Ruth Dreifuss l’a signé. De même que Daniel Cohn-Bendit. D’habitude adversaires, les philosophes Bernard-Henri Levy et Alain Finkielkraut y ont également apposé leur paraphe. Lundi à Bruxelles, un «Appel à la raison» fort de plus de 2500?signatures sera officiellement lancé par J-Call, un nouveau mouvement de juifs européens qui refuse de s’aligner sur la politique du gouvernement israélien. Il demande aux Etats-Unis et à l’UE d’exercer enfin des pressions pour mettre en œuvre au plus vite la solution des «Deux peuples, deux Etats». Rencontre avecVéronique Hayoun, qui sera à Bruxelles pour représenter les signataires suisses.
Pourquoi maintenant?
Parce qu’il y a urgence. Jour après jour, de nouvelles colonies juives sont construites en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Cette politique d’accroissement rend de moins en moins possible un Etat palestinien. Or, nous sommes convaincus que sa création est indispensable à la survie d’un Etat d’Israël à la fois juif et démocratique. Nous ne voulons pas d’un régime déshonorant! Même au sein du Likoud, le parti du premier ministre Netanyahou, certains politiciens en conviennent. Et aux Etats-Unis, l’arrivée au pouvoir de Barack Obama et la naissance du lobby J-Street ouvrent une fenêtre d’opportunité. Mais elle ne sera pas éternelle. C’est le moment d’agir! C’est ce que m’a dit Ruth Dreifuss avant de signer l’appel.
Vous dites soutenir Israël mais appelez Washington et Bruxelles à faire pression. Jusqu’oùêtes-vous prêts à aller?
Jusqu’au boycott?
Non. Nous sommes absolument opposés à un boycott. Ce serait contre-productif. Cela ne ferait que braquer l’opinion publique israélienne. C’est aux Américains et aux Européens de trouver les meilleurs moyens de persuader les autorités israéliennes.
N’avez-vous donc pas d’exigence concrète?
Lundi, ce sera en quelque sorte l’acte de naissance du mouvement J-Call, dont le nom est évidemment inspiré du J-Street américain, un lobby né pour offrir une alternative aux juifs qui ne se reconnaissaient pas dans l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee). Nous aussi, en Europe, nous voulons que des voix différentes puissent s’exprimer. C’est important que les politiques voient que toute une partie de la diaspora juive se mobilise pour les pousser à agir. Sans encadrement international, il n’y aura pas de règlement entre Israéliens et Palestiniens.
Quelles réactions suscite dans la diaspora votre «Appel à la raison»?
Elles sont vives. Nous nous y attendions. Un «contre-appel» a même été lancé, sous l’intitulé «Raison garder». On a visiblement touché un nerf. Certains nous considèrent comme des traîtres. D’autres ont peur que notre démarche ne provoque davantage d’antisémitisme. Mais nous recevons aussi beaucoup
de messages de soutien. Des gens nous remercient. Depuis l’opération «Plomb durci» à Gaza, bien des juifs se sentent profondément mal à l’aise.