CINÉMA

Dussollier dans la peau de Staline

Par EDMÉE CUTTAT le 11.05.2010 à 00:00

Le comédien «est» le dictateur soviétique dans «Une exécution ordinaire» de Marc Dugain. Interview

Lorsqu’on lui a proposé de jouer Staline, André Dussollier a trouvé le projet complètement fou, dans la mesure où il ne lui ressemble en rien. Et puis, petit à petit, il s’est dit pourquoi pas? Heureuse décision. Partageant l’affiche avec l’émouvante Marina Hands, il se révèle formidable dans Une exécution ordinaire, le premier long métrage de Marc Dugain, tiré de son roman éponyme et consacré aux derniers mois du tyran soviétique.

Cette intrigue passionnante, pas tout à fait biographique, se déroule en 1952. Malade, les artères bouchées par l’alcool, la fumée et les gueuletons avec Béria, Staline vient de se débarrasser de son médecin personnel, accusé d’avoir participé au «complot des blouses blanches». Déviant vers la fiction, Marc Dugain imagine qu’il fait appel à Anna, une jeune urologue aux dons de magnétiseuse, pour le soulager de ses douleurs. Elle ne devra rien révéler à personne, y compris à son mari physicien, dont elle est très amoureuse.

Terrorisée à l’idée de ce que peut leur faire Staline, Anna se retrouve face à un homme tour à tour amical, manipulateur et pervers. Un monstre qu’André Dussollier ne se contente pas d’incarner. Il «est» ce vieux matou jouant avec une souris affolée, jouissant de son pouvoir et distillant avec délectation son art de la terreur.

Pourquoi avoir finalement accepté ce rôle?
A cause du côté hors norme du personnage et pour sortir de mon registre plus ou moins habituel de gentleman un peu british, flegmatique, intello et ironique. J’aime beaucoup être surpris au cinéma et surtout surprendre. Mais là, il s’agissait d’un défi extrême, une démarche fascinante qui me permettait d’endosser l’habit de quelqu’un qui m’est totalement opposé. Un méchant, un dur, un violent rentré, un danger sur pattes dont on se demande comment il peut exister. Un type tellement tordu qu’à la fin de sa vie, son entourage l’a laissé agoniser pendant quarante-huit heures sans oser intervenir, tant il était craint.

Pour devenir Staline, vous avez dû subir une incroyable transformation.
Trois heures de maquillage avant chaque tournage. Et outre la perruque et la moustache, j’étais bardé de prothèses dans les joues, le cou, derrière les oreilles, sur les paupières, dans la bouche. Pour alourdir ma démarche, on m’a fixé de petits sacs de plomb le long des jambes. C’était une véritable agression physique. Par ailleurs, même si j’avais un faux ventre, j’ai aussi pris énormément de poids. Vingt-cinq kilos depuis Cortex, il y a deux ans.

Comment avez-vous procédé pour la voix?
Il fallait que ce soit d’autant plus crédible que vous faites parler Staline en français. C’était assez difficile, car sa voix n’est pas spectaculaire et on la connaît moins bien que celle de Mussolini ou de Hitler. En fait, elle est venue en dernier. Elle est sortie en même temps que mon personnage, s’accordant à mon nouveau physique. Quelque chose de grave, d’un peu bonhomme. Il donne parfois l’illusion qu’il va se laisser fléchir par la fragilité de la jeune femme.

Et en ce qui concerne, les attitudes, le comportement?
J’ai vu et écouté des discours. Quatre, prononcés devant le Soviet suprême. J’ai piqué quelques gestes, je me suis entraîné à me coucher comme lui. Mais j’ai aussi essayé d’improviser. Mon but consistait à me faire oublier, à parvenir à une métamorphose complète.

Mission plus que réussie pour André Dussollier qui, après cette expérience, se dit très heureux «de ne pas être dans une telle folie!» Actuellement, le comédien tourne à Venise sous la direction d’André Téchiné pour Terminus des anges adapté du roman de Philippe Djian, Impardonnables. Aux côtés de Carole Bouquet et de Mélanie Thierry, il campe un écrivain déstabilisé par la disparition de sa fille.

Les Scala, dès mercredi


Bio express

André Dussollier
1946 : naissance à Annecy.
1972 : pensionnaire à la Comédie-Française et premier film.
1983 : début de sa collaboration avec Alain Resnais.
1985 : consécration avec «Trois hommes et un couffin».
1993 et 2002 : César du meilleur second rôle.
1997 : César pour «On connaît la chanson».
2008 : «Cortex» et «Le crime est notre affaire».
2009 : retrouvailles avec Sabine Azéma et Alain Resnais pour «Les herbes folles».
Prochainement, «Les hommes ne pleurent jamais» et «Terminus des anges».
EC

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