A 92?ans, Stéphane Hessel n’a rien perdu de son ardeur humaniste. Membre fondateur du Tribunal Russell pour la Palestine (TRP), qui s’est constitué le 4 mars dernier à Bruxelles, il développe ici les raisons qui l’ont poussé à soutenir cette initiative.
En quelques mots, qu’est-ce que ce TRP, de quoi s’agit-il?
Il s’agit d’un tribunal d’opinion, d’un lieu où peuvent se rencontrer des diplomates, des juristes, des créateurs pour examiner une situation qui leur paraît particulièrement insupportable et sur laquelle ils essaient de mobiliser l’opinion. Il s’agit donc de faire aujourd’hui pour la Palestine ce que le philosophe britannique Bertrand Russell, Jean-Paul Sartre et d’autres avaient fait en 1966 pour le Vietnam.
Vous vous êtes rendus à Gaza en juin dernier. Qu’est-ce qui vous a le plus frappé?
Deux choses contradictoires. D’un côté, les destructions épouvantables, les enfants qui ont été visés et les femmes qui sont mortes. Mais de l’autre côté, Gaza debout face à la mer. Avec des hommes et des femmes décidés à préserver leurs capacités artistiques, créatrices et humaines, dans ce territoire où le Hamas exerce un pouvoir administratif.
A l’instar du Tribunal Russell sur le Vietnam, le TRP est un tribunal d’opinion qui ne tient pas compte de la présomption d’innocence, mais accuse.
Plutôt que d’accuser, il cherche à clarifier, dire quelles sont les violations insupportables qui ont été commises au cours des quarante dernières années et qui en est responsable. Est-ce le gouvernement israélien, sans doute, mais aussi l’Union européenne, mais aussi la communauté
internationale, etc.
Vous-même avez accusé Israël de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité à Gaza…
C’est une position personnelle que j’ai accepté d’assumer. J’ai pris mes responsabilités. Mais là, je ne parle pas au nom du TRP, qui devra engager son action en toute objectivité et indépendance. Il recueillera des témoignages et décidera s’il est justifié de porter des accusations à l’égard d’institutions particulières.
L’ONU vient de rendre public le rapport Goldstone sur Gaza, dont les conclusions ont immédiatement été refusées par Israël et les Etats-Unis. Qu’en dites-vous?
Le risque est qu’après les exactions dont le rapport fait état – aussi bien de l’armée israélienne que du Hamas – on passe outre. C’est contre cette impunité qu’il importe de réagir très vite.
De père juif, résistant, ancien déporté, ambassadeur de France, ne craignez-vous pas d’être instrumentalisé par les uns (le Hamas par exemple) et traité de traître par les autres (les Israéliens)?
Je pense que ma vie et mes engagements vis-à-vis des droits de l’homme me mettent à l’abri d’une critique qui dirait que je suis inféodé à tel ou tel parti.
Stéphane Hessel donnera ce soir à 20?h à la salle des Cantons de la gare de Lausanne une conférence sur le TRP.
Bras de fer pour un rapport
Rapport Goldstone
La Libye a demandé mardi une réunion d’urgence du Conseil de sécurité sur le rapport de la commission Goldstone qui accuse notamment Israël de «crimes de guerre» durant son offensive contre Gaza. Le président palestinien Mahmoud Abbas a exprimé sa satisfaction après la demande de la Libye, seul Etat arabe siégeant actuellement au Conseil de sécurité. «La démarche de la Libye constitue un soutien aux droits du peuple palestinien», a-t-il dit. Mahmoud Abbas a lui-même opéré un revirement sur cette question, après avoir été favorable à un report à la session de mars 2010 du vote du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur ce rapport controversé, ce qui lui avait valu de très vives critiques dans ses propres rangs. «Le président Abbas examine sérieusement la possibilité de demander au bloc arabe et islamique de présenter officiellement le rapport Goldstone aux organes internationaux, y compris l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité des Nations Unies», avait déclaré le principal négociateur palestinien, Saëb Erakat. L’offensive israélienne contre la bande de Gaza, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, a fait plus de 1400 morts palestiniens, en majorité des civils, selon des sources médicales palestiniennes.
AFP