THÉÂTRE

Mathilda May a trouvé son clown

Par JEAN-DANIEL SALLIN le 10.11.2009 à 00:00

Mathilda May revient à Genève avec sa pièce «Plus si affinités». Et plutôt deux fois qu’une! Belle rencontre.

Lorsqu’elle débarque à Genève, ce jour-là, Mathilda May avait la mine chiffonnée. La raison? Une intoxication alimentaire aux champignons. «Avec ma fille, nous n’avons pas fermé l’œil de la nuit», souffle-t-elle. Elle aurait pu tout annuler. Rester chez elle pour se reposer. Certaines «stars» n’auraient pas hésité à le faire. Pas elle! Une parole est une parole. Vaille que vaille, la Française a grimpé dans le train pour venir parler de sa pièce Plus si affinités – qu’elle interprétera à l’UpTown avec Pascal Légitimus à la fin du mois.

Mais Mathilda May a été à bonne école: elle a quelques années de danse classique derrière elle! Elle y a appris humilité et discipline. «Il y a surtout une notion qu’on nous inculque: celle de ne jamais connaître ses limites. Le corps, on le tord, on le transforme, jusqu’à atteindre l’objectif fixé.»

Premier prix au Conservatoire de danse à l’âge de 16?ans, la Parisienne aurait d’ailleurs rêvé de poursuivre dans cette voie-là. «Mais il y a très peu de débouchés, ce qui est plutôt décevant au vu des efforts consentis…»

Si elle a rangé ses pointes au fond d’une armoire, Mathilda May n’a jamais oublié ces règles de vie acquises à la barre. Elle les applique au quotidien. Dans sa carrière. Dans sa vie de femme. La Parisienne n’a pourtant jamais rêvé de devenir comédienne. «Oh non! A l’âge de 10?ans, j’ai rencontré une femme, Myriam Bru, qui était convaincue qu’un jour, je ferai du cinéma. Au début, j’ai pensé qu’elle était folle…» Elle ne l’était pas. Elle l’encourage à passer un casting pour le film Nemo. «Le réalisateur recherchait une blonde qui parlait l’anglais», se souvient-elle. «C’était tout moi, non?»

Manque de confiance

Mais qui peut résister aux yeux marron de Mathilda May? Claude Chabrol (Le cri du hibou), Jean-Claude Sussfeld (La passerelle), Jacques Demy (Trois places pour le 26) ou Danny Huston (Becoming Colette) la propulsent au rang d’icône. La presse abuse de ses charmes pour «vendre du papier». Mais, pour la splendide comédienne, une autre bataille commençait alors. Comment imposer ses envies personnelles à un milieu qui ne voit en elle qu’une «créature attrayante»?

«J’ai cautionné tout cela sans le vouloir», analyse-t-elle aujourd’hui. «A l’époque, j’étais très timide et, à cause de ce manque de confiance en moi, je ne parvenais pas à revendiquer la personne que j’étais réellement. Peut-être parce que je n’en étais pas convaincue…» Mathilda May ne regrette rien. Cette frustration, née d’un malentendu avec le métier, elle finit par l’utiliser à des fins créatives. «Si je n’en avais pas accumulé autant, je n’aurais certainement pas explosé autant sur scène», conclut-elle.

Parfaite harmonie

Dans la pièce Plus si affinités, le public la découvre sous un autre jour. A la fois drôle et brillante. Aussi bien crédible en rappeuse de banlieue qu’en bimbo blonde et vulgaire. «Elle a trouvé son clown», confie Pascal Légitimus. Mère de deux enfants, Sarah (15?ans) et Jules (12?ans), écrivain, chanteuse, Mathilda May a surtout le sentiment de vivre désormais en parfaite harmonie avec elle-même. Elle parle de sa timidité au passé. Et n’a jamais paru aussi belle qu’aujourd’hui. Elle fourmille surtout d’idées.

«Je n’aurai pas assez d’une vie pour tout faire», aime-t-elle répéter. «Dès que je m’investis dans un projet, je m’y plonge totalement, je m’isole et je ne fais rien d’autre…» Pour l’instant, Mathilda May se concentre donc sur «sa» pièce. Celle qu’elle a écrite à quatre mains avec Pascal Légitimus et qui traite d’un sujet des plus fédérateurs: les rencontres amoureuses. A consommer sans modération!?

«Plus si affinités», de et avec Mathilda May et Pascal Légitimus. Le samedi 28 novembre et le mardi 1er décembre à l’UpTown Geneva. Billetterie: Manor, gares CFF, Globus, La Praille et www.resaplus.ch

 


 

Bio express

Mathilda May
Née le 8 février 1965 à Paris.
1984: premier rôle dans Nemo, d’Arnaud Sélignac.
1988: elle reçoit le César du meilleur espoir féminin et le Prix Romy Schneider pour son rôle dans Le cri du hibou de Claude Chabrol. La même année, elle tourne dans la comédie musicale de Jacques Demy: Trois places pour le 26.
1991: elle tente l’expérience de l’étranger avec Naked Tango et Becoming Colette.
1992: elle sort un disque chez Columbia: «Mathilda May».
2007: elle écrit son premier livre, Personne ne le saura, aux Editions Flammarion.
2008: elle écrit et interprète la pièce Plus si affinités avec Pascal Légitimus.
JDS

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