Un œil brun qui scrute la salle, une paupière qui se ferme doucement, une respiration lente et profonde… Et soudain, le spectateur est aspiré par cette pupille. Dans une orgie de décibels. Comme s’il était invité à entrer dans le crâne de l’artiste. Bienvenue dans l’univers de Mylène Farmer.
Lundi soir, la Française a pris les 10?000 spectateurs de la Halle Tony Garnier par la main et les a emmenés dans son monde. Elle est apparue dans son costume d’écorchée vive griffé Gaultier. Au sommet d’un escalier que deux squelettes géants veillent de leur regard creux. Une armée de mannequins immobiles est tapie dans l’ombre. Prête à jouer les figurantes au gré des projecteurs. Sur 210 mètres de longueur, la salle gronde de plaisir. Cela faisait si longtemps que les fans attendaient ce moment-là.
Des anciens abattoirs
Le choix de Mylène Farmer n’est certainement pas anodin. Après avoir été réquisitionnée par l’armée pendant la guerre 14-18, la Halle Tony Garnier a abrité des abattoirs dès les années 30. Avant qu’elle ne soit réhabilitée en salle de spectacles en 1988. Avec ses vingt-deux arches métalliques, il y règne une atmosphère étrange. Presque macabre. Peut-être même que des fantômes sont encore cachés derrière des murs…
Mylène Farmer apprécie ces décors gothiques. Ils lui permettent d’exprimer son côté noir. Cette fascination pour le morbide. Et surtout sa désillusion face à cette humanité qui s’autodétruit. Il y a cette «rivière de sang» qui semble descendre les marches de l’escalier pendant que la Française susurre Je te rends ton amour; ce «crucifix» qui apparaît en apesanteur sur les dernières notes de Point de suture; ce crâne projeté sur écran géant qui martèle les paroles de son dernier tube: C’est dans l’air. L’ambiance est pesante. Elle prend chaque spectateur aux tripes. Parce que la star souligne ainsi la fragilité de l’existence.
Passage obligé, Mylène Farmer a aussi versé sa petite larme. La Halle Tony Garnier n’a rien manqué de ce moment d’émotion. Les caméras filmaient en effet son visage en gros plan. Ce qui permettait à ses fans d’entrer en symbiose avec leur déesse. Des trémolos dans la voix, la Française a même eu du mal à terminer sa prière: Ainsi soit-je. Laissant le soin à Yvan Cassar, son «chef d’orchestre» – qui ressemble à Hagrid dans Harry Potter – d’assurer le lien au piano. «C’est moi qui vous remercie», murmure-t-elle alors à ce public qui lui donne tant.
Une âme d’enfant
Mais derrière ce visage de porcelaine, sur lequel le temps ne semble pas avoir de prise, se cache aussi une âme d’enfant. Mylène Farmer est peut-être libertine. Elle reste néanmoins espiègle. A la fois diablotine, dans sa robe rouge et ultracourte, lorsqu’elle nous encourage à «appeler son numéro» et sulfureuse lorsqu’elle s’agenouille devant son guitariste pour «jouer» l’amour XXL. La Française a visiblement du plaisir à retrouver la scène. A enchaîner les chorégraphies. Elle ressort ses anciens tubes du tiroir avec un bonheur authentique. Dans sa version electro, le titre Pourvu qu’elles soient douces est un petit bijou de malice. Avec ces deux danseurs en «négligé» rouge sang.
La Halle Tony Garnier a définitivement basculé dans la folie lorsque la sono a craché les premières notes de Désenchantée. Debout, le public – de tous âges! – scande l’hymne de cette «génération» désabusée. En remuant le popotin. A tel point qu’on a prié pour que les gradins tiennent le choc. Mylène a ponctué cette chanson d’un rire cristallin. Presque fripon. Elle était heureuse. Tout simplement.
Mylène Farmer en concert les 4 et 5 septembre 2009 au Stade de la Praille. Billets disponibles chez Ticketcorner et Fnac.