Près de 300 personnes ont manifesté samedi à Paris à l’appel d’organisations féministes et de la journaliste et romancière Tristane Banon, qui a porté plainte contre Dominique Strauss-Kahn pour tentative de viol. Nafissatou Diallo, qui a aussi accusé de viol l’ex-directeur du FMI, a apporté son soutien au rassemblement.
Le but de cette manifestation, place du Châtelet, n’était pas de viser un homme -Dominique Strauss-Kahn-, mais de demander que les violences faites aux femmes soient «prises au sérieux», a expliqué la Tristane Banon.
«Je me suis aperçue qu’il y avait de très, très gros problèmes dans la façon dont la France traitait les agressions sexuelles», a-t-elle dit lors d’une prise de parole. «Je ne peux pas admettre que ce soir (...) il y aura 208 femmes violées et qu’il n’y en aura que 12 qui osent porter plainte», a-t- elle ajouté en évoquant les statistiques sur les viols par jour en France.
Autour de la romancière de 32 ans, se tenaient notamment des représentantes de Paroles de femmes, des Mariannes de la diversité, des Insoumises, de Droit des femmes.org et du Collectif féministe contre le viol.
Dans un message lu par le président de son comité de soutien en France, Nafissatou Diallo, la femme de ménage du Sofitel de New York qui avait accusé Dominique Strauss-Kahn d’agression sexuelle, a apporté son soutien à Tristane Banon.
La Guinéenne a répété avoir dit toute la vérité sur ce qui s’était passé dans la suite de l’hôtel de Manhattan
«Je ne vais pas dormir la veille»
Tristane Banon, la Française qui accuse l’ancien directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn de tentative de viol, a dit samedi "espérer" que son affaire, actuellement au stade d’une enquête préliminaire, aboutira à un procès devant une Cour d’assises.
"Je suis assez heureuse de voir que la justice suit son cours. Ils ont décidé jusqu’à présent de traiter Monsieur Dominique Strauss-Kahn comme un justiciable comme un autre (...) J’espère que tout ça finira devant une Cour d’assises", a-t-elle déclaré devant une foule de journalistes et d’une centaine de manifestants venus la soutenir lors d’un rassemblement à Paris.
La veille, le parquet de Paris a annoncé vouloir confronter Dominique Strauss-Kahn à Tristane Banon, qui l’accuse de tentative de viol en 2003, ce que l’ex-patron du FMI qualifie d’"imaginaires".
"Evidemment j’ai peur. Evidemment je ne vais pas dormir la veille", a répondu Tristane Banon à des journalistes qui l’interrogeaient sur la perspective de cette confrontation.
Tristane Banon, une journaliste et romancière âgée aujourd’hui de 32 ans, s’est dite toutefois "convaincue que la justice fera son travail".
«J’avais tout à perdre»
"Je n’avais rien à gagner ici. Ni une notoriété dont je ne souhaite à personne de l’avoir, ni de l’argent", a insisté la jeune femme qui a déclaré que si elle gagnait de l’argent, elle le donnerait "à des associations".
"J’avais tout à perdre, et à certains égards j’ai tout perdu", a déclaré la jeune femme, très émue, souhaitant "que les choses changent et qu’il n’y ait pas d’autres Tristane Banon car ce n’est pas drôle aujourd’hui d’être Tristane Banon".
Tristane Banon a indiqué à plusieurs reprises cette semaine qu’elle souhaitait être confrontée à celui qu’elle accuse pour qu’il lui "dise droit dans les yeux" que les faits qu’elle dénonce sont "imaginaires".
DSK à Marrakech
La jeune femme avait porté plainte contre DSK en juillet, alors que l’ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) était sous l’accusation d’une tentative de viol sur une femme de chambre dans la suite d’un hôtel de New York le 14 mai.
Au terme de l’enquête préliminaire, le parquet de Paris aura plusieurs choix: déclarer que les faits, qui remontent à 2003, sont prescrits, classer sans suite ou confier une information judiciaire à un juge d’instruction, ouvrant la voie à un possible procès.
Si l’accusation de tentative de viol était retenue par un juge, le procès pourrait se tenir devant une Cour d’assises, juridiction chargée en France des crimes les plus graves.
Mais la décision du parquet pourrait ne pas intervenir avant "des semaines", selon une source judiciaire.
La police judiciaire parisienne, chargée de l’enquête préliminaire, a déjà entendu une vingtaine de témoins, dont Tristane Banon et DSK. L’ex-patron du FMI a concédé lors de son audition avoir fait "des avances" à la jeune femme, mais a réfuté toute violence, selon une source proche de l’enquête.
Dominique Strauss-Kahn est rentré libre en France le 4 septembre, après l’abandon des poursuites pénales à New York. Il est arrivé jeudi à Marrakech, au Maroc, pour une visite privée.