Boulimique, insatiable, il lui arrive d’enchaîner jusqu’à cinq films par année. Envie, besoin de tourner. Tout et n’importe quoi. Des chefs-d’œuvre comme des navets. Des films d’auteur et des productions de prestige. Cet appétit du cinéma, Gérard Depardieu l’entretient depuis le début des années 70.
Né le 27 décembre 1948 à Châteauroux, il fut ce qu’on appelle un autodidacte. Mille petits métiers, puis un amour des grands textes classiques et des petits rôles caractérisent ses débuts. Il se fait la main chez Audiard, Giovanni ou Derais, puis survient le premier film important de sa carrière. Les valseuses de Bertrand Blier, avec Patrick Dewaere. Nous sommes en 1974. Le succès est énorme, le scandale presque autant, crudité des dialogues oblige. Mais Gérard Depardieu est lancé. Plus rien ne l’arrêtera. Dès lors, les metteurs en scène se l’arrachent. En France comme en Italie. On ne compte plus ses grands titres. Un florilège parlera de lui-même: 1900 de Bernardo Bertolucci (1976), Rêve de singe de Marco Ferreri (1978), Loulou de Maurice Pialat (1980), Le dernier métro de François Truffaut (1980), Danton d’Andrzej Wajda (1982), Jean de Florette de Claude Berri (1986), Tenue de soirée de Bertrand Blier (1986), Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat (1987), Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau (1990), Hélas pour moi de Jean-Luc Godard (1993) ou Astérix et Obélix contre César de Claude Zidi (1998). Rien n’effraie celui que les Américains, qui n’ont jamais su prononcer son nom, surnomment Depardiou. Il se fait castrer chez Ferreri, devient travelo et pute chez Blier, joue de la viole de gambe chez Corneau ou fait le chanteur de baltringue chez Giannoli. Il a produit Nick Cassavetes et Satjayit Ray, a même réalisé quelques films (Le Tartuffe, Un pont entre deux rives). A aussi bien incarné Danton que Cyrano, Obélix que Bérurier de San Antonio, Christophe Colomb qu’Auguste Rodin, Vidocq que Boudu. Et aujourd’hui Alexandre Dumas, dans L’autre Dumas de Safy Nebbou. Un Dumas truculent et inédit, sous lequel perce la personnalité de Depardieu, qui aime bien en rajouter des caisses. Car qui trop embrasse mal étreint. D’où parfois une tendance à cabotiner.
Gérard Depardieu n’a pas tourné que de bons films et il le sait. Il lui arrive d’accepter des rôles alimentaires. Ce qui ne l’empêche pas de détenir un record. Il demeure le comédien cumulant le plus grand nombre d’entrées au cinéma en France avec plus de 35 films ayant dépassé le million de spectateurs en salles. Astérix & Obélix: mission Cléopâtre (d’Alain Chabat, 2002) est son plus gros succès dans l’Hexagone. Presque 15 millions d’entrées.
Le César du meilleur acteur, il l’a remporté deux fois: pour Le dernier métro de Truffaut en 1981 et pour Cyrano de Bergerac de Rappeneau en 1991. Aux Oscars, il n’a été nommé qu’une seule fois, toujours pour Cyrano, en 1991. Rôle qui lui a également valu le Prix d’interprétation au Festival de Cannes. Hormis le cinéma, Gérard Depardieu a (presque) tout fait. Il a écrit. Quelques livres, surtout des ouvrages d’entretiens. Il a chanté. Quelques disques, dont un avec Barbara. Il a fait du vin, de sa propre vigne. Et bien sûr beaucoup de télévision. Dans quelques jours, on devrait le retrouver à Berlin, aux côtés d’Isabelle Adjani, dans Mammuth de Gustave Kervern et Benoît Delépine. Puis dans La tête en friche de Jean Becker. Et enfin dans le prochain Ozon, Potiche. C’est la première fois qu’il tourne avec ce réalisateur.