Lundi arrivera dans les bacs helvétiques le derner album du groupe Indochine. La République des meteors regroupe seize titres alternant réminiscences new wave, influences brit pop et, comme toujours, paroles douce-amères d’ascendant surréalistes. Très attendu par ses nombreux fans, snobé comme il se doit par ses détracteurs, nombreux également, le onzième album des rockers français fait office d’événement en ce début d’année. Soutenu par une grosse campagne promotionnel (on annonce un «monumental» concert au Stade de France en juin 2010), La Répulbique des meteors anticipe d’une année les trente ans du groupe. Trente ans, un bail. Pas de quoi chiffoner Nicola Sirkis. Pour sa part, Sirkis en comptabilisera cinquante cette année. Personnage complexe, aussi cultivé que cabotin, le chanteur et leader incontesté de ce qui ressemble aujourd’hui plus à un duo (avec le compositeur Oli de Sat) est à l’image de sa musique. Et plus encore, de ce dernier album. D’entrée, on lui demande si ce onzième album n’est pas ne sorte de synthèse. Synthèse de ses influences, dabord: Sirkis avoue sans détour avoir chippé les guitares des Pixies ou de Blur, comme la basse de New Order. Et synthèses de l’histoire du groupe. «C’est un concentré. Un patchwork. Comme la pochette.» Conçue par le groupe, la pochette, en l’occurrence, réuni des centaines de portraits photographique en noir et blanc. Où l’on reconnaît notamment Patti Smith, Raimbaud, Freud mais aussi Staline, Ghandi et, pièce centrale de ce jeux de piste d’apparence naïve, des soldats de la Grande guerre posant avant de partir au front. On écoute l’introduction de l’album. Discours d’Hitler en bribes, cris, sirènes... Le ton est donné. «Parler des conflit armés, du point de vue historique ou sociologique, c’était surtout parler de la rupture, de la séparation et de l’absence.» En fait d’absence, Nicola Sirkis a vécu un grand blanc lorsqu’il s’est mis à sa table de travail. «Contrairement aux précédents albums, à Paradize qui traitait de religion et de sexe, ou Alice & June, sur les contes de fée déglingués, je n’avais ici aucune idée de la direction à prendre. Alors je suis parti. A Berlin, en Finlande et à Venise, où j’ai vu la plasticienne Sophie Calle. Elle faisait lire une lettre de rupture à plusieurs femmes.» Déclic. Nicola Sirkis avale des centaines de lettres de soldats. Un peu comme le War Requiem de Benjamin Britten (qu’il connaît parfaitement), le chanteur écrit ses versions: «Je vais partir/Fleur au fusil/Je vais mourir/Je n’ai pas envie/Je voulais juste déposer un baiser à tes pieds» L’extrait, tiré de la chanson Union War donne également à entendre ce mal indéfinissable.
Le gros de l’enregistrement a été réalisé dans une maison de Normandie. «Derrière la buanderie et dans la bilbliothéque, précise Sirkis. De la fenêtre, je voyais des cerfs passé.» La Normandie évoque le débarquement de 1944. «Aucun lien. Bien qu’un jour, durant mon footing matinal, j’ai découvert par hasard la photo d’un soldat nazi.» Un signe? Né il y a près de trente ans, le groupe de Nicola Sirkis sort son 11e album. Rencontre.