«Ce n’est vraiment pas mon heure!» Jean-Marie Bigard débarque dans le lobby de l’hôtel Epsom à 9?h?30. Précédant sa valise d’un pas lourd. Il a la mine chiffonnée de celui qui n’a pas assez dormi. «En général, je commence ma journée à 11?heures avec un footing…» Il commande un café. Attend la première question pour ouvrir les vannes. Le Français n’est pas long à se chauffer. Même autour d’une table, il se donne en spectacle.
L’heure de la récréation a sonné pour Jean-Marie Bigard. Il revient à ses premières amours. La scène en solo. Des salles modestes. Et quelques sketches qui ont assis sa réputation de comique populaire. On est loin du Stade de France et de ses 50?000 spectateurs. «Les gens se bloquent sur ce chiffre», fait-il observer. «Mais, avant, ce spectacle (ndlr: «Des animaux et des hommes») a été vu par plus de 800?000 personnes sur la tournée. C’est plus la performance qui restera! Je suis le seul au monde à avoir fait ça et mon nom sera associé à cet exploit jusqu’au crématoire.»
Le Troyen n’a en effet pas ménagé ses efforts pour que ce show – avec tout ce que cela implique de contraintes techniques – soit parfait: deux écrans XXL de 34?tonnes, 44 phares de la tour Eiffel pour l’éclairage, une puissance électrique triplée dans l’enceinte du stade… Il paiera même de sa poche un million d’euros pour s’offrir une répétition générale avec 20?000 «invités». «Quel bonheur quand ça marche! Le Stade de France ressemblait à un gâteau de lumières. Malheureusement, le Ministère de la défense ne m’a jamais donné l’autorisation d’avoir l’image depuis le satellite.»
«Clérambard»: le bide!
Présomptueux, Jean-Marie Bigard? Peut-être. Mais, à l’époque, la France lui mangeait encore dans la main. On lui reprochait certes une certaine vulgarité dans ses sketches. Tant pis! Il avait son public. Il pouvait tout se permettre. Même interpréter un classique de Molière, Le Bourgeois Gentilhomme, au Théâtre de Paris. La critique applaudit, les spectateurs affluent… L’humoriste pharaon se plaît sur son piédestal.
Depuis deux ans, le ciel si bleu de Jean-Marie Bigard s’est pourtant chargé de nuages. Ses déclarations sur le 11 Septembre – qui défendent la thèse du complot – ont peut-être servi de détonateurs. Qui sait? Sa deuxième incursion dans le théâtre débouche en tout cas sur un bide: la pièce Clérambard est arrêtée après un mois seulement de représentations. Faute de public. «J’en ai parlé avec des membres de la Comédie-Française», explique-t-il. «Il semble que Marcel Aymé ne soit pas un auteur très apprécié en France, les gens n’ont simplement pas eu envie de venir voir cet homme, Clérambard, qui se révèle être un tortionnaire avec sa famille…»
Bientôt au Zénith?
Jean-Marie Bigard ne s’apitoie pas sur son sort. Il préfère souligner que la pièce a été enregistrée le 4 octobre 2008, jour de la Saint-François d’Assise. «Elle devrait être diffusée par France 2 au cours de cette année», ajoute-t-il, satisfait de cette (petite) revanche sur le destin. Le Troyen s’est vite relevé de cet échec. En se lançant dans un nouveau spectacle en solo. Enfin, presque… Pour la première fois, cet accro aux «sports individuels» a appelé un metteur en scène à l’aide. L’homme l’encourage à parler de sa vie entre les sketches. Il le pousse à se mettre en colère afin de «défendre ces moments de liberté qui se réduisent comme peau de chagrin». «Bientôt, on ne pourra plus fumer, bouffer ou baiser: on aura seulement le droit de fermer sa gueule!» plaide-t-il. Et puis, Jean-Marie Bigard s’est aussi mis en tête de «chanter la crise». En parodiant des refrains populaires.
«Je m’amuse beaucoup sur scène!» lâche-t-il, comme un cri du cœur. Visiblement, le public le lui rend bien, puisque les salles sont souvent pleines à craquer. Ce qui lui donne déjà des idées pour l’avenir. «On parle déjà de retourner dans les Zénith», confie-t-il. «Mais j’ai des idées pour offrir des prix populaires et faire en sorte que tout le monde puisse venir au spectacle. Je veux créer un vrai carré prestige, avec un service de qualité, pour tous ceux qui ont beaucoup d’argent. Cela me permettra de proposer des billets à 25?euros pour les autres…» Chasser le naturel, il revient au galop!
«Bigard remet le paquet», Jean-Marie Bigard, du 17 au 19 février au Théâtre du Léman (20?h?30). Billets à la Fnac, Ticketcorner et Resaplus.
Bio express
Jean-Marie Bigard
Né le 17 mai 1954 à Troyes.
Juin 1987: il fait son entrée dans La Classe du FR3.
1988: premier spectacle au Point-Virgule, Vous avez dit Bigard?
1995: deuxième one man show inédit baptisé 100% Tout Neuf.
2000: il revient avec Bigard met le paquet. L’affiche, avec un slip très moulant, fait polémique.
Juin 2004: il s’offre le Stade de France et 50?000 spectateurs avec son spectacle Des animaux et des hommes.
2006: il interprète Le Bourgeois Gentilhomme de Molière.
2007: parution de son autobiographie, Rire pour ne pas mourir.
Octobre 2008: la pièce Clérambard de Marcel Aymé est arrêtée faute de public. JDS