A ses yeux, ce ne sera peut-être qu’un jour parmi d’autres. Claude Rich prendra ses quartiers aujourd’hui à Genève. Il profitera de cette journée pour reposer cet organisme mis à rude épreuve par une tournée harassante. Mais, ce soir, l’Alsacien ne manquera pas d’emmener toute l’équipe du Diable rouge au restaurant. Histoire de fêter ses 81?ans comme il se doit. Sans chichis.
Plus jeune que Michel Galabru, presque contemporain de Clint Eastwood, Claude Rich fait partie de cette génération de comédiens qui a marqué la mémoire collective. Parcourir sa filmographie est un voyage étourdissant dans l’histoire du septième art. Il a tourné avec les plus grands. De René Clair à François Truffaut. Et s’est révélé aussi à l’aise dans la peau de Panoramix que dans celle du général Leclerc. L’homme est un touche-à-tout. Mais il s'est aussi spécialisé dans les rôles historiques. Tour à tour, il a incarné Léon Blum, Voltaire, le pape Jean XXII, Galilée et le Comte Alphonse de Toulouse-Lautrec. Il n’est pas surprenant de le découvrir cette fois sous la robe de Mazarin. «Le Diable rouge» dépeint par Antoine Rault.
«Lorsqu’il m’a proposé cette pièce, j’étais un peu sceptique», explique Claude Rich au téléphone. «J’avais en tête le personnage décrit par Alexandre Dumas. Un homme caricatural, italianisant, avec un accent très prononcé. Et son image était indissociable de celle des Trois Mousquetaires…» Le comédien s’est pourtant laissé convaincre. Et s’est glissé, non sans délice, dans l’habit rouge de ce cardinal nommé tuteur de Louis XIV à la mort de Richelieu. «Il en fera le plus grand roi de France!»
La «vraie récompense»
Claude Rich apprécie l’exercice. «J’aime l’histoire en général», confie-t-il. «Mais je connais mieux le début du XIXe siècle, avec le règne de Napoléon. Je m’étais d’ailleurs beaucoup amusé à jouer le rôle de Talleyrand (ndlr: dans «Le souper» d’Edouard Molinaro).» Pour incarner Mazarin, le Français s’est beaucoup documenté. Forcément. «Mais on se laisse volontiers porter par l’histoire. Quand on invente un personnage, il manque souvent de dimension. Lorsqu’il s’agit d’une figure historique, qu’elle soit une crapule ou pas, on est sûr de goûter à une vie passionnante.»
Le résultat est visiblement apprécié. Avant la tournée, Le Diable rouge a squatté l’affiche du Théâtre de Montparnasse pendant un an. Et la pièce a valu à sa tête d’affiche d’être nommée aux Molières 2009 pour le Prix du meilleur comédien. «Ces récompenses ne veulent plus rien dire, peste-t-il. On nomme n’importe qui pour ménager les susceptibilités. Pour moi, la vraie récompense, c’est celle des spectateurs qui vous applaudissent à la fin du spectacle et ce moment de partage qu’on peut avoir avec eux.»
Parallèle avec Mazarin
Claude Rich n’en fait pas de mystère: s’il continue à brûler les planches à 81?ans, c’est pour cette raison! «C’est toujours mieux que de rester seul chez soi et de recevoir deux-trois amis à dîner, sourit-il. J’arrive à un âge où je devrais prendre ma retraite, mais je n’en ai pas la moindre envie. Du moment que la tête fonctionne et que la passion reste intacte, je continuerai à monter sur scène. C’est le meilleur des médicaments!» L’Alsacien tire d’ailleurs un parallèle avec Mazarin. A la fin de sa vie, malgré la souffrance, le cardinal retrouve son âme d’enfant. Sur son lit de mort, il dit qu’il souhaiterait rester un peu: «La vie, j’aime tellement ça!» souffle-t-il. «C’était un passionné, analyse Claude Rich. Et c’est exaltant de jouer des personnages comme ça. Cela vous permet de ne pas vous laisser envahir par la mort et par la morosité…»
«Le Diable rouge», d’Antoine Rault, avec Claude Rich, mardi 9 et mercredi 10 février au Théâtre du Léman (20h30). Réservations à la Fnac.
Bio express
Claude Rich
Né le 8 février 1929 à Strasbourg.
1955: Les grandes manœuvres de René Clair lance sa carrière au cinéma.
1963: il donne la réplique à Lino Ventura dans Les tontons flingueurs.
1967: il tient le rôle de Christian Martin dans Oscar avec Louis de Funès.
1992: son rôle dans Le souper d’Edouard Molinaro lui vaut l’Oscar du meilleur acteur.
1994: La fille de d’Artagnan avec Sophie Marceau.
2002: il incarne Panoramix dans Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre. La même année, il reçoit un César d’honneur pour sa carrière.
2009: cinquième nomination aux Molières pour son rôle de Mazarin dans Le Diable rouge.
JDS