ÉTATS-UNIS

Vent de changement au Pentagone

Par JEAN-COSME DELALOYE WASHINGTON le 28.01.2009 à 00:00

L’amiral Mike Mullen, numéro un de l’armée américaine, a évoqué hier à Washington les limites de ses troupes en Afghanistan et abordé les priorités militaires du nouveau gouvernement Obama.

«Nous devons le reconnaître: la solution militaire a des limites.» En réponse à une question de la Tribune de Genève, l’amiral Mike Mullen, numéro un de l’armée américaine, a abordé hier à Washington les défis américains en Afghanistan, mais aussi la nouvelle stratégie du gouvernement Obama.

Celui-ci se démarque de l’administration Bush par sa volonté de redonner une place de choix à la diplomatie dans la gestion des conflits. «Nous avons préparé des plans pour le déploiement de 30?000 soldats supplémentaires (ndlr: en Afghanistan)», a-t-il poursuivi. «Nous avons besoin d’un accroissement de notre présence diplomatique et civile sur le terrain pour avoir un impact sur les populations civiles.»

Priorités sécuritaires

Le plus haut gradé de l’armée américaine a confirmé que la guerre en Afghanistan et la présence d’Al-Qaida dans l’ouest du Pakistan étaient désormais, conformément à ce que Barack Obama avait affirmé à de nombreuses reprises pendant sa campagne électorale, les priorités sécuritaires de la Maison-Blanche. Il a indiqué que l’état-major de l’armée était en train de travailler à l’élaboration d’une nouvelle stratégie qui doit permettre à Washington d’obtenir le succès qui a fait défaut au gouvernement Bush. «Quant à nous, nous nous sommes concentrés pendant des années sur l’Irak, ce qui a limité notre capacité à déployer des soldats en Afghanistan», a-t-il indiqué.

Barack Obama n’oublie pas la guerre en Irak. Mike Mullen a confirmé que son état-major était en train d’élaborer plusieurs plans pour un retrait «responsable» des troupes américaines d’Irak. Pendant sa campagne, Barack Obama avait parlé d’un départ dans les seize mois. L’amiral a confirmé que ce délai faisait partie des options étudiées mais est resté vague, préférant insister sur le besoin de prendre en compte tous les risques associés aux différentes stratégies.

L’Iran et Guantánamo

Parmi les choses qui ne changent pas à Washington: la stratégie américaine face à l’Iran. Mike Mullen a fait part de son inquiétude à propos des velléités nucléaires iraniennes, parlant de la république islamique comme d’un facteur potentiellement «très déstabilisant» au Moyen-Orient. Selon lui, Barack Obama se refuse à exclure un recours à la force en cas de refus de Téhéran de coopérer avec la communauté internationale.

Mike Mullen a enfin confirmé que l’armée fermerait la prison militaire de Guantánamo dans l’année qui vient, conformément à la décision prise par Barack Obama. «Mon plus grand souci est que certains détenus libérés reprennent les armes contre nous», a-t-il dit. «Sur les quelque 500 hommes qui ont été remis en liberté de Guantánamo, on estime que 10% environ ont rejoint l’ennemi.»


«La main tendue par Obama, l’Iran n’en veut pas»

«Si des pays comme l’Iran sont disposés à desserrer le poing, ils trouveront une main tendue de notre part.» Ce message, Barack Obama a visiblement décidé de le marteler. Lundi soir, c’était sur la chaîne Al-Arabiya, lors de la toute première interview octroyée à un média du monde musulman. Et cela, moins d’une semaine après son entrée en fonction. Tout un symbole.

Un peu plus tôt, Susan Rice, la nouvelle envoyée américaine auprès des Nations Unies, se disait favorable à une diplomatie «vigoureuse» et à des pourparlers «directs» avec l’Iran. Des discussions que l’administration Bush conditionnait à la suspension par le régime islamique de ses activités nucléaires les plus sensibles.

Cela suffira-t-il à faire bouger les lignes à Téhéran? Mohammed-Reza Djalili en doute. Professeur à l’IHEID, il ne voit pas de signe encourageant. «Le régime a surtout critiqué Barack Obama avant son investiture, pour ses silences sur Gaza. Et répété que l’Iran ne renoncera jamais à l’enrichissement d’uranium.»

Pas question de céder devant les Etats-Unis

Bien sûr, parmi les réformistes, plus pragmatiques, certains seraient sans doute favorables à des pourparlers directs, concède le professeur genevois. Mais ils ne sont pas aux commandes actuellement. Et même si des discussions avaient lieu, elles buteraient immédiatement sur l’exigence de suspendre les activités nucléaires. Comme l’été dernier à Genève.

«Le régime islamiste trouve sa légitimité dans sa politique étrangère. Il n’aurait plus rien de «révolutionnaire» s’il cédait devant les Etats-Unis. L’Iran perdrait son aura dans le monde musulman. Pour qu’il évolue sur ce dossier, il faudrait un retournement politique majeur à Téhéran!»

Peut-on espérer du changement lors des élections présidentielles iraniennes en juin? «Sûrement pas. L’espace politique est réservé aux partis agréés par le régime. Ils ont des sensibilités différentes et des intérêts divergents, mais sur l’essentiel tout le monde est d’accord: l’Iran veut que les Etats-Unis reconnaissent la République islamique et son rôle de puissance régionale. Sans contrepartie. Que le président Ahmadinejad soit réélu ou qu’un conservateur moins marqué prenne sa place, l’homme fort reste l’ayatollah Ali Khamenei, qui a succédé au Guide suprême de la révolution en 1989. Il y a vingt ans!»

Conclusion: «Le régime aurait sans doute préféré John McCain à Barack Obama. Au lieu de poursuivre sa confortable routine diplomatique, Téhéran se voit forcé de chercher des prétextes contre Washington. Car la main tendue, l’Iran n’en veut pas.»

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