Le croyez-vous? Washington n’a pas renoncé, comme on l’avait cru, à installer des missiles antimissiles en Pologne. Le vice-président américain Joe Biden est aujourd’hui à Varsovie pour en discuter. Pourtant, il y a un mois, le président Obama avait annoncé l’abandon du projet de bouclier antimissile de son prédécesseur George Bush.
Ce revirement annoncé le 17 septembre – jour anniversaire de l’invasion russe en Pologne, de surcroît! – avait fâché Varsovie et réjoui Moscou. Les mauvaises langues disent à Washington que Joe Biden vient réparer les dégâts d’un renoncement qui passait pour un lâchage. Et en tout cas, un sale coup pour les nouveaux dirigeants pro-américains des ex-pays de l’Est. La marge de manœuvre de l’administration Obama est cependant étroite. Car cette décision concernant le bouclier polonais a participé à l’amélioration des relations avec la Russie, souhaitée ardemment par Washington. Hier, Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe attendait donc des éclaircissements…
Missiles mobiles et patriot
Que sait-on de ce projet? D’abord, il ressuscite bel et bien un dispositif capable de contrer des missiles intercontinentaux censés venir d’Iran. Mais dont les Polonais attendent surtout qu’il les protège de leur voisin russe. Il s’agit de missiles SM3 embarqués par des bâtiments d’US Navy, présentés par le Pentagone comme «technologiquement avancés» et capables d’intercepter des missiles à courte et moyenne portée. Des missiles mobiles donc, en lieu et place d’une station fixe de missiles intercepteurs du bouclier imaginé par l’équipe Bush.
Par ailleurs, Washington honorerait une clause de l’accord de 2008 concernant le déploiement de missiles Patriot, ceux qui ont été utilisés pour contrer les Scuds de Saddam Hussein durant la guerre du Golfe.
La discussion à Varsovie va surtout porter sur le calendrier de déploiement. Washington parle de 2010 pour les patriots et 2015 pour les SM3. Une échéance beaucoup trop lointaine pour Varsovie, décalée de trois ans par rapport au projet Bush. «Aujourd’hui, nous savons que la Pologne n’a pas la même place dans le plan de défense antimissile américain», commentait Lukasz Kulesa, analyste de l’Institut polonais des Affaires étrangères. A Bruxelles, le secrétaire général de l’OTAN se félicitait, lui, de l’intention américaine de réserver à l’Alliance atlantique un rôle plus important dans le déploiement d’un bouclier dans les seuls pays de l’OTAN. Il réaffirmait aussi l’intention de l’Alliance d’étudier la «possibilité d’associer la Russie» au vaste système européen de défense antimissile.?