SPECTACLE

«Mylène sait ce qu’elle ne veut pas faire»

Par JEAN-DANIEL SALLIN / PARIS le 31.08.2009 à 00:01

Manager de Mylène Farmer, Thierry Suc parle de l’artiste. A quelques jours de ses concerts au Stade de Genève.

Il apparaît rarement dans les médias . Voire jamais. Parce qu’il n’aime pas ça. Parce qu’il n’a pas choisi ce métier pour se faire mousser. Mais Thierry Suc est un personnage incontournable dans le monde du spectacle. A l’image de Jean-Claude Camus (Johnny Hallyday) ou de Gilbert Coulier (Céline Dion). Manager de Mylène Farmer, le Lyonnais produit tous les spectacles de la divine rousse depuis sa première tournée en 1989. Depuis six mois, entre New York et Paris, il planche sur le retour de Yannick Noah sur scène – prévu pour 2010. Il a participé activement à l’éclosion scénique de Calogero et Raphaël. Son nom est surtout indissociable de celui de Jean-Jacques Goldman, puisqu’il a produit une centaine de ses concerts jusqu’en 2002. Avant que l’artiste n’entre en semi-retraite.

Rendez-vous est donc pris dans un appartement cossu de Neuilly-sur-Seine. A deux pas du Jardin d’acclimatation. On jurerait voir un paparazzi planquer derrière un buisson. Paranoïa ou pas? Thierry Suc habite au quatrième étage. Dans un appartement qui fait la part belle à l’art contemporain. Le Lyonnais n’a que 47?ans. Mais il a déjà vingt-sept ans de carrière derrière lui. «J’ai commencé à l’âge de dix-neuf ans en organisant un ­concert de Véronique Sanson pour mon école. Je n’avais pas d’argent, je n’avais aucune connexion…» Temps béni où l’insouciance prévalait sur le capitalisme effréné. «Aujourd’hui, un jeune ne pourrait plus se lancer ainsi, sans moyen financier», constate-t-il. Lui n’a plus jamais rien fait d’autre dans sa vie: produire des spectacles.

Pourquoi avoir choisi le Stade de Genève pour créer ce spectacle?

Au début, il était prévu de faire une tournée des stades en France. Le problème, c’est qu’en juin, les stades ne sont pas libres. A cause du football. Nous avons donc opté pour une tournée indoor – qui s’est terminée en juillet à Moscou après 31 ­concerts. Restait l’idée de faire le Stade de France… Avec sa capacité de 30?000 places, le Stade de Genève nous paraissait être l’endroit idéal pour démarrer.

Pourquoi Mylène Farmer a-t-elle attendu si longtemps pour «faire un stade»?

Il y a très peu d’artistes à pouvoir en remplir un. En France, ils ne sont que deux: Johnny et Mylène! Et Johnny Hallyday a attendu d’avoir 50?ans pour s’offrir le Parc des Princes… Faire un stade, c’est compliqué! Il y a beaucoup de contraintes. On ne peut pas accrocher ce qu’on veut, il y a le problème de la pluie, de la lumière.

Cela a-t-il été difficile de la ­convaincre?

Nous avons eu une longue discussion. Et puis, un jour, elle a dit «O.K., on y va!». Ce n’était pas une petite décision à prendre…

Comment s’est déroulée la première rencontre avec elle?

C’était avant sa première tournée en 1989… Comme pour tous les autres, on s’est choisis. Ça part d’abord d’un amour pour la musique et pour l’artiste. On se rencontre. Et il faut se sentir! C’est un vrai choix. Parce que je passe plus de temps avec mes artistes qu’avec les gens qui partagent ma vie. Avec Mylène, c’est une longue histoire de collaboration et d’amitié. Après vingt ans, on n’a presque plus besoin de se parler pour se comprendre. Et je peux vous dire que, vendredi soir à Genève, je serai ému. Symboliquement, ce sera un moment très fort.

Vous avez ensuite ­accepté de gérer sa ­carrière. Pourquoi?

Parce qu’elle me l’a demandé. J’ai hésité. Parce que je ne savais pas faire ça. Mais, avec elle et Laurent Boutonnat, j’ai beaucoup appris.

Est-ce facile de travailler avec une artiste comme Mylène Farmer?

Très facile. Parce que Mylène sait ce qu’elle ne veut pas faire. Mon rôle consiste à l’accompagner. A faire en sorte qu’elle puisse exercer son art. Le temps où les artistes étaient des marionnettes est révolu. Il n’y aurait plus de place pour un Colonel Parker ou un Johnny Stark…

Pour cette tournée, le décor n’a jamais paru si spectaculaire. Cela vous arrive-t-il en tant que manager de mettre le holà?

On ne s’interdit rien au départ. On essaie de délirer le plus loin possible. C’est la technique qui nous freine! Mais Mylène tient à son univers. Depuis le début de l’aventure, il y a un an et demi, elle participe à chaque choix. Jusqu’à la texture des rideaux. Si elle doit faire trente séances avec Jean Paul Gaultier pour les costumes, elle assistera à toutes. Elle s’investit dans tous les corps de métier.

Ce qui frappe surtout, sur cette tournée, c’est son réel plaisir d’être sur scène…

C’est vrai, je crois que c’est la tournée où elle est la plus épanouie. La plus heureuse.

Comment l’expliquer?

Je ne sais pas. Le temps fait qu’on connaît les choses. On en lâche certaines, on en prend d’autres… Mylène arrive à un âge où elle peut prendre totalement du plaisir sur scène. Mais je peux vous dire qu’elle a le trac pour Genève…

On parle beaucoup du mystère autour de Mylène Farmer…

Mylène n’est pas mystérieuse, elle est discrète. Elle n’aime pas tout donner en pâture. Elle n’aime pas faire de la télévision. Ce n’est pas un calcul! Elle déteste parler d’elle. Ses rendez-vous, elle les donne sur scène. Elle y livre à son public ce qu’elle a à livrer. Et puis, elle ne se reconnaît pas dans les émissions qui passent sur les chaînes françaises. Elle ne fera jamais la Star Academy, je peux vous l’assurer. Et si elle a accepté de participer aux NRJ Music Awards ou à la Spéciale Hallyday, c’est simplement parce que les conditions qu’on lui proposait lui convenaient.

Mais, avec ses fans aussi, elle se révèle plutôt distante.

Le métier a changé. Quand un artiste passe cent-vingt minutes sur scène, il ne peut plus signer des bouts de papier pendant des heures… Mais la relation de Mylène avec ses fans est très forte. Et tout le courrier qu’elle reçoit, elle le voit.

En 2006, lorsque Mylène Farmer a décidé de faire ses quinze concerts à Bercy, on a dit que ce serait sa dernière tournée…

(il sourit) J’ai aussi lu à quelque part que Mylène avait déjà réservé le Stade de France en 2011 pour fêter ses 50?ans. C’est faux! Il s’écrit et se dit beaucoup de choses. Quand on n’a pas d’info, on les invente… Si je lui posais la question aujourd’hui, elle ne le saurait même pas elle-même. C’est elle qui décidera du jour où elle arrêtera. Et, comme je la connais, elle n’en fera aucune publicité.

Mais qu’est-ce qui pourrait encore la motiver après le Stade de France?

Il faut y réfléchir. Et c’est ce qui est le plus motivant. Car tous les projets sont différents.


? Mylène Farmer au Stade de Genève, les 4 et 5 septembre (dès 20?h).
Billets disponibles dans les réseaux Fnac et Ticketcorner.

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