«Je ne viens pas souvent en Suisse. Même quand j’étais petite, nous allions skier en Autriche…» Charlotte Rampling se fait rare sous nos latitudes. C’est pourquoi les aficionados de la comédienne britannique ne doivent pas manquer le rendez-vous qu’elle leur donne au Bâtiment des Forces Motrices. Elle y lira des textes d’un poète grec, Constantin Cavafy – qui traite de l’amour et de l’homosexualité. «Je ne le connaissais pas du tout avant qu’on m’en parle, admet Charlotte Rampling. Il n’a jamais voulu être publié de son vivant. Marguerite Yourcenar est tombée amoureuse de ce poète et a choisi de traduire ses œuvres de manière prosaïque.»
Pour vous, que représente le fait de lire un texte sur une scène?
C’est quelque chose de très beau. On a la sensation d’être face à l’écoute. On se retrouve devant un certain nombre de personnes, dans un endroit protégé, le silence plane et on essaie de tisser un lien avec des spectateurs qui ne connaissent pas le poète.
Etes-vous friande de ce genre de spectacle?
J’aime beaucoup. Je suis allée voir des amis qui le font. Vous vous projetez dans votre imaginaire. Ce n’est pas comme une pièce de théâtre, où vous regardez des comédiens bouger dans un décor. Il y a un rapport avec l’immobilité que j’apprécie.
Prépare-t-on ce genre de lecture comme on prépare un rôle?
Pas du tout. Ce n’est pas aussi long! On n’a pas besoin de mémoriser le texte. Cela fait une angoisse de moins… Je connais les poèmes, je les lis et j’utilise les feuilles comme un guide. Ce qui me laisse une liberté dans la performance.
Vous avez attendu longtemps, près de quarante ans, avant de faire du théâtre. Pourquoi?
Je n’y trouvais pas ma place. Le théâtre est un autre métier. Comme ma carrière se développait plus au cinéma, je ne me sentais pas prête à faire le pas. J’ai aussi attendu la bonne proposition (ndlr: la pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt «Petits crimes conjugaux»).
Aviez-vous peur d’affronter les spectateurs?
Non. Ma plus grosse crainte, c’était de déclamer un texte. Sur scène, pour faire passer des émotions, il faut parler très fort. Cela demande un travail technique. La lecture, c’est quand même moins engagé…
De «Portier de nuit» à «Max mon amour», vous avez toujours aimé prendre des risques. Comment expliquer ça?
Vous savez, j’ai commencé le cinéma très jeune et j’ai connu le succès très jeune. Cela a ouvert des portes. Mais j’ai fait en sorte qu’aucun rôle ne corresponde à un autre. Sinon on sait très vite ce qu’on fait et ça devient plan-plan. Je cherche la difficulté. Soit. Mais j’ai besoin de ça pour avancer.
N’y a-t-il pas un danger de «jouer» ainsi avec le public? On ne peut pas vous coller d’étiquette…
On est toujours sensible à ce que les gens pensent. On ne peut pas ne pas l’être. Mais on trace son chemin malgré ça.
Est-ce que vous êtes devenue plus sage dans vos choix avec les années?
Non. J’ai toujours la volonté de faire des choses très étranges. Pour me réveiller. Pour rester dans un monde où je peux m’identifier. Je suis dans ce métier depuis que j’ai 17?ans. On change, on évolue, on prend de l’expérience… Mais je continue à voyager. A faire des découvertes.
Pour le photographe Jacques Bosser, vous vous êtes d’ailleurs transformée en «grand-mère manga». Des images qui avaient fait l’objet d’une exposition à Paris en février.
J‘ai beaucoup aimé J’ai beaucoup aimé faire ça. Nous, les artistes, nous avons la permission de faire ce genre de choses. Au contraire du quidam, on peut se transformer et devenir d’autres personnes. Cela nous donne une certaine responsabilité. Que des gens viennent ensuite nous voir au cinéma ou au théâtre, ça me bouleverse.
? «Variations sur Constantin Cavafy & Marguerite Yourcenar», lecture par Charlotte Rampling, le mercredi 16 décembre au Bâtiment des Forces Motrices (20?h?30). Réservations: Ticketcorner et Fnac.
Bio express
Charlotte Rampling
? Née le 5 février 1946 à Sturmer, dans l’Essex.
? 1964: elle fait ses débuts au cinéma dans Le Knack… et comment l’avoir avec Jane Birkin et Jacqueline Bisset.
? 1969: Les damnés de
Luchino Visconti.
? 1974: incarne une rescapée des camps nazis dans le film de Liliana Cavani Portier de nuit.
? 1978: épouse Jean Michel Jarre. Ils se sépareront en 1997.
? 1980: Stardust Memories de Woody Allen.
? 1985: Max mon amour de Nagisa Oshima.
? 2000: Sous le sable de François Ozon.
? 2001: reçoit le César d’honneur.
? 2003: Swimming Pool de François Ozon. JDS