et nouvel album prévu.
FG

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