Brosser le portrait d’un personnage public n’est pas une sinécure. Surtout lorsqu’à son sujet s’entrechoquent deux versions.
Pour les uns, Jean-Baptiste Grange serait un gars sympa et bon vivant. Pour les autres, il serait arrogant et prétentieux. Sans vraiment que l’on puisse obtenir la vérité, on peut toutefois en déduire que le skieur français est victime du même «syndrome» que son compatriote tennisman Gilles Simon; aux yeux de beaucoup, il est trop ambitieux pour être vraiment humble. «C’est sans doute sa timidité qui veut ça, note Benoît Lallement, journaliste à L’Equipe. Il est distant, mais pas arrogant. Par contre, oui, il en veut toujours plus.»
Dans un pays qui aime faire et défaire ses champions, ce caractère d’homme aux dents longues ne passe pas toujours. «JB» le sait, lui qui, depuis deux saisons, est constamment sous les feux des projecteurs. Ce statut médiatique l’accompagnera en tout cas jusqu’aux Jeux olympiques de Vancouver, agendés en février prochain.
Le slalomeur a tant d’atouts dans ses spatules pour aller loin que chacun de ses gestes est décortiqué. Ses compatriotes se pâment devant ses exploits, mais n’hésitent pas non plus à le démonter lorsqu’il lui arrive de se planter. Comme ce fut le cas lors des Mondiaux de Val-d’Isère, en février dernier. Alors grand favori du super-combiné et du slalom, il fut éliminé des deux courses. «Sur les forums Internet, j’ai ensuite découvert des messages d’insultes, car je n’avais pas obtenu de médailles», rappelle-t-il.
Une fluidité phénoménale
A seulement 25?ans, Jean-Baptiste a pourtant déjà beaucoup fait pour le ski tricolore. Depuis février 2007, il en est l’incontestable chef de file. «C’est un statut qu’il peine encore à assumer», ajoute Lallement. Mais qu’il gère tant bien que mal. Et plutôt (très) bien que mal, d’ailleurs. Six victoires en Coupe du monde et un Globe de cristal du slalom spécial ornent ses étagères. Ce qui n’était pas gagné d’avance, car ses résultats chez les jeunes n’étaient pas transcendants.
Fils de skieurs, «JB», dont le frère François-Cyrille a porté la flamme olympique en 1992 à Albertville aux côtés de Michel Platini, a en revanche très vite éclaté dans le cirque blanc. Arrivé en 2004, il a d’abord fait parler ses qualités de slalomeur sur le super-combiné, avant de briller entre les piquets du spécial. «Quand il skie, il effleure la neige, constate le technicien Rafaele Scozzafava. Sa fluidité est phénoménale. Il ne donne jamais l’impression de forcer.»
A tel point que Grange n’est plus «qu’un» slalomeur, mais un skieur polyvalent, qui lorgne le gros Globe de cristal de la Coupe du monde. Cinquième en mars dernier, il a fait du classement général l’un de ses grands objectifs de l’exercice. Au même titre que les JO de Vancouver.
Peut-il vraiment y prétendre? «C’est «LA» question, analyse Benoît Lallement. Il a ce but à l’esprit, mais ne le dit pas clairement. Pour s’améliorer, il a pris part à des stages de vitesse durant l’été. Il ne pourra se mêler à la lutte pour le Globe que si le classement se joue autour des 1000-1200?points.»
Que ce soit cette saison ou non, Grange veut devenir le meilleur skieur du monde un jour. «J’ai toujours aimé la victoire, reconnaît-il. Même au collège, j’enrageais après un match de handball perdu. J’ai toujours voulu être devant les autres.» Lui qui doit désormais composer sans son ancien entraîneur, Jacques Théolier, paraît habité par une confiance inébranlable. «J’ai pourtant toujours besoin de me rassurer», confie-t-il. Une breloque olympique ne ferait qu’augmenter sa cote. Finalement, qu’il soit arrogant ou bon vivant, Grange n’en finira jamais d’être ambitieux.?
Bio express
Jean-Baptiste Grange
? Naît le 10 octobre 1984, à Saint-Jean-de-Maurienne.
? 2004: fait ses débuts sur le circuit de Coupe du monde.
? 17.02.2007: il décroche le bronze à l’issue du slalom des Mondiaux d’Åre.
? 17.12.2007: «JB» signe sa première victoire en CDM, lors du slalom d’Alta Badia.
? Février 2009: favori des Mondiaux, il sort en supercombiné et en slalom.
? Mars 2009: il gagne la Coupe du monde de slalom et conclut l’exercice en étant le skieur ayant amassé le plus de gains.