Trente-huit morts et plus de 110 blessés. Ce bilan sanglant de la seule journée des élections législatives n’a pas empêché les Irakiens de se rendre en masse aux urnes. Le taux de participation a atteint 62%. Un succès qui a incité plusieurs conservateurs à affirmer hier que George Bush a eu raison de vouloir implanter la démocratie à Bagdad.
Près de sept ans après le début de la guerre en Irak, David Frum, ancien rédacteur des discours de George W Bush, pense que son ancien patron est sur le point de gagner son pari. «L’Irak a encore du chemin à parcourir», explique-t-il dans un entretien avec la Tribune de Genève. «Mais si on compare la situation actuelle à celle de 2006, le progrès est incroyable.» L’analyste conservateur va encore plus loin: «Le tournant fut la décision de George Bush, au début de l’année 2007, d’envoyer plus de soldats en Irak alors que tout le monde lui conseillait de retirer ses troupes.»
Parmi ses détracteurs à l’époque se trouvait Barack Obama. Depuis son arrivée à la Maison-Blanche au début de 2008, le président a opté pour une stratégie similaire en Afghanistan et s’est donné plus de temps pour un retrait d’Irak. Mais près de la moitié des 96?000 soldats américains présents du côté de Bagdad devraient partir dans les six mois qui viennent. Un rythme qui inquiète James Phillips, analyste à la Fondation Heritage, un groupe de réflexion conservateur. «C’est totalement irréaliste», affirme-t-il. «Barack Obamea devrait l’allonger pour permettre au gouvernement irakien d’assurer la stabilité de son pays.»
Un cadeau pour Al-Qaida
«Sur l’Irak, Barack Obama gouverne mieux que ce qu’il préconisait pendant sa campagne», lâche David Frum avec ironie. «Et aujourd’hui, il profite du travail réalisé par George Bush en 2006 et 2007.»
De l’autre côté de l’échiquier politique américain, Brian Fishman, un analyste progressiste à la New America Foundation, reconnaît que l’envoi de troupes supplémentaires en Irak décidé par George Bush a «mieux marché que ce à quoi il s’attendait». Il souligne néanmoins le prix d’une guerre dans laquelle ont péri près de 4400 soldats américains «Le prix de cette invasion ne s’arrête pas là», poursuit Brian Fishman. «Il y a aussi le coût financier et surtout stratégique de la décision de George Bush d’attaquer l’Irak en 2003. Nous avons permis à Al-Qaida de s’implanter dans ce pays alors que la nébuleuse terroriste n’y était pas auparavant. Nous avons aussi fait un immense cadeau à l’Iran en servant sur un plateau à Téhéran le moyen de faire pression sur nous en usant de son influence en Irak.»
Progressistes et conservateurs sont d’accord sur un point: l’avenir de l’Irak n’est pas en mains américaines. «Tout dépendra de comment les Irakiens décident de procéder», glisse James Phillips. «Et notamment comment les perdants de l’élection acceptent leur défaite. Il va falloir encore du temps afin d’atteindre la stabilité.»
«L’évolution de l’Irak n’est pas une question de politique intérieure américaine», enchaîne Brian Fishman. «C’est une question de politique intérieure irakienne. George Bush a déclaré la guerre de manière unilatérale, mais nous n’avons pas vraiment de contrôle sur l’issue de ce conflit. Seuls les Irakiens ont la réponse.