Demain, l’une des participantes au séminaire organisé par le Centre de génétique, de gynécologie et de fertilité de London Bridge sera sélectionnée par tirage au sort pour gagner une insémination artificielle dans une clinique américaine. Ce type d’opérations est normalement facturé environ 13?000?livres sterling (20?780?francs).
Vente interdite
Si la pratique de la vente des embryons est interdite en Grande-Bretagne, c’est surtout le service à la carte proposé par la clinique qui fait bondir l’opinion publique. Les couples à la recherche d’un embryon peuvent en effet choisir la donneuse, âgée de 19 à 32?ans, selon sa corpulence, son groupe sanguin, sa taille, sa couleur d’yeux et de cheveux, son origine ethnique, son niveau d’étude, sa profession et ses centres d’intérêt.
Une fois les critères tapés sur le site de la clinique, les couples ont accès à des photos de jeunesse des donneuses, ainsi qu’à un entretien audio et à un questionnaire médical. «Je me demande comment un événement aussi horrible peut être autorisé dans un monde soi-disant civilisé, s’insurge Mary M., de Manchester, sur le site du Daily Mail, un tabloïd anglais. C’est comme un retour au temps de l’esclavagisme.»
Eugénisme dénoncé
Les risques de tendance vers l’eugénisme, c’est-à-dire l’amélioration de la race, affolent aussi les éditorialistes et les associations. Une journaliste du Daily Telegraph compare ainsi «l’éthique d’autoriser de potentiels parents à concourir pour avoir la possibilité de choisir la mère de leurs enfants sur la base de l’apparence, de l’origine ethnique et de l’intelligence, c’est quelque chose dont Hitler aurait rêvé».
Pourtant, Kate, une architecte de 27?ans, se trouve bien éloignée de ces notions éthiques, à cent mille lieux d’imaginer une utilisation immorale de ce service. «Mes hormones et moi avons choisi mon compagnon selon son caractère, son physique et son niveau social. Je me vois donc mal avoir un enfant qui ne nous ressemblerait en rien, ni à lui ni à moi. Je trouve ces options plutôt légitimes et bienvenues.»
De son côté, le directeur de l’institution rappelle que ce procédé de loterie est «utilisé par les Américains pour attirer des gens aux séminaires. Je ne vois pas en quoi cela les affecterait. Et puis, il y a aujourd’hui un manque sérieux de donneuses britanniques, donc nous nous rendons dans des pays où ce n’est pas le cas.» L’un des consultants de la clinique a d’ailleurs expliqué que «de nombreuses Britanniques cherchent une alternative aux propositions nationales, car il est plus difficile de trouver des donneuses ici en raison de la législation en place». En Grande-Bretagne, une donneuse recevra au mieux 250?livres sterling alors que cette somme peut s’élever à 6600?livres aux Etats-Unis. La clinique londonienne a également des accords avec des entités espagnoles, crétoises et ukrainiennes.