La religion tient une place primordiale dans la vie d’une majorité des musulmans du monde arabe. Dès lors, l’influence des religieux demeure primordiale. Que pense la majorité des Arabes? Qui parle au nom de leur foi??
La violence condamnée
Les Arabes partagent-ils la haine et la violence des militants les plus radicaux de l’islamisme politique? La télévision qui focalise sur le fondamentalisme et le terrorisme pourrait le laisser croire. Or, quelques-unes des autorités religieuses les plus respectées ont condamné les attentats. Une large majorité de l’opinion aussi, d’après la plus grosse enquête jamais réalisée dans le monde musulman (50?000 entretiens dans 35 pays) publiée en 2007. Selon le centre d’études musulmanes de Gallup, une écrasante majorité des Arabes condamne le terrorisme. Il précise aussi que ceux qui justifient la violence contre les civils, soit 7% des personnes interrogées, expliquent leur soutien non par une quelconque ferveur religieuse, mais par des options idéologiques.
Démocratie sans laïcité
L’attente des Arabes en matière de démocratie est plus forte qu’on ne le pense. Le sondage Gallup indique que cette aspiration est majoritaire, y compris dans un pays très conservateur comme l’Arabie saoudite qui arrive, avec 58%, loin derrière la Jordanie (74%), ou l’Egypte (88%). Concernant le droit des femmes à voter librement, une majorité se dessine aussi, même en Arabie saoudite (69%), alors que l’on atteint des scores de plus de 90% en Iran, au Maroc, en Egypte ou au Liban (97%).
Dans des pays occidentaux largement sécularisés, il est par ailleurs difficile de comprendre les réactions arabes à l’égard de toute atteinte symbolique à
l’islam, comme les caricatures publiées au Danemark ou la votation suisse interdisant les minarets, par exemple. Or, les courants laïques sont minoritaires dans ces pays. Et l’islam demeure un marqueur fort de l’identité arabe. Toute remise en cause critique est donc vécue comme une forme de racisme.
Ni autorité ni unité
Les musulmans eux-mêmes aiment à se représenter dans l’Oumma, la communauté des croyants. Mais l’islam n’est pas un. Il est en réalité divers, divisé même. Composé de sunnites majoritaires et de chiites. Le sunnisme lui-même est inspiré de six principales écoles juridiques, allant des plus modérées aux plus radicales, et de courants en concurrence pour s’attirer des fidèles. Le sunnisme, au contraire du chiisme, n’a en outre pas de clergé hiérarchisé, pas l’équivalent d’un pape qui parle de Rome, au nom de tous les catholiques.
La charia, plus ou moins
Les imams privilégient souvent les intérêts nationaux de leur pays d’origine ou des Etats qui les ont nommés ou qui ont financé leur mosquée lorsqu’ils s’expriment sur des sujets d’actualité. Parfois à l’encontre d’un panarabisme ou d’une appartenance commune à l’islam. Cependant, deux grands courants traversent cette religion aujourd’hui: l’un d’eux veut réislamiser la société et considère que la charia, la loi islamique, est l’unique source du droit et de l’organisation politique dans les pays musulmans; l’autre est plus ouvert, s’occupe de la vie spirituelle et sociale de ses fidèles et considère que la charia n’est pas la seule source du droit qui doit régir la société.
? L’enquête d’opinion «Who speaks for Islam?» de l’institut américain Gallup a été réalisée sur des échantillons représentatifs (méthode des quotas) de 1000?personnes par pays dans 35 pays musulmans, en 2007. Ces 50?000 entretiens ont donné lieu à un livre publié en 2008 et à une émission de télévision l’an dernier.