C’est là tout le paradoxe français: la République en pince pour ses princes! Une foule de fidèles et de curieux – dont beaucoup ont une fleur de lys à la boutonnière – se sont rassemblés, samedi matin, sur le parvis de la cathédrale de Senlis pour assister au mariage du Dauphin de France, le prince Jean d’Orléans, duc de Vendôme, 43?ans, avec une jeune aristocrate hispano-autrichienne de 31?ans, Philomena de Tornos y Steinhart.
Sous un soleil timide – les offrandes aux Clarisses ont évité la pluie! – l’ancienne cité royale semble renouer avec les fastes du gotha. Les membres des familles royales d’Europe sont accueillis sur le tapis bleu roi et mitraillés par les appareils photo. Le spectacle est en technicolor, les princesses portent du rose, de l’orange, du jaune et des chapeaux assortis, tandis que les hommes ont revêtu la jaquette réglementaire, à l’exception de l’habit vert pour l’académicien Alain Decaux ou l’uniforme d’écrivain de marine de Jean Raspail. Une salve d’applaudissements salue l’arrivée de Bernadette Chirac et de la garde des Sceaux Rachida Dati, vêtue d’un élégant smoking noir. Elles rejoignent le banc des royautés, à gauche dans le chœur, tandis qu’à droite ont pris place les membres de la famille, dont le comte de Paris et sa femme Micaëla, qu’il va pouvoir épouser religieusement en septembre après trente-trois ans de procédure au Vatican…
Sous les voûtes rafraîchies de la cathédrale de Senlis, on s’impatiente, car la mariée est en retard. L’exactitude est la politesse des rois, pas encore celle des futures princesses… Soudain les grandes orgues s’emballent, le prince Jean de France s’avance au bras de sa tante, la princesse Marie-Christine de Liechtenstein, car sa mère, la duchesse de Montpensier a dû être opérée d’urgence. La mariée suit, au bras de son père Alfonso de Tornos, dans une somptueuse robe Christian Lacroix composée d’une jupe de faille de soie ivoire et d’un boléro rebrodé et coloré, le front ceint d’un diadème de turquoises retenant un voile de la famille de Tornos. Elle porte un bouquet de roses offert par l’artisan de Senlis Stéphane Jean.
La messe est solennelle et recueillie, célébrée par Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, tandis que Mgr Philippe Brizard, directeur de l’Œuvre d’Orient, reçoit le consentement des époux. Le pape Benoît XVI a envoyé sa bénédiction pontificale.
A la sortie des jeunes mariés, la foule fiévreuse exulte, comme si un mariage princier avait la vertu d’apporter du réconfort en ces temps troublés. Les princes trinquent avec les royalistes et les curieux lors d’un vin d’honneur offert par le maire de Senlis, Jean-Christophe Canter, au château royal où Hugues Capet fut élu roi en 987, fondant ainsi la dynastie dont Jean est l’héritier.
L es invités se retrouvent ensuite pour un déjeuner sur la pelouse du château de Chantilly, qui fut offert à l’Institut de France par son arrière-grand-oncle le duc d’Aumale. Tout un symbole.