«On ne peut pas acheter l’amitié…» Installé dans le lobby de l’hôtel President Wilson, Jean-Claude Jitrois profite de la vue sur le lac. Il vient d’arriver à Genève. Dans quatre heures, il participera au Bal du Printemps. Avec l’une de ses plus fidèles égéries: Sarah Marshall. Entre le couturier et la petite-fille de Michèle Morgan, l’histoire dure depuis quatorze ans. Elle a surtout résisté aux années d’errance du mannequin; lui servant de bouée de sauvetage au moment où elle a cherché à se sortir de l’engrenage de la drogue et de la violence. «On se soutient l’un et l’autre malgré les difficultés», dira le styliste.
Sobrement. D’un ton presque paternaliste.
Jean-Claude Jitrois – propriétaire de 100% des parts de sa société – a su tisser des liens très forts avec le show-business. De Sharon Stone à Monica Bellucci, de Rihanna à Nicole Kidman, elles sont nombreuses à porter ses cuirs. A la une des magazines. Ou sur le tapis rouge. «Je suis indépendant.
Contrairement à d’autres confrères, je ne suis jamais allé aux Etats-Unis pour offrir un cachet à une actrice. Cela coûte cher et je n’en ai pas les moyens!»
Peu avare d’anecdotes, plutôt volubile, avec sa tasse de thé dans les mains, Jean-Claude Jitrois raconte sa première rencontre avec Vanessa Paradis. «Elle avait 14 ans et cherchait une robe pour participer à une émission chez Drucker. Elle est venue à la boutique avec sa maman et son attachée de presse. Il y avait un modèle qui lui plaisait beaucoup, mais son attachée de presse lui a interdit de le porter.» Alors que l’interprète de Joe le taxi fondait en larmes, le couturier tenta de la consoler: «Ne t’en fais pas! Quand tu seras plus grande, tu reviendras chez moi.» Le destin lui a donné raison: Vanessa Paradis est une habituée de la rue du Faubourg- Saint-Honoré. Sur la couverture du magazine Envy , elle porte même une de ses vestes…
Jean-Claude Jitrois vient d’ajouter un nouveau nom à ce casting de rêve: celui de Lady Gaga. Et le styliste de raconter par le menu ses rencontres avec cette artiste «loufoque, mais diablement humaine». «Pour une séance photos, j’avais choisi de l’habiller en femme du monde, avec de longs gants et une jupe plissée. «Je ressemble à ma mère!»s’est-elle exclamée lorsqu’elle a découvert son reflet dans le miroir.»
«Donner beaucoup»
A ses yeux, Lady Gaga correspond à son idéal de vie: «donner beaucoup pour recevoir un peu». «Je l’ai vue sortir dans la rue et rester trente minutes à signer des autographes et à discuter avec ses fans, alors que ses gardes du corps et son manager la pressaient de partir», relève-t-il. Avec admiration. Malgré le succès, Jitrois n’a pas changé. Toujours enthousiaste. Indécrottable positif. Amateur d’art contemporain - il visite toutes les expos de Beaubourg - il n’a pas oublié qu’avant d’être un couturier célèbre, il a suivi des études médicales à l’Hôpital de la Salpêtrière. Et il a travaillé sur la psychomotricité jusqu’en 1976. Autant dire qu’il était particulièrement sensible à la cause défendue par la Fondation IRP. «Lorsque Sarah (ndlr: Marshall) m’a demandé si je voulais assister au Bal du Printemps, je n’ai pas hésité, dit-il. Vous savez, je voyage beaucoup dans le monde. Mais chaque endroit a quelque chose de particulier qui vous donne envie de vivre…» Une belle philosophie!
Légère comme une plume…
Jean-Claude Jitrois n’est pas venu les mains vides à Genève: il a offert une veste en cuir et vison tressé pour la vente aux enchères. Un lot surprise, présenté par Sarah Marshall sur scène, qui a été adjugé à 9000?francs par Eric Valdieu. Seulement…
Vendredi soir, et malgré la prolixité du commissaire-priseur, l’encan a eu de la peine à s’élever. A virevolter avec ces plumes multicolores qui planaient dans la salle de bal. Même le célèbre éventail de Zizi Jeanmaire, objet de collection par excellence, n’a pas semé le vent de folie attendu au President Wilson (6000?francs). Comme si l’arrivée du printemps n’avait pas réussi à réveiller totalement les 400 invités après quatre (longs) mois d’hibernation.
Ne faisons pas la fine bouche! Cette vente a quand même amené 59?000?francs à la recherche en paraplégie. Présentée par Muriel Siki, cette soirée – baptisée «Rêveries de plumes» – a surtout valu par son lot de témoignages. «Le handicap continue de faire peur», analyse Dorine Bourneton, pilote d’avion et paraplégique depuis l’âge de 16?ans. «Les gens ne cherchent pas à savoir qui il y a derrière le handicap. Et ces préjugés anéantissent souvent nos espoirs d’intégration. Par notre parcours de vie, nous ne sommes plus dans le superficiel. Avec nous, les échanges sont plus vrais!» La Française avoue d’ailleurs avoir «retrouvé la liberté» dans le ciel. Voler, légère comme ces plumes accrochées au plafond, lui a permis de s’épanouir.
(jds)