Stupéfiant. Unique. Irrésistible. Génie parmi les génies, dans une catégorie où seuls Bobby Fischer et Garry Kasparov ont transité par le passé. Oui, il est possible que Magnus Carlsen supplante prochainement l’Américain et le Russe dans la légende noire et blanche.?
Le bouleversement est phénoménal. Depuis le 1er janvier, Magnus Carlsen, 19?ans à peine (qui dispute depuis quelques jours le prestigieux tournoi de Wijk aan Zee, aux Pays-Bas), s’est installé au sommet de la hiérarchie mondiale, devant Viswanathan Anand (Inde, champion du monde actuel), Veselin Topalov (Bulgarie) et Vladimir Kramnik (Russie), tous deux ex-stars titrées.
Quelle révolution! Jamais auparavant un junior ne s’était emparé du pouvoir chez les professionnels. Sa domination pourrait n’avoir que débuté. Depuis le mois de septembre, le prodige a accepté d’être entraîné par Garry Kasparov, ex-No?1 mondial à la retraite depuis 2005 et heureux de transmettre son héritage à un successeur en mesure de saisir toutes ses subtilités.
Origines du génie
Le génie peut surgir de nulle part, mais dans le cas de Magnus, ses origines restent inexplicables. La nouvelle star norvégienne est une bénédiction pour les échecs. «Super Magnus» n’est pas un produit de l’ex-URSS, il a fréquenté régulièrement l’école à Lommedalen, paisible faubourg d’Oslo et il a grandi dans un pays sans aucune tradition échiquéenne.
«J’ai commencé les échecs à 8?ans seulement, souligne-t-il. Je voulais simplement battre ma sœur. Puis mon rêve fut de disputer au moins une fois le championnat norvégien.» Ses parents remarquent ses qualités hors du commun. «A 5?ans, Magnus pouvait déjà réciter par cœur le nom de toutes les villes de Norvège», précise son père Henrik, un informaticien habitué à passer ses vacances à Zermatt avec sa famille.
C’est d’ailleurs en Suisse – qu’il découvre en 2003, prenant part au Young Masters de Lausanne – qu’il remporte ses premiers succès importants dans des tournois sur invitation. En 2005, âgé de 14?ans seulement, il s’alignait avec l’élite mondiale au Festival de Bienne. En 2006, il se hissait au 2e?rang, avant de décrocher la médaille d’or en 2007.
L’enfant prodige
Magnus Carlsen ressemble (presque) à un adolescent sans histoires. «Pourquoi devrais-je me prendre la tête, nous expliquait-il voici quelques semaines. J’apprécie de prendre tranquillement mon bus dans mon village.» Le Washington Post a bien vite dépeint Magnus Carlsen comme «le Mozart des échecs».
Son premier entraîneur en Norvège, Simen Agdestein (par ailleurs ex-international de football!), lui a consacré un ouvrage intitulé «Wonderboy», l’enfant prodige. Lui-même se décrit comme un «adolescent assez calme qui peut se montrer ironique et pratiquer l’autodérision». Comme sur son blog, tenu par son père jusqu’à peu ou sur ses nombreux réseaux Facebook.
L’apport de Garry Kasparov est le dernier chaînon manquant à sa prise totale du pouvoir. «Je bénéficie énormément de ses conseils, de sa base de données ou de son expérience. Mais attention, c’est moi seul qui décide des coups», précise-t-il, cherchant à affirmer son autonomie. «Kasparov a mis l’accent sur plusieurs points importants, avoue Magnus Carlsen. Comme la préparation des ouvertures, l’entraînement physique et un régime nutritionnel adapté.»
Et le titre mondial?
Les résultats n’ont pas tardé. Depuis son association avec «l’ogre de Bakou», Magnus Carlsen pulvérise ses concurrents directs. Dans un tournoi en Chine, il a ridiculisé Veselin Topalov (No 2 mondial). A Londres, il a renvoyé en quelques coups Vladimir Kramnik (No 4) à ses études. Et à Moscou, terre symbolique par excellence, il est devenu champion du monde de blitz (parties-éclair de cinq minutes), devant tous les meilleurs Grands Maîtres du circuit.
Le prochain chapitre est déjà écrit: la conquête du titre mondial classique, pour autant que le cycle si confus et obscur prévu par la Fédération internationale des échecs le lui permette. Mais rien ne saurait stopper le talent…
Bio express
? Né le 30 novembre 1990 à Tonsberg, en Norvège. Vit à Lommedalen, à quelques kilomètres d’Oslo.
? Devient Grand Maître à l’âge de 13?ans, 3?mois et 27?jours, soit le 3e plus jeune espoir à obtenir ce titre.
? Est entraîné depuis septembre par l’ancien champion du monde et ancien No 1 mondial Garry Kasparov.
? A fait main basse sur plusieurs tournois prestigieux depuis deux ans. Déjà demi-finaliste du cycle du championnat du monde.
? Champion du monde de blitz (novembre 2009) à Moscou.
? Son blog: http://blog.magnuschess.com/