Francis Ford Coppola est un habitué de la Croisette. Il y a même raflé deux Palmes d’or, pour Conversation secrète et Apocalypse Now. Mais rien n’est jamais acquis. Vu qu’il n’avait pas terminé son film hyper à l’heure, on lui a laissé entendre que la compétition était très serrée et proposé une sélection hors concours avec supergala à la clé. Ce qu’il a refusé. «Je voulais me mesurer aux autres. Je ne me sentais pas de jouer simplement les pingouins en smoking.»
Coppola a donc préféré ouvrir la Quinzaine des réalisateurs avec son dernier-né. La standing ovation qui lui a été réservée à l’issue de la projection et le débat qui a suivi ont dû achever de le convaincre qu’il avait fait le bon choix. Tetro, une œuvre très personnelle qui se passe en Argentine, évoque des rivalités et des secrets de famille sur fond de musique, de danse et de théâtre. Avec en vedette Vincent Gallo. A l’origine, ce devait être Matt Dillon. «Il avait dit oui, mais finalement, étant donné ses engagements, il lui était impossible de se rendre disponible pendant quatre mois.»
Pour la troisième fois seulement, le cinéaste a écrit lui-même le scénario, travail pour lui le plus difficile. «Je rédige à mes heures perdues. Au long de ma carrière, j’ai toujours considéré et mentionné le scénariste comme l’auteur premier. Et là, c’est moi.»
La liberté artistique et le contrôle des choses sont des idées chères à Coppola. «Je crois que le succès du Parrain m’a donné une telle crédibilité que je pouvais tout me permettre. Mais entre 40 et 50?ans, j’étais tellement criblé de dettes que j’ai accepté de tourner sur commande. Après Dracula, j’ai enfin pu retravailler de façon indépendante.»
Avec sa femme et son fils
A propos de famille, son point de vue a-t-il changé depuis Le Parrain? «Avant, je n’avais jamais rencontré de gangsters de ma vie. Mais comme je savais qu’il s’agissait d’Italiens d’Amérique, j’ai utilisé mon expérience. Dans Tetro, c’est différent, dans la mesure où il y a moins de meurtres et surtout une proximité avec ma propre histoire. Mais ce n’est pas autobiographique…»
Pour rester dans le sujet, Francis Ford Coppola est très attaché à ses proches. Outre deux de ses comédiens, c’est avec sa femme et son fils Roman qu’il est venu discuter avec le public. Certes, Roman a travaillé avec lui sur ce métrage, mais cela n’en reste pas moins une habitude. «Je n’aime pas être séparé de mes enfants trop longtemps. Depuis qu’ils sont petits, ils font l’école buissonnière et fréquentent les tournages, pour apprendre des trucs, des astuces.» S’il y en a une à qui cette méthode d’enseignement a plutôt réussi, c’est à sa fille Sofia.
Enfin, figurez-vous que le film renferme un drôle de mystère. On retrouve, sur la porte d’un hôtel de Patagonie où se déroule un important festival, les armoiries de… Genève. Affaire à suivre.