FRANCE

La Société Générale capitule, le gouvernement se pare de vertu

Par ÉRIC DELBART le 24.03.2009 à 00:00

Sous la pression de l’Etat et de l’opinion, les dirigeants de la banque française renoncent à leurs stock-options. Prochaine bataille: le bouclier fiscal.

Le président de la République, la ministre de l’Economie et des Finances, le secrétaire général de l’UMP: ils s’y sont mis à trois pour faire plier les dirigeants de la Société Générale. Lesquels, a-t-on appris dimanche, ont renoncé à leurs stock-options, ces actions en forme de privilèges qu’ils avaient décidé de s’octroyer, lors d’un conseil d’administration, le 9 mars.

Privilèges indus, ont tonné les politiques, à l’écoute d’une opinion en colère. La Société Générale, en plus! Comment les patrons de cette banque ont-ils pu se permettre une telle audace, eux qui n’ont pas été capables d’empêcher un de leurs traders, Jérôme Kerviel, de faire perdre à leur établissement 5 milliards d’euros en jeux spéculatifs? Eux qui, en décembre dernier, ont perçu une aide de l’Etat de 1,7 milliard afin de recapitaliser les caisses?

Le débat se déplace

Ils étaient quatre à avoir osé: le président de la «SocGen», Daniel Bouton, son directeur général, Frédéric Oudéa, et deux directeurs généraux. L’action de la banque étant au plus bas lorsque le conseil d’administration a voté l’attribution des stock-options, leur valeur totale avait grimpé de 1,6 million d’euros à la date du 19 mars. Nicolas Sarkozy avait pourtant prévenu qu’il retirerait les prêts de l’Etat aux banques qui s’adonneraient à telles pratiques, légales peut-être, mais immorales par les temps qui courent, et il était prêt, comme le Congrès des Etats-Unis vis-à-vis de l’assureur AIG, à surtaxer les plus-values qui en découleraient.

Le chef de l’Etat n’a pas eu à mettre ses menaces à exécution, le carré de tête de la Société Générale ayant capitulé. Mais il aura mis 72?heures à s’y résoudre, à compter du jeudi 19, jour où la manœuvre «stock-options» a été rendue publique. Un seul, lors du conseil d’administration du 9, s’était opposé à l’octroi de ces actions préférentielles: Patrick Delicourt, administrateur salarié, du syndicat CFDT. Il s’en est expliqué: «Je n’étais pas d’accord, car même les salariés qui n’atteignent pas leurs objectifs sont sanctionnés sur la rémunération, et on ne peut pas dire que la gouvernance ait donné des résultats fantastiques en 2008. M. Bouton a répondu qu’il s’agissait de mesures vertueuses, telles que recommandées par le Medef (ndlr: le patronat français) et le gouvernement…»

Les pères la vertu

Tout est-il rentré dans l’ordre pour autant? Il semblerait que non. Le débat se déplace sur la pertinence des stock-options en tant que telles. Ce système de rétribution par actions doit-il perdurer? Interrogée à ce propos dimanche sur Europe 1, la ministre de l’Economie et des Finances, Christine Lagarde, a répondu: les stock-options permettent certes «une rémunération différée», mais elles présentent «des tas de faiblesses». «Quand les actions baissent […], les salariés qui en ont reçu sont un peu floués» et «quand les actions montent extraordinairement, c’est une augmentation de la rému­nération qui n’est pas toujours justifiée».

Le «scandale» avorté de la Société Générale permet au gouvernement de jouer les pères la vertu au nom de l’«intérêt général», expression désormais à la mode. Il tentera d’expliquer aux Français en quoi il est immoral que des banquiers s’arrogent des stock-options en période de crise noire, et en quoi il est juste de ne pas renoncer au bouclier fiscal qui plafonne les impôts à 50% des revenus, créant un «manque à gagner» de 458 millions d’euros pour le Trésor public. Rien n’indique qu’il parvienne à les convaincre sur ce second point.

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