Selon trois sondages à la sortie des urnes, Viktor Ianoukovitch aurait obtenu hier entre 31,5 et 36,6% des suffrages lors du premier tour de suffrage de l’élection présidentielle ukrainienne. Il devance ainsi sa principale rivale, le premier ministre Ioulia Timochenko, qui aurait entre 4 et 11,5 points de retard.?
Avec au moins 10% d’avance sur l’ex-banquier Sergueï Tigipko, leur passage au deuxième tour ne fait aucun doute. En outre, l’élection sonne le glas du président actuel, Viktor Iouchtchenko, héros déchu de la révolution orange de 2004, qui aurait récolté moins de 6% des voix, en cinquième place.
Avant même l’annonce des résultats hier, plusieurs candidats, dont Ioulia Timochenko, dénonçaient des irrégularités, comme ils l’avaient fait durant toute la longue campagne. La Commission électorale a toutefois écarté la possibilité de fraudes massives, qui auraient pu influencer les résultats.
Si les sondages des dernières semaines donnent Viktor Ianoukovitch gagnant au deuxième tour, Ioulia Timochenko n’entend pas baisser les bras. Hier soir, la dame de fer de la politique ukrainienne a appelé les «forces démocratiques» à se ranger derrière elle pour «emmener l’Ukraine sur la voie de l’Europe civilisée». Elle faisait ainsi référence à ses anciens alliés de la révolution orange, qui ont passé les cinq dernières années à s’entre-déchirer. Elle a promis de «tenir des discussions» avec certains d’entre eux, appelant aussi les électeurs du président Iouchtchenko, avec qui elle est à couteaux tirés, à l’appuyer.
Bonnet blanc et blanc bonnet
Le camp Ianoukovitch aussi compte faire les yeux doux aux perdants. A l’annonce des premiers résultats, la porte-parole de ce russophone de 59?ans peu charismatique a annoncé avoir «quelque chose à proposer» aux candidats défaits.
Contrairement au duel de 2004 entre le prorusse Ianoukovitch et le pro-occidental Iouchtchenko, peu de politiques différencient vraiment cette fois les deux candidats du deuxième tour. Le prorusse Ianoukovitch se dit aujourd’hui favorable à terme à une intégration de son pays à l’Union européenne, alors que l’ex-orange Timochenko s’est continuellement rapprochée de Moscou lors des derniers mois, sans délaisser ses liens avec l’Europe.
Le deuxième tour se jouera surtout sur la personnalité et l’équipe des candidats, et leur capacité à former des alliances. Si le résultat est serré, le perdant devrait profiter de la fragilité des institutions démocratiques et du système judiciaire du pays pour contester la validité du scrutin, en dénonçant de probables irrégularités.
Désabusée par cinq ans de bataille entre les différents clans au pouvoir, une bonne partie de la population ukrainienne a boudé les urnes hier. Le taux de participation n’aurait pas dépassé les 60%. Au premier tour de la dernière présidentielle, il avait été de 75%.